Le punk, c’est un genre qui me sort vraiment par les trous de nez. Pour faire court, disons que ça m’a plu quand j’avais 14 ans, mais que depuis, j’ai vraiment du mal avec ce style trop immature et formaté… Pourtant, quand j’ai vu que Roadrunner produisait un groupe à tendance punk, j’avoue avoir été assez interloqué. C’est donc avec une certaine curiosité que j’ai jeté une oreille à l’album de ces fameux Red Tape, dont j’avais lu du bien un peu partout depuis des mois… Bien m’en a pris.

Tout d’abord, avant de se lancer dans le vif du sujet, il faut que vous sachiez que ces 4 zickos déjantés ne jouent pas du punk juste pour remplir leurs poches de gros billets verts, mais plutôt pour faire passer un message très engagé politiquement : outre les sempiternels ‘No Future’ (‘Divebomb‘) et ‘Fuck The Police’ (‘Damage Control‘), Red Tape est en effet un groupe opposé au nucléaire sous toutes ses formes, et cela se traduit par une pochette très polémique et des paroles particulièrement endiablées (‘Reactor‘, ‘Droppin’ Bombs On your Moms‘).

Sur ce CD de 36 minutes, autant vous le dire tout de suite, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Les 15 morceaux, joués avec une intensité rare, passent à une vitesse folle pour le plus grand plaisir de nos oreilles percées (ou pas…). C’est bien simple, seuls 4 titres franchissent la barre des 3 minutes, alors qu’un morceau (‘High Revoltage‘) est quant à lui expédié en 46 secondes !

A l’écoute de ces 15 titres teintés de hardcore, on retrouve une multitude de riffs suraigus tous plus accrocheurs les uns que les autres (‘Radioactivist‘, ‘Divebomb‘, ‘Reactor‘). Certes, beaucoup de ces riffs se ressemblent, mais ils façonnent le son et l’identité du groupe, si bien qu’un riff de Red Tape est désormais instantanément reconnaissable ! La basse de Twig Von Wussow n’est pas en reste, comme en attestent les intros survoltées de ‘Stalingrad‘ ou ‘Golden‘ (l’un des titres les plus old school du CD). Aucun morceau ne fait réellement tâche sur ce disque très rentre-dedans. On craquera tout de même pour des bombes comme ‘High Revoltage‘ (avec sa rythmique infernale), ‘Radioactivist‘ (et son intro assourdissante), ‘Strike Tonight‘, ou encore ‘Divebomb‘. ‘Shoot ! Move ! Communicate !‘ fait déjà figure d’hymne pour le live, avec son refrain plus que rassembleur… Les choeurs simplistes à la Offspring (Wooo hoho) ne sont pas non plus oubliés, conférant un côté festif à ce joyeux bordel sonore.

Jeff Jaworski, guitariste et chanteur du groupe, ne faiblit jamais sur ce CD, hurlant toujours sa haine du monde à pleins poumons. Sa voix très atypique, bien que relativement monocorde et peu puissante, exprime toute la révolte du groupe vis-à-vis du nucléaire. Côté production, Amir Derakh a fait des prouesses pour retranscrire l’énergie du groupe sans lui donner un côté trop lisse. On parvient sans peine à discerner tous les instruments, même si la guitare est tout particulièrement mise en avant.

Bref, on ne peut finalement qu’être admiratif devant ce CD qui regorge de tubes et de gimmicks. A la manière d’Amen ou de The Blood Brothers, Red Tape m’a réconcilié avec le punk. Plus thrash et déjanté que la plupart de ses contemporains, le groupe californien est parvenu à réunir tous les ingrédients qui firent le succès du punk au début des années 80. Possédant une véritable personnalité et refusant la moindre concession, ce quatuor 100% authentique risque fort de marquer l’année 2004…