Cette fin d’année, il faut bien le dire, a été plus que prolifique au niveau du death metal : presque tous les grands groupes y ont été de leur nouvel album, et entre grandes révélations et petites déceptions, on a eu de quoi s’occuper les oreilles, même si on espère bien que c’est pas encore fini. Et puis voici que, l’air de rien, God Dethroned nous arrivent de leur Hollande natale avec leur nouvel opus, ‘The Lair Of The White Worm‘, bien décidés à se faire une place dans les bacs entre tous ces grands noms. Oui, parce que malgré leurs tournées internationales à tout va aux côtés de formations prestigieuses et cinq albums aux compteurs, le groupe paraît toujours sans grandes prétentions et doit même s’accommoder à force de leur éternel statut de première partie. Ahlala, c’est dur dur d’être death métalleux… mais voyons donc si on trouve dans ce ‘Lair Of The White Worm‘ les raisons qui font que ce groupe pourtant productif et apparemment toujours aussi motivé a autant de mal à passer de chauffeurs de salle à tête d’affiche.

Première lacune flagrante, qui rabaisse le niveau de l’album entier de la première à la dernière seconde : un vrai manque d’originalité. Rien que le son global est celui de centaines d’autres groupes, ce son qui ne prend pas de risques, mettant tous les instruments au même niveau, qui donne cette sonorité terne et plate au tout. Les riffs, pourtant la plupart du temps bien trouvés, ne sonnent pas percutants et tranchants comme ils devraient et s’effacent derrière une voix et une lead mises comme beaucoup trop souvent, et à tort, au premier plan. Mais parlons-en de cette voix et de cette lead, que l’on doit d’ailleurs à la même personne. Henri Sattler, fondateur et meneur du groupe, s’égosille sans pourtant qu’on ait l’impression qu’il se force trop, avec ce ton monotone au phrasé mécanique qui fait qu’on a pas tant que ça envie de s’intéresser à ce qu’il raconte. Et lorsqu’il nous sort un solo, ça donne vraiment l’impression qu’il nous joue directement un extrait de ‘Best Of Death Metal Solos Vol. 12’ tant on a déjà entendu ces branlettes de manche réchauffées à 500 reprises ailleurs.

Bon, voilà, les mauvais points c’est fait…mais il n’y a pas que ça ! Heureusement ! Car là on doit dire chapeau et un grand merci au nouveau guitariste rythmique de la formation, Isaac Delahaye, responsable de la composition, qui sauve vraiment la mise et réussis même à nous pondre un ou deux titres qui justifieraient presque l’achat de l’album tout entier. Le refrain, ou plutôt le thème d”Arch Enemy Spain‘ qui se décline telle une symphonie sur des rythmiques de batteries diverses est tout simplement envoûtant, empreint de ce côté épique et grandiose qui transporte à chaque écoute. Un petit mid tempo ternaire en fond réussis même à faire passer la pilule du solo. Bref c’est tout simplement génial. ‘Sigma Enigma‘, tout en lourdeur, ou les deux grattes, pour une fois, imposent leurs harmonies sur un refrain entraînant et accrocheur fait également remonter le niveau moyen général. Enfin ‘Rusty Nails‘ avec sa longue intro instrumentale toute en douceur nous montre la facette mélodique du groupe, malheureusement trop peu développée, suivie d’alternances de couplets à la lead heavy et de ponts aux riffs thrash hachés au couteau de boucher rouillé.

C’est donc bien dommage, car au final, on ne peut douter du fait que God Dethroned aurait pu faire beaucoup mieux. On entrevoit donc un potentiel, et même si au niveau technique il n’y a rien à redire, le son sans relief, l’interprétation générale plutôt tiède et beaucoup trop de titres aux structures presque caricaturalement classiques ont raison de ces rares moments de grâces. Qu’ils laissent donc ce Isaac Delahaye et ses influences thrash aux commandes pour le prochain, qu’ils mettent un peu plus d’intentions dans la voix, et qu’ils prennent un peu plus de risques dans les compositions (hmmm…oui ça fait beaucoup en fait), et on aura droit à l’album qui concrétisera la carrière déjà bien avancée d’un groupe qui a déjà toute l’expérience nécessaire. En tout cas, c’était pas encore pour cette fois-ci, même si c’est pas si mal que ça.