C’est vraiment bête parfois comme on passe à côté de petits chefs d’oeuvres sans s’en rendre compte. Tant de fois j’avais vu ce nom, Impious, dans les bacs de mon disquaire préféré, et par pure fainéantise et manque d’esprit de découverte (autant le dire, comme un con), je n’avais jamais pris la peine d’écouter, de tendre une oreille avide de sons nouveaux, non, non, non… Et puis un jour je reçois leur dernier album, comme si une puissance supérieure voulait corriger mon erreur et me renvoyer telle une brebis égarée sur la bonne route. Et là, c’est l’illumination : comme le prophète ébahi qui reste sur le cul devant un buisson ardant, mes oreilles ont à jamais été marquées par ce ‘Hellucinate‘ et je bave toujours de surprise après les quelques semaines qui ont déjà passé depuis cet évènement. Explications…

Alors Impious, qui sont-ils ? Pour répondre en trois mots qui résumeront tout mieux que de longues phrases inutiles : ils sont suédois. Ça commence en effet à se savoir et ça pourrait, pourquoi pas, bientôt être officiel, tous les groupes, à de rares exceptions près, venant de ce pays enneigé sont de véritables tueries. Impious n’échappe donc pas à la règle et va même bien au-delà de toutes les attentes. Le groupe officie dans un style hybride de death et de thrash, rapide, agressif, technique mais avant tout inventif et original.

Ça se confirme dès l’intro explosive d”Inject‘, premier des dix carnages que contient cette inestimable galette, lorsque la double pédale écrase de toute sa lourdeur des accents sur une guitare complètement frénétique. Et voilà c’est parti pour 40 minutes de plaisir que l’on ne peut qu’exprimer à travers un headbang instinctif et incontrôlable. Les riffs thrash s’enchaînent à toute vitesse et il faut bien avouer que ces cinq là ont trouvé le truc de la rythmique qui rend fou une fosse, ce petit plus dans le jeu qui fait que ça accroche. En même temps avec une production aussi béton, c’était dur de faire autrement, le son étant d’une propreté sans failles tout en gardant ces quelques débordements spontanés d’énergie qui font le charme du thrash.

Mais ce qui fait vraiment la force de cet album, c’est avant tout l’alliance de ces rythmiques dures comme fer à des mélodies tout simplement géniales. Et là il y en a pour tous les goûts. Du sombre aux influences black avec ‘Needles Nervosa‘, du pur hachis suédois sur ‘Wicked Saints‘ ou encore des ovnis comme ‘Infernique‘, tout simplement du jamais vu : prenez les guitares d’AC/DC, accélérez ça à mort, mettez une double pédale en fond puis superposez sur un refrain inhumainement rapide la voix de Led Zeppelin et de Meshuggah. C’est aussi ça Impious et c’est incroyablement jouissif à écouter ! Le talent atteint son paroxysme sur des perles comme ‘Suicide Park‘, avec son intro aux claviers sur fond de discours de propagande religieuse. Puis vient cette voix enragée, écorchée qui mène un refrain mélancolique et contestataire jusqu’à une montée en puissance agrémentée de violons et percussions diverses, finie en beauté par le son du glas… du génie tragique, rien de plus !

Alors voilà un album qu’il ne faut vraiment, mais alors vraiment pas rater, quelque soit, ou presque, le style de musique qu’on aime. ‘Hellucinate‘ c’est toute la quintessence du style suédois mélangé au talent de compositeurs qui allient la puissance, la force brute à une beauté mélodique sans égale. On pourrait encore parler pendant des heures de cette basse qu’on a pas entendu aussi métallique et profonde depuis Macabre, de ces passages ou elle se risque seule dans des duos avec une batterie déchaînée, des sonorités presque orientales dans ‘Toxic Paranoïa‘, de la voix et de ses effets subtils mais tellement indispensables, de sa puissance, de sa spontanéité, des structures chaotiques ou des breaks apocalyptiquement puissants de ‘Bloodspill Revelation‘… Non, il y a tout simplement trop de bonnes choses dans cet album pour passer à côté. Oui, Impious c’est The Haunted, Slayer, Nasum, In Flames, Meshuggah, Soilwork, Dimension Zero, et bien d’autres encore condensés en un seul combo, qui, si elle ne devient pas une référence dans un futur très proche, aura au moins laissé une trace de son passage, et quelle trace. Donc que celui qui est prêt à se plonger dans cet univers richissime prenne une bonne grosse bouffée d’air car il n’est pas près d’avoir une occasion de remonter respirer avant très longtemps.