Même si ce petit jeu dure depuis que le style éxiste, on se demande souvent quand on a affaire à des groupes de death gore dans l’héxagone si ils ne se seraient pas lancé dernièrement un concours de celui qui fera la pochette la plus crade, la plus stupide, bref celle qui plairait le moins à la ménagère de moins 50 ans. C’est difficile de dire si cet album éponyme de Tenebrum Infectus peut être placé directement sur la plus haute marche du podium, mais en tout cas, il a l’air très bien parti. Il serait inutile de s’étendre plus en détails sur cet artwork d’un raffinement des plus prononcés, avec son étale de boucher cannibale, un peu dans l’esprit décalé du dernier Macabre en date, mais ici bien plus porté sur les différents assaisonnements des parties génitales…Non, n’en disons pas plus, si ce n’est que ce qui est bien dommage c’est que le public, si friand d’humour morbide au quinzième degré, retiendra surement beaucoup plus cet album pour sa pochette que pour son contenu, qui n’est pourtant pas mauvais du tout.

Alors d’abord le concept du groupe : les musiciens jouent, pour la plupart d’entre eux en tout cas, masqués (non, là non plus c’est pas aussi recherché que chez Slipknot, une simple cagoule, un colant, ou même des cheveux assez longs et bien placés garantissant l’anonymat le plus total), histoire que leurs agissements au sein de Tenebrum Infectus n’aient aucune répercussion sur les autres formations dont ils prétendent faire partie (ou pour des raisons fiscales beaucoup moins avouables…). Quelles formations ? Cela restera un secret…un side-project du chanteur de Kyo reconverti dans l’underground ? On ne saura surement jamais… En tout cas l’idée entretient une ambiance de mystère soutenue encore par le fait que chaque membre maîtrise son instrument tout simplement à la perfection. Les années de pratique se font sentir derrière chaque riff et tout est carré au possible et on se prend alors à rêver, pourquoi pas, d’une dream-team de techniciens du death français…

La musique elle-même n’a malheureusement pas grand chose d’original, et c’est bien son seul défaut. C’est donc un mélange de death gore pure souche aux racines plongeant dans les classiques du genre (‘The Blooding Cannibal Feast‘, ‘Vomit Your Soul‘ ou ‘My Eternal Last Anguish‘ faisant office de vrais samplers de toute la carrière de Cannibal Corpse) et de grind hybride un peu comme avait essayé de faire dernièrement Jigsore Terror sans vraiment arriver à un résultat concluant. Ici c’est non seulement concluant mais on accroche même très vite aux groove de ‘Infernal Bewitchment‘, aux riffs écrasants, aux montées en puissance de ‘Blood, Flesh and Darkness…‘ ou à la voix de Miköz qui varie constemment de registre et d’effets étranges comme sur le très politiquement incorrect ‘Gays Fuck Like Christians‘.

Côté grind on trouvera d’excellents titres comme ‘Vagina Sickning Pussy‘ tout en puissance de la première à la dernière seconde, le très court mais très intense ‘Tenebrum Infectus‘ avec ses 4 secondes chrono ou encore le totalement délirant ‘Pig’s Sodomy At The Herta’s Farm‘ qui reprend en intro la musique de la pub Herta (mais oui, celle ou le gamin il est dans la forêt et puis sa mère lui a préparé du jambon, et il est content…) et se contentera comme refrain d’une talentueuse immitation de porc par Miköz.

Ce premier album de Tenebrum Infectus est donc étonnament bon, même s’il manque peut-être un peu de personnalité au niveau de la composition. Il est surtout plus facile d’accès que beaucoup de groupes de ce style, comme Benighted (duquel il se rapproche vraiment beaucoup niveau son global) ou Gronibard, car moins expérimental que le premier et moins barré que le second. Il sort donc bien du lot autant par sa technicité que par une ambiance générale complètement décalée et plaira autant aux grindcoreux qui en ont marre du noise et qui veulent quelque chose de carré qu’aux amoureux du death qui ne se prend pas au sérieux.