Attention ! ‘Draco Sit Mihi Dux‘ (comprenne qui pourra) d’Ondskapt (pas mieux…) est réservé à un public d’initiés. Ce ‘groupe’, est en effet le genre de projets qu’on commence à voir fleurir un peu partout dans le petit monde fermé du black métal, c’est-à-dire une formation d’une seule et unique personne, pratiquant, on le verra, de manière très approximative, de tous les instruments nécéssaires. Alors, la norme voudrait qu’on colle à ce genre d’album l’étiquette de true black, mais dans un cas comme celui-ci, il faut tout de même un peu nuancer ce genre d’affirmations hâtives.

Draco Sit Mihi Dux‘ c’est donc du black dans la pure tradition suédoise, six titres dépassant tous les 7 ou 8 minutes, sans noms, avec un son, il faut bien le dire, quand même très mauvais dans l’ensemble. Ba oui, si on ne mixe pas soi-même sa création dans une cave avec du matériel pourri, c’est plus du ‘true’ black. Et puis en même temps ça doit bien les arranger de pas avoir à payer une séance de mixage dans un bon studio avec quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Non, non, ça risquerait de dénaturer la musique. On risquerait même d’y comprendre quelque chose. Du coup, la guitare, bien crade côtoie une basse dont on entend une ou deux notes de temps en temps dans les passages les plus calmes et une batterie qui sonne un peu comme un tas de boîtes de conserves matraquées à coup de batte de baseball.

Voilà, une description aussi péjorative aura donc fait fuir la grande majorité d’amateurs de rock plus clean, et qui ont à propos du black des préjugés innébranlables. Il faut quand même dire que c’est compréhensible : mes oreilles férues de death technique souffrent toujours parfois à l’écoute de certaines performances instrumentales bien en dessous de la médiocrité. Mais, l’essence même d’Ondskapt, c’est aussi ça. Acerbus, puisque c’est ainsi que se surnomme le seul coupable de cette obscure création, réussit justement à merveille à passer à travers sa musique la douleur, la frustration, la peur et tous ces autres sentiments qui font que le black est ce qu’il est. A travers des riffs simples mais d’une froideur étonnante (comme le refrain lancinant de ‘III‘) et surtout un chant mélant des hurlements de possédé et autres bruits de pestiférés crachant des glaires purulents (le pont de ‘IV‘ donne vraiment des frissons) à des cris plus graves, presque death, il entraîne dans son univers. Et il est indéniable que tous ces éléments réunis font ressentir à n’importe quel auditeur un profond malaître, presque un vrai dégout. Non pas pour la musique elle même mais vraiment pour ce qu’elle exprime.

Bon, c’est vrai, c’est pas non plus de l’atmosphérique, et on aura beau l’écouter aussi longtemps qu’on voudra, on ne se sentira jamais bercé par ses longs blasts de batterie. Mais les mélodies, même si elles restent plutôt classiques, sont bien trouvées, les mid-tempos arrivent quand il faut (même sur les titres les plus longs : pas de riff qui tourne en rond pendant des heures, et ça, ça fait plaisir), certains titres font clairement office de ballades alors que d’autres font plus dans la brutalité pure, et le tout trouve donc petit à petit son équilibre, pour peu qu’on ait le courage d’écouter la galette de bout en bout. Acerbus ne cède jamais à la facilité de la cacophonie totale, comme font beaucoup, et garde toujours une certaine compréhensibilité dans ses structures.

Alors, ‘Draco Sit Mihi Dux‘ est très underground, mais en fin de compte pas si ‘true’ que ça. Le chant se distingue vraiment de tous les autres groupes du genre et sa variété le rend plus agréable à l’oreille que beaucoup d’autres de ses compatriotes suédois. C’est sur, il ne se vendra peut-être pas à plus de 3 exemplaires dans l’hexagone, mais c’est aussi ça qui fait son charme. Alors le meilleur pour la fin : cet album d’un groupe d’une seule personne et n’ayant donc jamais connu la scène, avec une production tout à fait excécrable et dont les fans se comptent sur les doigts d’une seule main d’un lépreux est une réédition. Moi qui croyait que ce genre de choses n’étaient réservées qu’aux plus populaires d’entre tous…