On ne connait pas bien Mutilation en France, ça il faut bien l’avouer. Pourtant, en Pologne, il paraît qu’ils font déjà office de groupe bien installé et vu le crédit que leur accorde des monstres comme Vader, on est bien content de les voir enfin arriver dans l’hexagone. Pour être plus précis et pour bien expliquer le rythme plutôt étrange de leurs sorties, leur premier album, ‘Possessed By Reality‘, n’est arrivé en France qu’il y a quelques mois…alors que l’enregistrement date de 2001. Le second, ‘Conflict Inside‘, nous arrive donc déjà, mais ce n’est pas forcément pour nous déplaire. Ba oui, ceux qui comme moi se seront procurés le premier opus en se disant ‘tiens, une reprise de Bolt Thrower en bonus track, ça doit être sympa…’, et se seront retrouvés face à une production qui date déjà pas mal vont pouvoir enfin se mettre quelque chose de potable sous la dent grâce à cette suite.

Mutilation c’est donc du death aux accents très trash, du death très oldschool. Logique, vu que la formation a démarré dans le début des années 90. C’est donc l’empreinte du death de cette époque que perpétue le quattuor avec ces 10 titres. Pour preuve la reprise plus anecdotique qu’autre chose en titre de clôture de l’excellent ‘Mutilation‘ de Death. Non, cet album c’est pas non plus ‘Scream Bloody Gore‘, loin de là, mais les deux plongent leur inspiration dans la même source et surtout la même époque. Tout le monde voit le genre ? Bien…

Mais tout ça commençait plutôt mal : après une intro qui n’était déjà presque plus considérée comme originale à l’époque de ‘Future Breed Machine‘ de Meshuggah (et oui, 10 ans…mais eux on leur pardonne tout) et un premier titre, ‘Conflict Inside‘, des plus mous qu’il ait été donné d’entendre à l’oreille humaine, les quatre polonais se ressaisissent heureusement. Une guitare sèche à souhaits démarre ‘Damned Mortality‘, vite rejointe par une batterie survoltée mais qui se calmera vite pour asséner au final tout au long du titre un débit d’une régularité à toute épreuve et dont la lourdeur la ferait passer pour du Hatebreed. Pourtant il sait y faire Marcin, à la batterie quand il veut bien se lacher un peu mais il se satisfait trop souvent de faire le métronome en fond.

Revolt In Myself‘ se la joue plus mélodique avec une guitare rythmique pourtant résolument death et réussit à accrocher malgré une répétitivité exaspérante dans la structure. ‘Rise For Victory‘ fait office de titre guerrier par excellence avec son intro d’ambiance de champ de bataille. Il fallait bien ça histoire de perpétuer les traditions death d’il y a quelques décénnies même si ça fait un peu cliché aujourd’hui.

Ce ‘Conflict Inside‘ est donc d’un côté excellent avec ses nombreux riffs vraiment remarquables (l’intro de ‘In The Name Of Heresy‘ est une petite perle de mid-tempo death), sa production sans failles, ses blasts techniquement irréprochables (‘Imminent Chaos‘ déborde de brutalité du début jusqu’à sa dernière seconde) et même son côté oldschool qui, pour ceux qui aiment, se fait surement trop rare chez les ‘nouveaux’ groupes. Mais l’album possède aussi son lot de défauts : légèrement répétitif, beaucoup d’idées pompées deci delà et puis une voix grognée vraiment très (trop) classique. En tout cas Mutilation ne cherche visiblement pas à faire dans l’original et se ferait avec ce ‘Conflict Inside‘ presque le porte drapeau d’un style en voie de disparition, un death pas très subtil mais pas moins efficace pour ceux qui savent apprécier.

Reste que dans la scène polonaise en ébullition telle qu’elle l’est actuellement, cet album risque d’être vite noyé sous un flot de groupes beaucoup plus tournés vers l’avenir. On pense nottament aux prodiges de chez Decapitated qui semblent bien partis en ce qui les concerne pour s’imposer comme une future référence en la matière et face à qui Mutilation paraît bien désarmé…