Aborted, voilà un groupe exemplaire. Depuis leur premier album, en 1999, chaque opus de ces jeunes belges n’a été que plus surprenant, brutal, technique et original que le précédent. ‘Mais comment font-ils ??’ doivent se demander nombre de groupes qui sèchent niveau inspiration au bout de quelques riffs composés pour leur second album et qui décident donc impunément de remplir le reste par de longs blasts innaudibles et de vendre le tout sur le nom d’un de leurs membres (qui a dit Monstrosity ?? c’est pas bien de dénoncer…). Aborted nous revient donc apres deux longues années d’absence (et un EP, ‘Haematobic‘, alléchant mais bien trop court) avec leur quatrième album en date : ‘The Archaic Abattoir‘.

Un nom qui met l’eau à la bouche, presque autant du moins que l’artwork magnifique et à la symbollique très forte. Un individu normal n’y verrait surement qu’un homme armé d’une tronçonneuse se précipitant sur un corps en décoposition, mais le fan inconditionnel d’Aborted ne peut s’empêcher d’y retrouver l’Homme à la scie, celui qui avait marqué les esprits à travers la pochette de l’album dont l’évocation seule fait se dresser les poils de toute mère de famille prude et soucieuse du devenir mental de ses enfants : ‘Goremageddon‘. Oui, ce chef-d’oeuvre qui avait permis au groupe de marquer la scène death internationale au fer rouge et à jamais. Retrouver ce personnage sur ce ‘Archaic Abattoir‘ ne peut être anodin et on ne peut qu’espérer pendant ces quelques courtes secondes de suspense qui précèdent la première écoute que le line-up géniteur de ‘Goremageddon‘ a réitéré le même exploit.

Et ce ne sont pas les bruits glauques et cette réplique d’ouverture parfaitement choisie, ‘I think you should know I’ve killed a lot of people’, qui font office d’intro qui me feront penser le contraire. Impression définitivement confirmée alors que démarre, dans un déchainement brutalo-apocalyptico-titanesque le premier blast d’une longue série qui forme ‘Dead Wreckoning‘, hors d’oeuvre qui fait figure de démonstration de force. Le meilleur reste à venir et déjà avec ce seul titre, s’exprime toute la puissance du son qu’à donné le plus que talentueux Tue Madsen aux litanies du quintet : hurlements d’une clarté incomparable, superposition de growls, une batterie littéralement inhumainement précise (qu’on doit aussi à Tue Madsen qui décidément a plusieurs cordes à son arc) et samples innombrables qui ne font qu’ajouter de la profondeur à l’ambiance malsaine qui règne sur cet album. Seule petite ombre au tableau, les guitares sont souvent reléguées au second plan au profit d’un mitraillage synchronisé basse/batterie du plus bel effet.

Mais lorsqu’il faut donner dans les riffs mélodiques, Aborted sait y faire aussi, et cela beaucoup plus qu’auparavant. Non, ils ne se sont pas assagis loin de là, mais beaucoup d’éléments sont là pour démontrer l’inventivité sans limites dont dispose le groupe pour varier ses compositions : la lead des couplets de ‘The Inertia‘ soutenue par une rythmique alternant punk et grind et son pont totalement mélodique ou encore la montée épique finale de ‘The Gangrenous Epitaph‘ agrémentée d’un solo magnifique qui font pencher ce titre vers du progressif, et tant d’autres passages qui tiennent du génie.

Il faut néanmoins avouer que ‘The Archaic Abattoir‘ porte extrêmement bien son nom et est de ce fait d’une brutalité sans nom. Mais c’est ce don de savoir intérrompre le carnage le temps d’un beat electro (‘Voracious Haemoglobinic Syndrome‘), d’un mid-tempo rageur (‘Hecatomb‘) ou d’un riff aérien sur fond de percussions presque tribales (‘Gestated Rabidity‘) qui fait tout le charme et produit l’aura mystérieuse et complexe qui se dégage de cet album. Il ne faudrait pas oublier de rajouter à ce tableau déjà somptueux les participations des vocalistes des terribles Illdisposed ou encore de Hatesphere et Mnemic. Que dire de plus si ce n’est que ça fait un bien énorme de retrouver un groupe en aussi bonne forme, surtout après le petit détour (inutile ?) chez InQuest pour certains… Ceux qui avaient apprécié ‘Goremageddon‘ seront donc comblés et que ceux qui disent aimer le death et qui n’ont pourtant jamais eu le privilège de déguster du Aborted se jettent sur cet album et sur tous les précédents aussi d’ailleurs.