Quelque part entre toutes ses formations de metalcore qui se bousculent au portillon de la gloire et qui rivalisent de non-inventivité pour enfin réaliser leur rêve d’enfance et devenir des rock stars au dépend de leur intégrité artistique, il y a des groupes d’un autre type, plus discrets mais ô combien plus interessants qui savent rester honêtes avec eux-même et avec leur musique même si c’est pour vendre trois albums et demi. Au vu de ‘The Design‘, premier opus des ricains de Into The Moat, on peut se dire sans se tromper que ces cinq jeunes hommes font partie de cette deuxième catégorie.

Ce n’est qu’après s’être renseigné un peu sur les origines de la formation qu’on comprend vraiment leur musique. A l’origine, le seul à composer (et d’ailleurs à enregistrer) dans le groupe était le batteur, ce qui est complètement remarquable dans le titre d’ouverture, ‘Century II‘, un instrumental à la structure incroyablement complexe dans lequel tous les instruments, à part une lead psychédélique qui se pose deci delà au grès de ses envies, font réellement office de percussions. L’aspect rythmique de la musique aura rarement autant été mis en avant que sur ces deux courtes minutes d’introduction. Et si celles-ci surprennent déjà par leur technicité et leur incohérence totale, la suite n’en est que plus déjantée.

C’est ‘Empty Shell‘ qui prend alors la relève et dès les premieres secondes quelques constats évidents s’imposent. Tout d’abord, il semble dès les premiers riffs évident que Into The Moat fait partie de cette génération de groupes pour laquelle l’écoute de l’éponyme de Dillinger Escape Plan fut, comme pour beaucoup, un véritable choc, à une époque ou le néo commençait à peine son reigne sans partage sur la scène rock US. Non pas qu’ils copient directement leurs ainés, attention, mais ils ne pourraient pas non plus nier s’en être fortement inspirés. Mais ici, ce death expérimental est poussé dans ses retranchements les plus extrêmes de toutes parts : là où on parlait de ‘touches’ jazzy, il faut maintenant parler de ponts ou breaks entiers (‘Empty Shell‘) et là ou on parlait de complexité des structures, on ne peut en réalité plus vraiment parler de structures du tout tant chaque demi seconde on assiste à un changement de riff. Le temps qu’on ait compris ce qui vient de se passer, le batterie est déjà passée à autre chose, come sur le très déroutant ‘Fortitudine‘.

Mais les inspirations ne se limitent pas à un seul groupe et quand on écoute des titres comme ‘None Shall Pass‘ ou le ‘Prologue…‘ de sept minutes clôturant l’album, on se dit qu’avec leur gros mid-tempos hardcore et les quelques mitraillages bien sentis, on est pas loin de la brutalité froide et presque mathématique d’un Meshuggah. En parlant de mitraillage, la double qui colle littérallement à un sample de mitraillette sur ‘Empty Shell‘ est une des ces démonstrations de précisions qui laissent rêveur. Côté guitare, le son extrêmement clair et dépouillé se rapprocherait plus de celui de géniallissime Muhammed Suicmez de chez Necrophagist et les solo, comme sur ‘Beyond Trachery‘, sans pour autant atteindre la perfection du monstre, se rapprochent de son esprit avec des sonorités innatendues et écorchées.

Globalement, ‘The Design‘ s’écoute donc sans aucun problème de bout en bout si on a le courage de se plonger plus en profondeur dans les méandres de ses compositions complètement barrées. S’il a le mérite de se différencier de la masse actuelle des groupes qui sont sur le devant de la scene, Into The Moat ne propose pas non plus quelque chose de révolutionnaire, mais juste un condensé honête et sans détours de leurs influences. Cet album sonne donc plus dans le contexte actuel comme un hommage à ceux qui avaient su à leur époque sortir de death de sa conformité ambiante, un petit rappel pour dire aux groupes qu’on peut faire quelque chose de très bien sans sombrer dans la facilité.