Immaginez un monde ou le tube de l’été qui va encore saturer les écrans pubs de TF1 pendant les trois ou quatres prochains mois serait ‘Shotgun Horror‘ de Prostitute Disfigurement…Immaginez un monde où Drucker, qui annonce dans son émission du week-end, devant des millions de mères de familles attérées et sur le point de s’évanouir, le live de la semaine : Prostitue Disfigurement…Immaginez les myriades de posters d’un gore sans nom remplaçant les Britney, Lorie et compagnie sur les murs tapissés de papier rose fleuri des chambres de toutes ces jeunes filles de moins de 14 ans. Immaginez…Non en fait il ne vaudrait peut-être mieux pas l’immaginer ce monde là, gardons les meilleures choses pour ceux qui les méritent, car j’ose désormais l’affirmer haut et fort : Michel Drucker ne mérite pas le troisième album de Prostitue Disfigurement, ‘Left In Grisly Fashion‘ !

Alors un nom comme ça qu’est-ce que ça cache…? Eh bien ça cache exactement ce que ça laisse penser que ça cache : du death gore à tendances grind avec des vocaux porçins comme il se doit et des guitares tranchantes comme des hachoirs de bouchers, le tout sur fond de lyrics toutes plus raffinées les unes que les autres, passant soigneusement en revue les mille et unes manières d’exprimer une violence et une obsession morbide totalement gratuite et absurde (pourtant tellement agréable…). Mais là où tous ses concurents se vautrent lamentablement en se prenant les pieds dans une production d’avant-guerre dont la médiocrité n’a d’égale que les piètres performances techniques des musiciens, ces cinq hollandais plutôt malins prennent le contre-pied de cette tendance plutôt fâcheuse.

Les premières secondes de ‘Body To Ravage‘ donnent en effet le ton, et un ton bien différent de ce qu’on aurait osé espérer : les riffs sont bien sentis, extrêmement accrocheurs, le marteau-pilon qui sert de batterie et ses magnifiques envolées chaotiques (par exemple le petit break en solo sur ‘Freaking On The Mutilated‘) ne sont pas écrasés sous un mur de son incompréhensible et l’impression globale reste extrêmement aérée pour un style pourtant aussi dense et rapide. On trouve de tout également au niveau des guitares : savoir que celui qui se torture le poignet derrière la lead fait également partie d’une formation hommage à Megadeth peut donner une idée des solos en même temps techniques et originaux qui ponctuent des titres comme ‘Left In Grisly Fashion‘ ou ‘Victims Of The Absurd‘ : tout simplement impresionnant. Le bombardement d’une intensité rare qui émane de derrière les fûts rappelle quand à lui beaucoup les schémas de Misery Index (et donc forcément aussi Dying Fetus…) alors que le son global, nottament grâce à une voix d’une incompréhensibilité remarquable, rappelle plus des noms tels que Severe Torture, Gorerotted ou bien évidemment Cannibal Corpse.

L’atout majeur du groupe reste quand même, en dehors de sa technique sans failles, son talent de composition, qui a donné naissance, sur les dix titres de l’album à une floppée de véritables hymnes à la gloire du gore. Il suffit d’entendre une seul et unique fois le riff tout bonnement génial du refrain de ‘Shotgun Horror‘ pour qu’il reste en mémoire un bon bout de temps. La même chose s’applique à des titres comme ‘The Corpse Garden‘, qui rappelle, dans sa mélodie, du Six Feet Under inspiré d’il y a quelques années (en beaucoup plus rapide bien sûr), mélangé à des mid-tempos presque trashs, sinon du moins très oldschool.

Pas grand-chose à reprocher, donc, à ce ‘Left In Grisly Fashion‘. En même temps, après un auto-produit abominable et un premier vrai album pas si génial que ça, il était temps que le groupe sorte sa carte maîtresse si il ne voulait pas définitivement sombrer dans l’oubli le plus total. C’est fait et on peut donc désormais dire sans se tromper que la hollande possède un représentant de taille (de plus) sur sa scène death/grind. Bon pour l’histoire du tube de l’été c’est pas encore gagné…mais attendons un peu, on sait jamais…