Leng Tch’e, ou la mort par mille coupures… Cette appétissante méthode d’exécution chinoise mélée de torture est le nom d’un groupe de grind belge assez méconnu et qui a pourtant en son sein un membre plutôt prestigieux derrière les fûts, j’ai nommé Sven-multifonctions, également chanteur chez les très bons Aborted. ‘The Elimination Process‘ est donc le nom de ce troisième opus de ces grindeux déchaînés.

Première bonne surprise, ‘The Fist Of The Leng Tch’e‘ ouvre le ball avec les cris épileptiques que tout otaku qui se respecte aura reconnu comme étant ceux du Fist Of The North Star, du mythique Hokuto No Ken, le survivant pour les intimes. Même si on est pas forcément amateurs d’animés, cette petite touche de légereté prouve au moins que le groupe se démarque un peu de ses concurents qui plongent bien trop souvent dans le gore gratuit et sans références aucunes. Ici, on pose une ambiance, une atmosphère, toujours ultra-violente mais tout aussi décalée. Il suffit pour le comprendre de jetter un oeil à l’artwork, vision apocalyptique de bureaux austères et sinistres décorés d’un joli bain de sang, au milieu desquels se tient la parfaite caricature du jeune col blanc dans une pose ‘post-carnage’, son sourire sadique et la colonne vertébrale qu’il tient dans sa main contrastant singulièrement avec la conformité et la sobriété de sa tenue vestimentaire, cravate assortie à l’appui.

Le tout exprime bien le ras-le-bol et l’ennui provoqué par la vie formatée et contrainte à laquelle ces cinq jeunes musiciens échappent grâce à ce défouloir qu’est Leng Tch’e, ‘an outlet of anger’, comme le qualifient si bien les lyrics souvent frappantes de vérité, petites piques envers les moutons assoifés d’utopies que nous sommes, pleines de critiques sociales jamais totalement gratuites, comme sur ‘Ingest/Dissent‘ qui traverse sans problème autant des thèmes politiques que sexuels. De ce point de vue, et sur l’ambiance générale, ‘The Process Of Elimination‘ est comme un mélange étrange de l’esprit critique de Misery Index et de certaines facettes gores de groupes tels que Rotten Sound, qui mettent en scène cette violence avec un esprit cynique et en même temps très tragique et réaliste.

Mais malheureusement, si au niveau du contenant, il n’y a rien à redire, le contenu quand à lui, c’est-à-dire la musique elle-même, souffre de plusieurs défauts qui risquent d’en rebuter plus d’un. Déjà, au premier abord, on se rend compte que les 24 titres, dont la durée moyenne reste allègrement en dessous de la minute et demi, forment un tout dépassant la demi-heure, ce qui est déjà pas mal pour du grind comme celui-ci, c’est-à-dire extrêmement répétitif, sans aucune mélodie ou presque et surtout avec un son pas toujours si clair que ça. Sur des titres qui blastent du début à la fin, comme ‘Bobby-Joe’s Slumber Party‘, quasi-caricature d’un carnage grind en tout points, on peut encore se dire que les harmoniques et les résonnances, on en a pas grand-chose à foutre. Mais quand on arrive aux mid-tempos, tout de même très présents (influences d’Aborted oblige, il aime varier les plaisirs rythmiques…), il est difficile de discerner les débuts et fins des riffs dans cet énorme aggrégat de saturations diverses.

Très proche de ‘Exit‘ de Rotten Sound, ‘The Elimination Process‘ n’en possède néanmoins pas sa clarté remarquable et sa diversité de structures. C’est dommage, car il suffit d’écouter le dernier titre, ‘Terminal Excess Patient‘, pour se rendre compte que ce n’est pas le talent de composition qui leur manque, loin de là. Ce troisième album de Leng Tch’e reste tout de même une bonne petite galette de grind bien énervé et trouvera parfaitement sa place entre un Nasum et un Jigsore Terror, histoire de varier un peu.