Il y en a pas tant que ça des groupes dont la musique arrive du Chili jusqu’aux oreilles de notre Europe chère et tendre alors quand c’est le cas, on prend le temps d’apprécier. Mais dans le cas présent, on parle de Criminal, et de leur cinquième album ‘Sicario‘, alors vu que le groupe, Chilien d’origine, réside désormais en Angleterre, ça fait tout de suite moins éxotique. Enfin bon, il n’empêche qu’après multiples galères de line-up, label ou encore de production, ce quattuor de jeunes hommes plus que persévérants ont réussi a pondre cinq albums. Si les précédents n’avaient pas fait l’unanimité, voyons si le groupe a été assez malin pour tirer profit de leur erreur passées.

Commençons donc par dire que Criminal joue un thrash mélé à du death avec des accents hardcore dans la pure veine Sud-Américaine, comme si, dans un élan de désir expérimentatif malsain, on avait mélangé Sepultura, Brujeria et Krisiun. Oui on trouve de tout ça dans ce ‘Sicario‘. Il suffit d’entendre le titre d’ouverture, ‘Rise And Fall‘, pour s’en convaincre : ça commence sur une cavalcade death au tempo endiablé, ça continue avec un couplet dans la plus pure tradition thrash oldschool et puis on se retrouve sur un refrain en mid-tempo, au riff plutôt mélodique et à la voix au phrasé haché hardcore caractéristique. D’ailleurs l’ambiance générale de l’album tourne en grande partie autour de cette facette hardcore, nottement du côté des lyrics où on trouve une grosse majorité des ‘clichés’ qui font les valeurs préchées par ce genre de groupes. Pas de doute, on est en présence de méchants garçons.

Et des méchants garçons ça fait de la méchante musique. Parce qu’en toute honneteté, n’ayant jamais eu l’occasion de me plonger plus en profondeur dans la discographie de ce groupe, je ne m’attendais pas à ce que je me suis pris dans les oreilles. Le son sur les précédents album était plutôt…critiquable, dira-t-on pour être gentil. ‘Sicario‘ quand à lui est un modèle de clarté et de puissance en ce qui concerne la production. Mais une production de qualité ne serait rien si elle ne servait pas des compos efficaces et de ce côté-là aussi, on trouve quelques perles. On va faire dans l’ordre décroissant de tempo : ‘Sicario‘ envoie la sauce sur des couplets avec un riff pur death pour arriver au point culminant du refrain ou le chanteur, de sa voix rocailleuse qui sent si bon clope et whisky hurle rageusement un gros ‘Sicario !’. Magnifique. On trouve également ‘Walking Dead‘, du pur Sepultura de la bonne époque amené par une intro ou le batteur nous fait une petite démonstration de la facilité avec laquelle il alterne les rythmes a la double. Enfin, pour contenter ceux qui veulent très lourdement remuer leur chevelure massive sur des riffs plus heavy, lents et mélodiques on trouvera ‘The Root Of All Evil‘, méditation religieuse et break avec petit solo discret (et malheureusement pas très original mais bien mené) de série.

Après, si on cherche un album qui va révolutionner la musique du genre, faudra aller chercher ailleurs. Parce que même si c’est pas directement repompé sur les plus grands standards du genre, loin de là, sur un grande majorité des titres on ne peut que penser aux classiques du genre. Ça n’enlève rien à la qualité de la performance, d’autant plus que la technique aussi est au rendez-vous (le tranchant des riffs sur ‘The Land Got Forgot‘…), mais tout ça s’écoute plus pour passer le temps qu’autre chose.

Globalement, ce ‘Sicario‘ de Criminal n’a rien à se reprocher. Les musiciens savent ce qu’ils font et l’atmosphère générale, malgré le temps passé par le groupe sur les terres pluvieuses d’Angleterre, transpire toujours la chaleur étouffante du Chili, la rage et la colère. Malheureusement ça ne suffira pas à tout le monde et celui qui s’aretera a une première impression risque de vite laisser tomber cet album qui, pourtant, a quelques sérieux atouts.