Attention ! Chef-d’oeuvre ! Je préfere ne pas mâcher mes mots pour cette chronique car l’album dont il est question ici est un des plus grands qu’il m’ait été donné d’entendre. Je n’affirme ni cela dans la précipitation ni dans l’angouement soudain pour une mélodie accrocheuse et bien tournée d’un groupe quelconque qui de toutes manières disparaîtrait dans un futur proche, noyé dans une scène death mondiale en constante ébullition. Mon affirmation est d’autant plus mûrie et réfléchie que la première impression que m’a laissé l’album en question était plutôt médiocre. L’objet du délit est donc la seconde oeuvre de The Black Dahlia Murder, ‘Miasma‘.

En 2003 sortait ‘Unhallowed‘, premier opus de la formation qui, malgré un son quelque peu brouillon, avait déjà mis une énorme claque à tout le monde. Par simple fénéantise, je ne m’étais alors penché que très rapidement sur ladite galette, ne prenant pas la peine de prêter oreille attentive à ces mélodies qui, au jour d’aujourd’hui, sont profondément gravées dans mon petit cerveau. C’est donc lors d’une froide journée d’hiver 2004 que le choc a eu lieu : me rapellant vaguement de ce nom vu sur l’affiche ,’The Black Dahlia Murder‘, tout sur de moi que j’étais en ne pensant être ébloui que par la performance des grands Vader, j’allai admirer le show du fameux X-Mass Fest. Puis le miracle s’est produit, des riffs assassins ont envahi la salle, une voix titanesque écorchant mes tympans a surgi de nulle part, enchaînant avec aisance mélodie de génie sur blast insupportablement carrés le tout avec une présence scénique d’un dynamisme rare : The Black Dahlia Murder venait d’entrer sur scène pour une petite demi-heure et dans ma mémoire à jamais.

Définissons rapidement le style que pratiquent ces cinq génies issus du Michigan : mélangeant thrash scandinave et influences death très mélodiques, le quintet produit une musique fluide, souvent rapide, toujours extrêmement complexe et riche dégageant avant toutes autres choses une puissance et une émotion difficile à décrire avec de simples mots. C’est donc avec fébrilité et impatience que je me suis attelé à l’écoute de ce second opus. Peut-être en attendais-je même trop puisque comme je le disais, ma première impression ne fut pas cet énorme sentiment de bien être auquel je m’attendais. C’est donc plutôt perplexe que je finis la première écoute de cette bien trop courte demi-heure de musique. Puis au fur et à mesure des jours et des semaines, alors que je ressentais une innexplicable envie de revenir constemment à l’écoute de cet album, les choses me sont apparues sous un tout autre jour.

Pour le dire simplement, cet album est destiné à ceux qui comme moi regrèttent amèrement l’arrêt de la carrière d’At The Gates sur un chef-d’oeuvre tel que ‘Slaughter Of The Soul. ‘Miasma‘ continue tout simplement dans la lignée directe de celui-ci en y apportant bien plus encore, puisque le groupe a même réussi a synthétiser la volonté qu’avaient At The Gates à l’époque de ‘With Fear I Kiss The Burning Darkness‘ d’être le lien manquant entre le black scandinave, le death en pleine mutation et la scène thrash internationale. Ajoutez à cela une touche de la brutalité pure de la scène death US et vous obtiendrez ce qui pour moi se rapproche le plus, au niveau mélodique en tout cas, de la grandeur des frères Björler (si ce n’est leur propre performance au sein de The Haunted…).

C’est sur un court titre instrumental, ‘Built For Sin‘, à lui seul déjà tellement majestueux, que démarre l’album. Cette minutte de double pédale accompagnée de guitares parfaitement harmonisée préfigure à merveille ce à quoi on va avoir droit sur les neuf titres restants : un son monstrueusement net et précis, et surtout des contre-mélodies si ennivrantes et poussées qu’on a souvent l’impression d’écouter une fugue de Bach version death. Il est difficile de choisir dans la totalité de l’album des détails à commenter tant tout semble cohérent et continu. Il est plus facile par contre de remarquer que l’ambiance générale de ‘Miasma‘ différe beaucoup de celle de ‘Unhallowed‘. Le second faisait dans le très sombre, avec cette touche de mysticisme religieux si attirante : le fameux ‘Funeral Thirst‘ contait une résurrection dans une forme on ne peut plus poétique, ‘When The Last Grave Has Emptied‘ exprimait de manière prophétique l’apocalypse sous la forme d’un raz-de-marrée de morts-vivants sans pourtant jamais laisser passer une seule image gore ou même simplement violente. Mais ‘Miasma‘ joue dans un tout autre registre : cyniques et corrosives, les nouvelles lyrics bien plus crues et encrée dans la réalité passent en revue sexe, drogue et dénonçent diverses perversions dont souffre la race humaine sous un jour pourtant toujours aussi sombre, comme le montre la photographie de ville plongée dans l’obscurité qui fait office de couverture. Le nom de l’album, ‘Miasma‘, et sa notion infectieuse, contagieuse, chaotique et très généralement malsaine devient alors évident. Pessimisme de rigueur.

Mais c’est vraiment au niveau des mélodies que cet album à le plus à offrir. C’est simple, chaque titre possède, calée quelque part entre deux riffs death lancés à toute allure, une ligne mélodique qui insufle au morceau cette force presque théatralement dramatique, qui arrive le temps d’un break ou d’un refrain à relancer cette machine qui ne s’essoufle apparement jamais. Des perles telles que ‘Statutory Ape‘ avec son changement de tonalité final ou encore ‘Miasma‘ et son riff principal très black sortent du lot. En parlant de souffle, on ne peut que s’incliner devant la performance de Tervor Strnad au chant qui occupe littéralement la place de deux chanteurs : par moments très hauts perchés et raclés le long de cordes vocales complètement martyrisées et par moments monstrueusement gutturaux et caverneux, ses hurlements remplis de détresse et de rage ne manquent jamais de spontanéité et de dynamisme. On notera également la performance du nouveau et très jeune batteur du groupe, parfaitement à la hauteur de ses autres confrères musiciens. C’est d’ailleurs souvent lui qui communique un élan épique à certaines montées en puissances à coups de longs mitraillages de double-pédale ou de syncopes endiablées, comme sur le final grandiose de ‘Spite Suicide‘, un de ces grands moments qui donnent la chair de poule, parmis tous les autres qui figurent sur cet album.

Il y aurait encore tellement de choses à dire sur cet album…mais mon vocabulaire a des limites que la créativité de ces musiciens venus d’ailleurs ne semble pas connaître. Pourtant je ne saurais rien dire d’autre de mieux à ceux qui apprécient autant la nouvelle scène suédoise que la scène death US que de se procurer cet album de toute urgence car s’il peut vous apporter ne serait-ce qu’une fraction du plaisir qu’il va continuer à m’apporter encore probablement pendant très longtemps, vous ne serez surement pas déçu.