Tiens ? Ruins ? Qu’est-ce que c’est ? Avec une pochette aussi sombre et d’un classicisme aussi décevant, ça ne peut qu’être encore un de ces groupes avec un son pourri et du corpse paint dans tous les sens… Voilà à peu près la première réaction que j’ai eu en découvrant ce premier album de Ruins, ‘Spun Forth As Dark Nets‘. Puis j’ai appris que la formation ne comptait que deux membres, mais quels membres : Alex de The Amenta, mais surtout, ce qui a considérablement accru l’attention que j’avais décidé de porter à cet album, David Haley, batteur des excellents Psycroptic. En gros cette formation se composait de ce qui se faisait de mieux comme musiciens sur tout le continent australien.

Malheureusement (pour moi en tout cas) dès la première écoute, on comprend que le son de Ruins se rapproche beaucoup plus d’une version encore plus black de The Amenta que du death hyper nerveux de Psycroptic… Le tout commence en tout cas très fort et on ne perd pas de temps inutilement avec une intro à deux balles comme c’est trop souvent le cas. ‘Spun Forth As Dark Nets‘ ouvre le bal sur un blast accompagné d’un riff black des plus classiques. Pourtant c’est beaucoup moins mélodique et largement plus brutal que les classiques du genre et au lieu de rappeler Darkthrone ou Emperor comme on s’y attend, c’est bien cette nouvelle génération de groupes black, Naglfar ou encore Blodsrit qui vient à l’esprit.

Et c’est là toute la force de Ruins : les deux musiciens jouent dans des formations suffisement différentes et avec un son tellement particulier que lorsqu’on assemble les deux, ça ne peut donner que quelque chose qui sorte un minimum de l’ordinaire. Les breaks sont légion, tout comme les changements de tempo qui évitent de s’ennuyer sur un seul riff qui tourne peut-être trop souvent en boucle. Par exemple, ‘Loops Of Time‘, qui porte d’ailleurs très bien son nom, assène des blasts que les groupes de death les plus techniques de renieraient pas (merci David Haley); Ajoutez à ça une intro totalement fracassante et nous voilà avec un titre qui ferait bien office de modèle d’efficacité dans le domaine.

Par contre, si le black n’est pas votre tasse de thé, il sera difficile d’apprécier cet album à sa juste valeur. En effet, malgré tous ces arrangements très modernes, on retrouve les bonnes vieilles ficelles du genre. Tout d’abord la voix d’Alex est comme tout droit tirée d’un ancien album de Marduk, ce qui n’est pas désagréable. Ensuite, les structures, même si elles sont très variées, utilisent les procédés classiques du genre. Il suffit d’écouter ‘Cold Dark Sea‘ ou ‘Feed The Emptiness‘ pour comprendre : on commence sur un riff mélodique avec un tempo presque doom et puis d’un seul coup on bourrinne comme des malades. Le problème et que si il y a vingt ans, ça surprenait, maintenant on commence à être habitués. Du coup on voit venir les blasts à l’avance, ce qui gâche par moments le plaisir qu’offre leur indéniable technicité.

Il serait tout de même dommage de bouder ce ‘Spun Forth As Dark Nets‘ car les album de black de cette qualité se font rares. Et puis, détail non négligeable, c’est produit par Tue Madsen ! Ce qu’il touche ne se transforme peut-être pas toujours en or mais on est au moins sur de se retrouver en face d’une production de qualité. Et puis les groupes de black qui nous viennent d’Australie, c’est assez rare pour qu’on y prette l’oreille, au moins par curiosité.