Deux semaines, deux longues semaines. C’est le temps qu’à passé cet album à la pochette repoussante à trainer sur mon bureau sans que j’ai le courage d’y preter aucune attention. Oh…comme je regrette d’avoir passé ces deux semaines sans que mes oreilles soient bénies par la mélopée sacrée des Grassois de Cobra. Mais bon, il faut le voir cet artwork pour y croire : un nom en gros caractères gothiques du plus mauvais goût et deux gentils personnages dansant joyeusement au-dessus d’un arc-en-ciel sur fond blanc immaculé. Incroyable non ? Pourtant une fois qu’on a prété l’oreille au contenu de cette galette, on comprend beaucoup mieux pourquoi la pochette ressemble autant à un prospectus des témoins de Jéhova.

Cobra c’est l’irrésistible mélange de shamanisme africain des plus douteux, de christianisme décadent, de satanisme caricaturalement et parodiquement affirmé mais surtout et avant tout de stupidité à son plus haut degré. Et pourtant malgré cette facade de jeunes imbéciles désabusés, à l’écoute de ce nouvel album, ‘Le Pont Des Extrêmes‘, on se dit bien à de nombreuses occasions qu’on a à faire à de petits génies. Pourtant, et c’est ce qui fait toute la puissance de ce groupe plus ou moins conceptuel, il est très difficile d’expliquer la musique et les idées déclamées à travers ces dix chansons avec des mots… Pour essayer de faire simple cette musique se compose à 85% d’un punk très aggressif et virulent aux accents par moments hardcoreux, par moments heavy. Mais c’est avant tout la voix qui fait toute la force de ces compositions souvent outrageusement simplistes. En effet sur un maximum de deux riffs par titre et une batterie tournant en boucle vient se frotter une voix d’une puissance incommensurable.

Il me sera néanmoins impossible de donner le nom de ce grand chanteur puisque trouver des informations sur ce mystérieux groupe se révèle aussi difficile que de manger sa propre tête (ou encore de trouver cet album chez son disquaire, j’imagine…). Mais alors quelle voix : s’écorchant les cordes vocales sur chaque mot, chaque syllabe, ce hurleur enragé réussit à faire de vrais miracles de diction en rendant ses paroles compréhensibles tout en insuflant à ses refrains souvent ostensiblement fédérateurs et entrainants une force supplémentaire. Et heureusement qu’on comprend ce qu’il nous raconte parce que le contraire nous aurait fait passer à côté de quelques futurs monuments de la poésie française. Je pense surtout à ‘Des Lieux Associatifs Pour Les Jeunes‘, propagande survitaminée et hilarante pour les groupes de discution et les ateliers bios, ou encore à ‘Fils Du Cobra‘, cet hymne au satanisme second degré, teinté de cynisme et au refrain à la mélodie presque mélancolique qui donne néanmoins envie de se taper la tête contre les murs.

Mais les exemple sont tellement nombreux. ‘La Vallée Des Fils D’Eros‘, parmis les titres les plus durs à décrypter qui s’attaque au passage à certaines pratiques de curés pas nets, reste tout de même un des plus aboutis niveau composition, avec sa fin en mid-tempo écrasant et son sample indescriptible en fin de refrain. Encore une fois, le chanteur mystérieux nous offre, avant un pont accompagné de ses cloches d’église sinistres, un hurlement tout simplement magnifique. ‘La Peur‘ met à jour à travers une vraie petite monographie du rebelle métalleux tout son ridicule pour 59 secondes de cavalcade hardcoreuse effrénée.

Le plus agréable dans la musique de Cobra reste que dans tous les messages qu’ils réussissent à faire passer avec brio, on ne peut à aucun moment deviner ce qui relève du sérieux et ce qui relève de la moquerie pure et simple. Les sarcasmes les plus évidents sont bien entendus faciles à déchiffrer mais sur des titres comme ‘Au Habs !‘ ou ‘Devine Qui Je Suis (Je M’Apelle Casagrande)‘, on oscille constemment sur le fil qui sépare l’humour du politiquement engagé. En tout cas, quelque soit vos goûts musicaux il serait vraiment dommage de passer à côté d’un tel album. La musique donne envie de bouger et surtout cette voix quelque part entre Amen et Raised Fist est un véritable bonheur. Vous aussi laissez-vous aller à gueuler ‘Fils du Cobra !’ en coeur et faites de l’art avec du ridicule.