Pour moi comme pour beaucoup, ‘Ghouls Of Grandeur‘ avait été une énorme surprise lors de sa sortie, tant par la qualité de sa production, assurée par le grand Peter Tatgren, que par la qualité des dix tueries pur death qui figuraient sur cette galette. Et il nous aura fallu attendre pratiquement quatre ans pour voir revenir sur le devant de la scène le trio norvégien avec leur second opus : ‘10 Steps To Hell‘. Et des changements ont eu lieu puisque Horgh (ex-Immortal et désormais ex-Grimfist) est parti de derrière ses fûts pour laisser place à un confrère au nom à la consonnance scandinave des plus prononcées, Christian Svendsen. Alors ces quatres années de silence ont-elles été passées à peaufiner soigneusement de nouvelles petites perles de brutalité ou ont-elles été passées dans la fainéantise et l’oisiveté la plus totale ? Verdict.

On démarre avec ‘Power‘ et pour le coup on retrouve bien le son propre au groupe : un tranchant apporté par beaucoup d’aigus, des cymbales explosives, une batterie au son global extrêmement percutant et une guitare écorchée par un riff d’intro tout simplement impressionnant de nervosité. Mais bien vite on se rend compte, que ça soit sur ce titre d’ouverture ou sur les neuf autres, que l’atmosphère générale de film d’horreur kitsch des années 80 de ‘Ghouls Of Grandeur‘ a laissé place à quelque chose de beaucoup plus obscure et oppressant. En effet la seconde moitier de ce premier titre nous dévoile une face cachée du groupe, celle qui fait la part belle aux rythmiques doom, au chant clair et aérien en fond sonore et aux riffs extrêmement mélodiques.

‘Mais alors je ne vais plus pouvoir headbanger seul chez moi à m’en décrocher la tête ou jusqu’à ce que mes voisins me prennent pour un autiste et me fassent interner en écoutant ce nouveau Grimfist !?’ me demandais-je tout d’abord, laissant mes instincts d’homme des cavernes en manque de blast remonter à la surface le temps d’un court instant. Ben…en fait pas vraiment. La plupart des titres souffrent en effet d’une certaine molesse et même si un gros mitraillage de double vient se glisser par-ci par-là, ce sont maintenant des rythmiques d’inspiration plus thrash et surtout plus classiques qui dominent largement les compositions.

Le chant clair se taille également une belle part du gateau fraichement sorti du four. Il faut bien avouer que Frediablo se débrouille plutôt bien dans ce domaine, mais on était vraiment pas habitué à ces sortes de ballades, comme ‘Unborn‘ : des solos heavy viennent soutenir un mélange de growls et de chant mélodique le tout sur un fond pour le coup vraiment doom. A d’autres moments, comme sur le très étrange ‘Tools Of The Trade‘, on a l’impression d’assister à l’union malsaine de Judas Priest pour le chant et de Dream Theater avec cette guitare lead tellement claire et mathématiquement carée. C’est bien suspect tout ça…

Grimfist a donc bien changé. Le son est le même mais le style est tout autre. Où sont passés les refrains en mid-tempos dévastateurs de ‘Ghouls Of Grandeur‘ et ce côté si fun presque festif dans les riffs entrainants de ‘From Hell & Back‘ ou de l’énormissime ‘No Compromise‘ ? Pouf…disparus… On retrouve bien cet esprit le temps d’un intro comme sur le riff effréné de ‘Fight Or Die‘ ou sur ‘Breed Apart‘, mais ça reste quand même peu pour satisfaire les fans du premier opus. Grimfist nous offre donc un tout nouvel univers musical avec ce ‘10 Steps To Hell‘. On peut aimer, mais pour ma part je retourne m’écouter le premier album…