Ça faisait déjà quatre ans, c’est-à-dire depuis ‘Volcano‘ qui m’avait personellement laissé une impression plutôt mitigée, que les norvégiens de Satyricon n’étaient pas entré en studio. On se demandait donc ce qu’ils pouvaient bien mijoter pout leur sixième album. Hmmm sixième… j’imagine que les bruleurs d’église et les égorgeurs de prêtres les plus fervants se réjouissent déjà d’un opus sortant sous le signe du chiffre du démon, le triplicat des damnés. Et oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Satyricon est un des emblèmes du black norvégien dans son expression la plus ‘true’. Pourtant les amateurs du style que pratiquait la formation jusqu’ici risquent bien d’être surpris à l’écoute de ce tout nouveau ‘Now, Diabolical‘.

On connaît le goût de Satyr, le leader charismatique et frontman du duo, pour la provocation. Au fur et à mesure de toute la promotion massive qui a précédé la sortie de ce nouvel album (la signature chez Roadrunner aidant) il n’a cessé d’égrainer de petites remarques assassines sur l’état actuel du black scandinave en perte de vitesse, de petites piques d’autant plus énervantes qu’il ne manquait pas non plus d’affirmer que Satyricon avait toujours montré l’exemple en matière de style musical et que ce serait également le cas avec ce nouvel opus. Mais on connaît aussi le talent indéniable de cette grande gueule et on a donc impatiemment attendu cet album qui tardait tant à venir. Et au final, on ne peut que constater que quand Satyr dit qu’il souhaite se démarquer d’une scène black anesthésiée et stagnante, il le fait sans complexes.

Now, Diabolical‘ est en effet bien différent des anciennes productions du groupe. Premier détail majeur à noter : la production a été assurée par Mike Frasier qui a travaillé entre autres avec, ni plus ni moins, AC/DC ou encore Metallica. Choix incongru se diront certains, et à la première écoute on peut se dire qu’ils ont raison. De prime abord, le son semble en effet très sec et étouffé, les guitares n’ont pas beaucoup d’ampleur, la batterie noyée derrière toutes ses sonorités très aigues et criardes, etc… Quand on annonce un tel producteur derrière les manettes, on s’attend à un son chaleureux et percutant et pourtant on se retrouve face à ce son très ‘plat’.

Si ce n’était que le son, mais le style des compositions lui aussi s’est vu sévèrement modifié. Les tempos sont considérablement ralentis, plus de gros blasts à tout va, plus de grosses descentes de manche ou de riffs aux mélodies complexes. La seule chose qui reste de l’ancien Satyricon, c’est la voix de Satyr, et c’est bien la seule chose qui fait passer cette musique pour du black, du moins dans sa définition la plus classique. Les riffs sont souvent répétitifs, tournant souvent en boucle et c’est chose rare d’en dénombrer plus de trois ou quatre différents par titre. On y entendrait presque par moments des sonorités très froides et mécaniques de métal industriel. On pourrait presque dire que Satyr semble avoir voulu procéder de la même manière que Chris Barnes qui, après avoir quitté un Cannibal Corpse technique et brutal, est allé à la simplicité et au groove d’un Six Feet Under. Même si les styles n’ont pas grand-chose en commun, de la même manière, tout ici semble désormais très dépouillé et direct.

Pourquoi j’explique tout ça ? Tout simplement pour dire que ce ‘Now, Diabolical‘ est un album très déroutant, mais, car il y a un mais, cet album est aussi un album qu’il faut prendre le temps d’écouter. Et oui, car malgré tous ces sentiments d’abord très mitigés, ce choc de la première écoute et du son global si étrange finissent par passer. Et de manière vraiment inexplicable on peut finir par vraiment apprécier cet album à sa juste valeur. Satyr sait ce qu’il fait, il n’y a aucun doute là-dessus, et chaque tournure, chaque arrangement, chaque riff finit petit à petit par prendre un sens.

Apprécier cet album est donc simplement quelque chose qui prend du temps. Satyr a en effet su aller au plus simple et c’est ce minimalisme presque extrême qui devient réellement hypnotisant à la longue. ‘Now, Diabolical‘ est typiquement le genre d’album qui ne fait pas nécessairement un grand effet à la première écoute mais auquel on revient, on ne sait pas vraiment pourquoi, qu’on se repasse de plus en plus souvent sans réelle raison jusqu’à ce qu’il tourne en boucle constemment. Le genre d’album qu’on se sent presque coupable d’aimer tant ces compositions sont réduites au stricte minimum, autant stylistiquement que techniquement. Pourtant, au bout du compte, même si les orchestrations épiques et les envolées supersoniques de Frost ne sont (presque) plus présentes, ‘Now, Diabolical‘ est un très bon album.