Ça faisait quand même trois ans qu’on l’attendait cet album. Après un cinq titres, ‘Overthrow‘ qui, sorti de nulle part en 2001, avait surpris tout le monde par sa qualité et la fraîcheur qu’il apportait à une scène death de la côté Est américaine en plein essouflement, moultes et moultes splits cds et démos, et enfin un ‘Retaliate‘ en 2003 qui avait mis une grosse claque à tout le monde malgré les innombrables changements de line-up qui l’avaient précédé, c’est donc le deuxième rejeton de Misery Index qui nous arrive enfin : ‘Discordia‘.

Pour définir le style de ce groupe si particulier, il faut le replacer dans son contexte. Washington D.C., Etats-Unis, 2001, lors d’un meeting d’anciens et actuels membres de Dying Fetus (les organisateurs parlent de 15 000 personnes et même si les organisateurs ont toujours tendance à éxagérer, dieu sait qu’il y en a beaucoup…) et alors que le groupe susnommé va passer trois ans à stagner après la sortie de leur ‘Destroy The Opposition‘ pourtant très bon, certains des membres présents décident de se lancer dans un side project des plus intrépides : Misery Index. Bon, l’histoire de la réunion et tout ça, ça ne s’est peut-être pas exactement passé comme ça, mais l’idée et là : des membres d’un des pilliers du death américain souhaitent retaper un peu les fondations d’un style qui n’innove plus assez.

Pour cela, on a besoin de quelques ingrédients principaux. Premièrement, une approche complètement extrême, presque destructurée et supersonique des tempos, des riffs et des rythmiques. Vu le passé des musiciens présents, on obtient une complexité et une rapidité à la Dying Fetus, quelle surprise. Ensuite, on mélange à cette base plutôt oldschool le côté revendicatif, hargneux et spontané d’un grind hardcoreux aux relents de punk engagé. Car oui, Misery Index laisse une grande place aux revendications politiques dans sa musique. Avec un nom de groupe comme ça, on s’imagine facilement vers quelle extrémité de l’hémicycle les opinions de ces quatre compères se dirigent. Enfin, histoire de rendre le mélange encore un peu moins évident, le groupe emprunte des éléments à un métal plus moderne, que ce soit dans le chant et son phrasé rapide et entrainant ou dans certains riffs qui groovent plus que la moyenne ou même quelques véritables mélodies (le magnifique et surprenant ‘Discordia‘).

Les fans l’auront compris, ‘Discordia‘ ne change pas la formule utilisée dans les précédents opus et qui avait permis au groupe de réellement se démarquer. Pour les autres, imaginez-vous l’enfant batard de Napalm Death, Dying Fetus et, disons par exemple Chimaira (Kevin Talley ayant dernierement rapproché les deux groupes en figurant succéssivement dans leurs line-up respectifs derrière ses fûts). Grind enragé + technicité tortueuse à toute épreuve + grooves métalleux modernes = énorme tuerie. De la première à la dernière seconde, sur une intro détonnante, un break mittraillé à tout va entre deux blasts inhumainement rapides, on se demande tout simplement ‘mais qu’est-ce qui se passe…?’, béat d’admiration devant une telle maîtrise des compositions et une utilisation si parcimonieuse de brutalité pure. La production elle aussi est irréprochable, le son global ayant enfin pris cette lourdeur imposante qui manquait peut-être à ‘Retaliate‘. Les guitares ont toujours ce petit côté écorché et ‘sale’ qui fait leur charme, laissant sans complexe échapper de tranchants sons de glissements de doigts le long de cordes en surchauffe. Les batteurs quand à eux seront aux anges. Pour le dire simplement, et car il n’y a pas vraiment d’autres mots pour le décrire, Adam Jarvis, succésseur de Matt Byers, bourrine comme un porc (dans le bon sens du terme…). Donc oui, il faut aimer la surcharge de blasts, de syncopes et breaks innombrables, mais pour peu que ce soit le cas, c’est un vrai régal.

Passer à côté de Misery Index maintenant, alors qu’ils n’en sont qu’à ce qu’on espère être leurs débuts serait un crime, qu’on aime le death pur souche, le grind, le hardcore ou le métal en général. Passer à côté de ce ‘Discordia‘ le serait donc tout autant car honnêtement on n’entends pas des albums de cette trempe là tous les jours, qui de plus arrive à mettre autant de styles d’accord. S’il faut attendre encore trois ans pour avoir droit à un successeur de la même veine, j’attends sans problèmes.