Il y a surement autant de façons de se ‘vendre’ qu’il y a de groupes. Pour leur sixième album, ‘Obscenities In D-Flat‘, les suédois de Deranged ont choisi une méthode bien particulière en prenant leur distances avec la scène death de leur pays d’origine, qui s’exporte pourtant à merveille, en la critiquant à tout va : trop mélodique, trop artificielle, trop ‘clean’ pour eux. Il leur fallait donc faire un album brutal au possible, avec un son plutôt crade, enfin quelque chose bien à l’opposé de ce qui nous arrive de suède depuis un petit moment déjà. Et comme c’est exactement ce que fait Deranged depuis plus de dix ans, on part plutôt confiants.

Le groupe porte en effet bien son nom. Ici, pas de place pour les mélodies, balades, chants clairs, ou autres. Ça bourrine, ça blaste, ça growl, c’est du death à l’état brut. Rien de bien groovy non plus à l’exception de quelques riffs plus espacés et qui cassent un peu ce rythme souvent très répétitif comme sur ‘Body Fluids From Unknown Source‘ et ses quelques samples qui apportent un peu de variation. Le reste du temps, on se retrouve face à un mur de guitares bien épais accompagné d’un mitraillage de batterie, il faut le dire par moments plutôt ennuyeux.

Au niveau des riffs, Deranged aime les dissonances et entend bien nous le faire savoir. C’est d’ailleurs aussi vrai pour les guitares que pour tout autre son arrivé d’on ne sait où, innexplicablement, comme encore une fois sur ‘Body Fluids From Unknown Source‘ qui nous balance en outro un mélande de larsens et de grincements métalliques assez déplaisants. Bon, alors c’est conceptuel ce genre de choses, c’est sympa une fois, mais quand tous les deux riffs finissent par une note hurlante et bien appuyée qui n’a rien à faire là d’un point de vue harmonique, ça peut devenir fatiguant.

Mais heureusement cet album possède deux points forts qui presque à eux seuls valent l’écoute. Tout d’abord la voix. Honnêtement, on entend pas souvent des growls aussi graves et caverneux avec si peu d’effets. Le timbre reste donc plutôt naturel et on profite de chaque petit gargouillement, chaque frémissement, même le plus subtil, des cordes vocales de ce monstre. Ensuite, le point qui m’a particulièrement fait plaisir : la basse. Très souvent, dans les groupes de death aussi brutaux que celui-ci, la basse, accordée au plus bas, se retrouve soit entérrée sous les guitares, soit fait simplement office de percussions et devient vite innaudible. Dans le cas présent, elle est en effet accordée très bas. On se rend vraiment compte à quel point surtout la première fois qu’on entend les intros où elle joue seule, comme sur ‘Alive Swarming With Flies‘. Et après en avoir pris conscience on se réécoute presque l’album uniquement pour dénicher toutes les jolies envolées de cette basse qui est en réalité omniprésente et apporte une vraie densité au son, avec son côté ronronnant et pourtant vraiment précis.

Obscenities In D-Flat‘ n’apporte donc rien de bien nouveau au joyeux monde du death. Beaucoup trouveront toutes ces dissonances consécutives surement désagréables et s’ennuieront peut-être à cause de rythmiques trop répétitives. D’autres sauront apprécier la performance d’un groupe bien rodé dans un style qu’il maîtrise, une voix qui se prête à merveille à cette ambiance gore et d’autres détails sympathiques du genre.