Il semble presque logique que cet ‘Eschaton‘, troisième album des anglais d’Anaal Nathrakh, nous arrive en cette fin d’année en même temps que les premiers froids hivernaux qui vont petit à petit réduire toute la flore à l’état de matière en décomposition. Vous voyez la pertinence de cette comparaison ? Moi non plus en fin de compte, mais au moins j’aurais essayé. Plus sérieusement, j’étais très impatient de voir ce que la décision de faire de la scène (peu, certes, mais de la scène quand même) qu’a prise ce mystérieux duo anglais l’année dernière allait avoir comme répercussions sur leur prochain album. Et bien ce prochain album est finalement arrivé, allons-nous en donc le décortiquer au plus vite.

Petit topo rapide pour ceux qui n’auraient pas suivi, Anaal Nathrakh était en effet jusqu’à l’année derniere uniquement le projet studio de deux amoureux du black, mais manifestement de beaucoup d’autres styles encore, pas vraiment pensé pour la scène donc. Mais se sont récemment joint à l’aventure entre autres Shane Embury et Danny Herrera, respectivement bassiste et batteur de chez Napalm Death, histoire de permettre au son des deux génies anglais d’être porté sur scène. Toujours dans la logique de cultiver un certain mystère autour de cette musique, les deux créateurs ont cependant bien précisé que ces concerts resteraient exceptionnels et qu’il n’était nullement question de tournée ou quoi que ce soit du genre.

Cela aurait tout de même pu présager de quelconques changements dans le style de composition auquel on nous avait habitué sur les deux précédents opus… Et en fait pas vraiment : ‘Eschaton‘ délivre la même dose de black vraiment malsain mélangé à un grind toujours aussi rugueux et corrosif que ses prédécesseurs. Le mot d’ordre est resté le même depuis le début, brutalité et rapidité tous deux poussés à leurs extrêmes limites. Et il faut dire que la sauce prend toujours aussi bien. Dès la première seconde, on se rend en tout cas compte que le son du groupe, que les deux compères mixent aux-même dans leur propre studio fait maison, s’est encore affiné et éclairci. Quand on sait à quel point ces deux-là sont de vrais perfectionnistes à tous niveaux, on se dit que ça ne peut être que pour le mieux de pouvoir apprécier leurs compositions dans les moindres détails.

Plus concrètement, les titres poussent encore plus loin ce mélange entre black et grind avec des tempos inhumains et des structures complètement chaotiques. Les mélodies elles-aussi prennent une place un peu plus importante qu’auparavant, rendant la comparaison avec Emperor encore plus innévitable que sur les précédents albums. On a donc droit a des refrains aux mélodies épiques au possible comme sur ‘Between Shit And Piss We Are Born‘ ou ‘When The Lion Devours Both Dragon And Child‘, parfois en voix claire oldschool comme il faut, mais toujours soutenu par un mitraillage rythmique en règles. D’autres titres au tempo moins soutenu proposent une ambiance plus industrielle avec tous les samples aux sonorités mécaniques et à la froideur métallique qui vont avec, comme ‘Regression To The Mean‘. D’autres encore, comme ‘The Yellow King‘ offrent une voix complètement inaudible et jouent plus sur une atmosphère vraiment pesante et presque irritante, sans pour autant proposer quoi que ce soit d’assez original ou intéressant techniquement pour pouvoir parler de démonstration instrumentale.

De manière générale, les voix restent un des points fort de cet album : couvrant toutes les tonalités classiques du black, mais proposant aussi du chant clair de qualité, elles participent vraiment à cette impression de bordel si agréable, toujours à la limite de l’overdose. Les couches de grognements, de vomissement, de chuchotement et rires démoniaques se superposent souvent lors des montées en puissance les plus climactiques pour porter l’intensité du tout encore un peu plus haut.

Au bout du compte, ‘Eschaton‘ est largement à la hauteur de ses prédécesseurs. Il est peut-être même plus accessible que ces derniers (si on peut parler d’accessibilité pour ce genre de musique) sans pour autant perdre ce côté ultra-aggressif et cette force destructrice qui caractérisent la musique des deux malades qui sont derrière tout ça. Ça innove juste assez pour apporter un peu de fraîcheur au tout et pas trop non plus histoire de ne pas dérouter les fans. ‘Eschaton‘, c’est donc du très bon Anaal Nathrakh et on ne peut que remercier ce duo de continuer d’explorer cette facette si particulière du black avec un son qu’on reconnaitrait entre mille.