Les blood brothers ont inventé un son. Orgue épileptique et intonnations sensuello-criardes sont donc au programme de Young Machetes. Ils ont réunis tous les ingrédients du cocktail habituel pour confirmer que s’ils font toujours un peu la même chose, il la font de mieux en mieux. A la production: Guy Piccioto. (La moitié du lectorat vient de s’évanouir). Si le culte que vous vouez à Fugazi est raisonnable, vous devez encore être attentif à Mon avis, ci dessous:

Young machetes. Bon titre pour la musique aiguisée et tranchante du combo américain. Plus proche du dancefloor que de l’abatoire, le post punk des frères de sang est à la fois lourd et aérien. Le concept? La violence légère. Le son des blood brothers, c’est cette ambiance, ce malaise électrique, sombre et attrayant. Le constraste est d’autant plus frappant que les instruments ont gagné en lourdeur. Tandis que Johnny Whitley et Jordan Billie ont encore la tessiture d’un Vincent Macdoom qui s’arracherai une bande de cire; le son est plus compact, moins anguleux… moins froid. Le résultat met considérablement en valeur les contines torturées de nos deux frontmen. Il m’est même arrivé de penser à un Deftones dégraissé. Johny s’égossille comme une hyène en chasse, Jordan toujours à fleur de peau; le tout sur un plus large panel de mélodie passée au mixeur blood brothers. Les cinq de Seattle n’écrasent pas leurs victimes à coup de riffs ou de batteries lourdingues. Ils griffent. Et on en redemande!

Ouverture sur les guitares hypnotiques de ‘Set fire to the face of fire’ et de ‘we ride skeletal lightning’. (je case toujours guitares hypnotiques, mais je ne chronique pour l’instant que ce que j’aime, et ce que j’aime, c’est les groupes de connards à guitares hypnotiques). ‘Laser light’ est un nouveau tube pour les amateurs du claquement de doigt/mouvement de genoux simultanés. Le synthé sonne toujours comme un jouet cassé sous les doigts d’un Charlie Olleg sous guronsan. Les guitares sont désarticulées, le groove imparable. Les Blood Brothers frappent fort mais arrondissent les angles. Comme d’habitude, il y aura des mécontents. Pas assez hardcore, pas assez punk. On connait la chanson. Difficile de reproduire la claque burn piano island. Difficile ET inutile. Après les relatives accalmies expérimentées sur l’album Crimes, Young Machetes semble tendre naturellement vers une écoute simplifiée. ‘Nausea shreds’ et ‘you’re the dream unicorn’ sont des brûlots punk hargneux on ne peut plus direct.
Quant aux rythmiques de ‘Street wars/exotic foxholes’ ou de ‘lift the Veil, Kiss the tank’, elles sont les cousines pas si lointaines de ce qui se fait chez une nouvelle vague pop indé (qu’on écoute tous plus ou moins en secret)… version tronçonneuse.

Les Blood brothers font de la musique schizophrène. Je suis et serai, je pense, toujours cliente de ce screamo théâtrale et viscérale qui fait oublier que chacun de leur concert est une conférence myspace. Comme à chaque fois, il y a du bon et du moins bon (pourquoi se casser le cul à écrire des chroniques?). Mais ne leur reprochons pas ici de ne pas essayer de varier les plaisirs.
‘Rat riders’ est un ptit bijou post punk. Le glam assumé de ‘Spit shine your black clouds’ est irrésistible. Bien foutu, cet album ne fera pas l’histoire. Par contre, qu’est ce qu’on sera heureux de transpirer au premier rang.