De temps en temps, comme toujours, notre héxagone pond un de ces groupes qui sortent manifestement du lot. Fin 2005, le petit milieu du métal / hardcore français a en effet subit l’assaut dévastateur de The Arrs, sous la forme d’un premier album unanimement acclamé par la critique, ‘Et La Douleur Est La Même‘. Depuis, on attendait donc impatiemment la suite mais le jeune quintet était bien trop occupé à enchaîner un nombre impressionant de concerts pour se forger ce qu’on pourrait au jour d’aujourd’hui appeler une réputation scénique béton. Bon, donc ça c’est fait, il ne reste plus qu’à voir si un second album comme ce ‘Trinité‘ pourra mettre le coup de grâce et convertir les derniers réticents.

D’abord un petit mot sur l’univers du groupe, qui ne semble pas avoir changé depuis le précédent opus. Les thèmes de l’artwork et les titres des chansons pointent toujours autant vers des références chrétiennes : ‘Prêcheur‘, ‘Sanctuaire‘, ‘Redemption‘ dont les lyrics restent toujours très vagues et ambigues, contrairement à ‘Originel‘ qui aborde quand à lui directement la notion de pêchés et de génèse. Même si de manière générale on reconnaît bien dans la majorité des titres la position et le discours hardcore classique où l’affirmation de soi, l’honneur, l’intégrité et le respect passent avant tout, on peut toujours se poser des questions. Premier groupe de christiancore français ? Si tout ça avait lieu outre-atlantique, il n’y aurait aucune équivoque, mais mettons tout ça plutôt sur le dos d’un sens de la poésie française bien particulier.

Mais venons-en à la musique. De manière générale, le groupe a su conserver tout ce qui rendait son son si unique dans le précédent volet tout en polissant un peu le tout au niveau de la production. C’est plus lourd, plus tranchant, plus précis et pour tout ça on dit un grand merci à Francis Caste. Pour ce qui est des compositions elles-même, on note quand même un léger changement de cap. On trouve en effet sur ce ‘Trinité‘ moins de parties mélodiques qui rendaient des titres tels que ‘Aussi Loin Que Le Regard Des Anges‘ aussi marquants. Les quelques passages en lead bourdonnante bien death ou toutes les influences plus thrash scandinaves qui ponctuaient certains titres tels que ‘Dieu Dans Leur Monde‘ ou ‘Requiem‘ ont aussi en partie disparu. ‘Prêcheur‘ avec son intro blastée, ‘Originel‘ et ses refrains en voix claire ou encore ‘Regrets‘ avec ses riffs qui font magnifiquement usage de leads multiples à la In Flames, nous offrent tout de même bien quelques moments de mélodie très inspirée.

Alors qu’ont les autres titres de l’album à offrir ? Et bien du bon gros hardcore monumentalement lourd et puissant. Là encore, par rapport au précédent opus, les mid-tempos mitraillés à la batterie ont été remplacés par des breakdowns écrasants plus simplistes à la sauce east coast US. En écoutant ‘Ennemis‘, sa basse métallique omniprésente et ses changements de tempo incéssants, on pense à Sworn Enemy. Avec ‘Délivrance‘, encore un peu plus cru, rugueux et droit au but on pense à Terror et compagnie. Bref, ça a bien la patate tout ça. Si le côté instrumental est sans failles, le chant (toujours en français s’il vous plaît) de Nico participe également en très grande partie à la brutalité et l’énergie que dégagent les compos, puisqu’il hurle sans retenue aucune et même si la diction en souffre par moments, cette spontanéité fait plaisir à entendre.

Ceux qui avaient aimé ‘Et La Douleur Est La Même‘ peuvent et doivent donc se jetter sur ce ‘Trinité‘. Même si le tout balance un peu plus encore du côté hardcore pur qu’avant, on retrouve sans peine l’esprit et l’univers du groupe. Même les amateurs de metalcore y trouveront leurs repères sans problèmes. Et puis c’est pas tous les jours que la scène métal française produit un album de cette qualité, donc ça serait vraiment dommage de passer à côté.