Fan des débuts, je me trouvais enfin comblé il y a peu par l’arrivée tardive du premier LP de Gliss intitulé ‘Love The Virgins‘. C’était donc pour moi l’occasion de savoir si les espoirs fondés sur le trio en valait la peine. Un album à part entière qui, chose unique, fût précédé de très longues tournées européennes et américaines ayant notamment décidé des titres qui figureraient sur l’album selon les réactions des publics rencontrés. Oui, Gliss commence bien, ils ont compris qu’il fallait savoir faire plaisir aux amateurs du groupe avant tout. Le skeud s’ouvre donc sur le titre hyper suave ‘I Want You‘, morceau typique de la formation ; chant sexy et langoureux assuré par l’envoûtant Martin Klingman, porté par des riffs imparables et électriques de guitares surmontées d’une batterie implacable assurées tour à tour par David Reiss et Victoria Cecilia. Néanmoins, lors de ma chronique du premier EP (‘A Kick In Your Heart‘), l’un de mes seuls reproches était justement une certaine monotonie de style du trio. Allaient-ils réussir à se renouveller tout en restant eux-mêmes ?

Et bien disons-le franchement, c’est le cas. Même si on retrouve des titres dans la tradition du trio qui sont des titres forcément rythmés, sexys à souhait et électrisants, ce cocktail détonnant ne lassera pas le fan tant ils sont menés de main de maître comme ‘Fade Away‘, ‘Blue Sky‘ (le premier single) ou encore ‘Make Believe‘. Un mélange encore plus prenant quand la part belle est faite aux guitares façon ‘Off To Bed‘ ou ‘Mopped‘.
Alors si sur ces titres, on retrouve un Gliss ‘habituel’, on s’aperçoit vite que les arrangements ont déjà gagné en précision, prouvant que le groupe a su faire évoluer son répertoire égréné sur de nombreux concerts européens.
Un répertoire qui s’en trouve bien évidemment bonifié et surtout plus varié et ce n’est pas le très garagesque ‘Huh What‘ qui va me contredire. Morceau doté d’un son volontairement cradingue à la limite du punk, beaucoup plus ‘roots’, les guitares semblent ici possédées, dopées par une batterie incisive et grosse nouveauté, la voix de Martin n’y est donc pas suave comme à son habitude mais plus directe et surtout faite d’une saturation électrique réellement intéressante. Le groupe semblant donc bien décidé à déjouer la monotonie d’un style qu’ils maitrisent déjà parfaitement.
Un rock électrisé qu’ils vont aussi renouveller chez eux avec ‘Love The Virgins‘, le titre éponyme, très loin d’être dépourvu d’intérêt. Sa rythmique hyper incisive et ses rythmiques de guitare ne pouvant faire penser qu’à du Franz Ferdinand ! Un morceau aussi dansant que ‘Kissing The Boulevard‘ qui a été retravaillé pour cet album et bénéficie d’un arrangement plus fin, distillant un véritable mélange de sentiments à la limite de l’euphorie.
Innocent Eyes‘ fait partie des rares titres nous permettant d’entendre Gliss opérer dans un registre plus lent et définitivement torturé pour lequel la voix de son chanteur excelle plus que jamais, contribuant à faire du paysage musical de la formation un paysage unique.
Le groupe va ralentir quelque peu sa course électrique jusqu’alors effrénée sur deux autres titres, ‘Falling To Pieces‘ sur lequel Martin nous y gratifie d’un chant très doux, très sensible et très proche de ce que l’artiste fait aussi en solo. Sorte de chant désabusé superbement enivrant. Quant au dernier titre du genre, il s’agît de ‘All You People‘ qui figurait déjà sur le très très rare ‘EP Denmark Sessions‘ et qui possède clairement quelques accents de new wave pour ne pas dire de cold wave, le titre étant bercé par une guitare plaintive, une batterie lente, comme suspendue dans le temps, qui ne risque pas de vous laisser indifférents.

Au final, ‘Love The Virgins‘ réussit totalement sa mission, confirmer un groupe dans son registre et lui permettre d’atteindre de nouvelles sphères faisant quelque peu défaut à un premier EP pourtant très convaincant à son époque. Il me paraît difficile de nier le talent de ces artistes qui bénéficient pour l’instant d’un succès d’estime auprès de nombreux artistes notamment et d’un public de plus en plus fidèle. Un album rock qui mérite plus d’attention qu’il ne semble en susciter encore à mon grand regret et qui me pousse à dire ‘encore !’