Je préfère le dire tout de suite, Limp Bizkit n’a jamais été ma came et si aujourd’hui, je trouve un certain attrait au projet solo de Wes Borland, enfin débarassé de l’encombrante étiquette nu-metal, c’est que le guitariste a su s’entourer de musiciens de renom le temps d’un premier enregistrement studio. Comment ne pas penser qu’il était de bon augure de voir figurer l’excellent batteur Josh Freese et le guitariste Danny Lohner (tous deux associés à Nine Inch Nails et A Perfect Circle) alors qu’ils semblaient être porteurs d’une certaine caution musicale bien plus en accord avec mes goûts personnels.

Si c’est le très très stoner titre ‘Mesopotamia‘ qui ouvre ce premier album plein de promesses avec sa batterie carrée et survoltée, son chant hypnotique et sa subtile dose d’électro, avouons qu’il fait presque figure d’intrus (sans pour autant choquer) comparé au reste de l’album dont le nom évocateur sera en fait la colonne vertébrale. Borland ayant avoué un très gros travail sur les mélodies de manière à rendre les titres mordant au possible, il s’appuie donc sur des ruptures franchement bienvenues et un habile mélange de rock bien lourd à base de batterie déchaînée, d’électro vénéneuse mais toute en subtilité et de guitares décomplexées (‘Animal‘).
On se laisse au passage happer par la voix de Wes, comme sur les couplets de ‘Lie‘, single doté d’une ambiance gothique à base d’une électro inquiétante à souhait, les instruments qui se tapissaient jusqu’alors dans l’ombre, se révélant au grand jour lors du refrain dans un réel déferlement sonore à en décoller le papier peint. Wes Borland n’hésitant pas non plus à pousser sa voix à son maximum, bousculant l’auditeur pour le coincer entre deux riffs rageurs du meilleur effet et ce, grâce à une réelle qualité de composition instrumentale, fruit d’un Borland inspiré et épaulé comme il se devait par un Danny Lohner toujours aussi efficace (‘Coward‘), même dans son rôle de producteur.
Plus aérien, le titre ‘Cruel Melody‘ permet une première variation de registre, batterie, guitare sèche et artificialités sonores faisant ici bon ménage sans pour autant jouer les Nine Inch Nails de seconde zone car si Black Light Burns semble jouer dans un registre assez semblable de prime abord, le groupe est loin d’être aussi synthétique que celui de Trent Reznor, qui aura pourtant eu le loisir de jeter une oreille au projet à ses débuts. Les guitares gardant finalement un rôle primordial sur le reste de la composition. Douce et surtout fausse ballade froide, sa discrète montée en puissance rappelant sans honte un certain ‘Knife Party‘ des Deftones avec ses choeurs féminins assénés en fin de composition (à la limite du cri) avant que les quelques notes de guitare, finissent le travail sous forme d’accalmie après la tempête.
Ainsi Wes sait aussi se ménager un habile jeu d’alternances entre douceur temporaire et passages plus abrupts, preuve en est avec le très reptilien ‘I Have A Need‘, n’hésitant pas ainsi à mettre en avant sa propre voix sur fond de beats électro alors que les différents passages tout en instrus disséminés de part et d’autre de la composition évoquent sans complexe A Perfect Circle, confirmant au passage la capacité de Borland à digérer les influences de ses pairs pour les transformer en compositions plus personnelles. Ainsi, ‘Stop A Bullet‘ avec son intro sonnant comme un vieux vinyle, a de sérieux accents de ‘Mechanical Animals‘ et ce n’est pas le chant hyper sensuel qui me fera penser le contraire. Le guitariste n’hésitant pas non plus à se faire direct, simple, surfant entre rock lourd et sons artificiels (‘The Mark‘, ‘4 Walls‘, ‘One Of Yours‘).
Le frontman se paie même le luxe de calmer le jeu en fin d’album à commencer par le calme et pourtant électrisant ‘New Hunger‘, distillant quelques notes de clavier ou de violon jusqu’alors inexploités. Plage atmosphérique par excellence, elle augure ainsi d’une fin d’album décidément plus voluptueuse, sans pour autant se montrer ennuyeuse. Preuve en est avec ‘I Am Where It Takes Me‘ ; guitare discrète, chant posé, électro plus que jamais au service d’une atmosphère, d’une ambiance, le tout est alimenté par de discrets choeurs electro-pop hypnotiques façon ‘I Want It All‘ de Depeche Mode, le temps semblant quasiment suspendu aux lèvres du chanteur épaulé par la douce voix de Johnette Napolitano du groupe Concrete Blonde, se complétant subtilement à la manière de Gore et Gahan. L’album se conclut par une longue (trop longue) plage instrumentale (‘Iodine Sky‘) néanmoins hypnotique.

Pour un premier essai, on peut dire que Wes Borland aura eu l’ingénieuse idée de s’entourer comme il le fallait ! Non pas qu’il soit dénué de talent, loin de là mais il aura eu la sagesse de tirer profit des conseils des gens qui l’ont entouré tout au long de sa première aventure solo. Prouvant qu’il n’avait plus besoin d’être assimilé à Limp Bizkit pour exister et ce, pour notre plus grand bonheur vu la qualité de cet album dont le seul petit défaut sera finalement de rester, en partie, dans le sillage de certains groupes, précurseurs du genre. L’émancipation totale n’est cependant plus très loin M. Borland.