Lorsque les tréfonds du web ont bruissé sur le projet entre le groupe noise Zone Libre et les rappeurs Casey et Hamé (de la Rumeur), personne n’aurait parié que la collaboration aille plus loin qu’un one shot – excellent au demeurant. L’entente humaine et artistique entre notamment Casey et Serge Tessot-Gay ont amené l’équipe à remettre le couvert.

Quelques changements sont à signaler dans Les comptes du chaos. Contrairement à L’angle mort, ce nouvel album a été composé en peu de temps et enregistré dans les conditions du live. Conséquence: l’album sonne plus agressif et plus immédiat qu’auparavant d’autant plus que Hamé et son débit proche du slam est parti pour laisser place à la voix massive de B.James.

Si l’expérimentation noise rock / hip hop est toujours d’actualité (Vengeance), les sons se font plus lourds et plus rageurs. Zone Libre tape dans le stoner (Toujours les mêmes) Le rock’n roll (La marque de la chaine) ou même la fusion à la RATM avec les imitations de scratchs à la guitare façon Tom Morello – heureusement uniquement sur Aiguise moi ça, il aurait été dommage qu’un projet avec un tel potentiel se contente de copier une référence du genre.
Malgré quelques titres composés à la va-vite et peu mis en valeur par les MCs, le groupe évite l’ecueil et continue de proposer une voie originale et puissante comme le prouve le martèlement démoniaque du titre éponyme Les contes du chaos.

Indissociable des instrumentaux, les textes renforcent leur véhémence par leur approche crue et leurs thèmes explicites. Chaque titre est une histoire, une témoignage d’un engrenage menant à une logique grégaire, à une exclusion autant subie que voulue, à une déshumanisation volontaire, chacun construits comme autant d’étapes semant la graine du chaos. Comme sur L’angle mort, Casey impressionne par la supériorité naturelle de son flow, relèguant B.James au rang de faire valoir.

Zone Libre ne se veut pas garant d’une morale ou défenseur d’opprimé. Les contes du chaos ne sont que le reflet à vif d’une réalité sociale et historique qu’on n’analyse d’habitude que par le prisme des faits divers. Comme tout bon album de hip hop.