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Il est toujours intéressant de prendre un groupe en cours de route. Zéro info, zéro préjugé. Alors ce qui frappe dès les premières notes de Under the Boards, nouvelle livraison de Saves the day, c’est la voix. Une voix de cartoon. On écoute l’organe de Conley avec plus d’attention que les quelques (quelconques) notes égrainées par une guitare cherchant l’émotion à travers la pose. Le verbe souffrir à tous le temps de l’indicatif s’il vous plait.
Clairement le premier titre n’était qu’une intro, le gros du travail débute avec « Radio », pop-rock classique rappelant vaguement les grosses guitares de Weezer. Là où le titre « Under The Boards » laisse craindre le pire, la suite s’avère finalement convaincante. On ne navigue pas dans la même galaxie que les débiles mentaux de Blink 182.
Même si on n’est jamais spécialement frappé par la subtilité du propos, l’album est loin d’être déplaisant. « Radio » et « Can’t stay the same » distillent une effluve de college rock en somme toute conventionnel, réhaussés ici et là par des harmonies vocales niveau pom-pom girls première année, ces deux titres s’imposent d’eux-mêmes et s’écoutent avec joie.
Si tout n’est pas du même acabit, rien n’est déplaisant. Quelconque au pire.
Saves the Day se montre convaincant, a la bonne idée de la jouer assez décontracté sur la première moitié du disque, la meilleure, et propose même un presque grand titre.
« Bye bye baby » rappelle le meilleur des excellents Apples in Stereo, la voix n’y est pas pour rien, et avance un argument de poids : la chanson passe en permanence de l’euphorie à un petit spleen sans que l’on sache à la fin qui l’a emporté. Un énorme bon point pour les américains.
Suit la balade acoustique « Stay », agréable et pas trop mal fichue (on se méfie toujours des balades des rockers prenant l’air triste et intelligent) mais qui a la mauvaise idée d’ouvrir la seconde moitié du disque, la plus ambitieuse.
En effet Saves The Day s’est lancé dans une trilogie dont Under The Boards est le deuxième acte. Celui où tout s’écroule.
Et bingo car tout ou presque s’écroule au second acte. Là on s’enfonce vers un rock plus musclé, sûrement supposé traduire la chute, la colère et les recoins les plus sombres de la psyché de Christopher Conley. Tu parles. Du rock pour enfants à faire passer Placebo pour de grands artistes torturés. Le groupe tente de communiquer quelque chose, c’est d’une certaine manière tout à son honneur, mais c’est franchement loupé. Saves The Day laisse aller son spleen et s’approche d’un Muse dans l’emphase plus que du JJ72 de I To Sky, (disque à la même ambition que le temps, peut être, réhabilitera). On s’ennuie, on baille, « Kaleidoscope » et « Woe », faussement sombres, frisent même le pénible.
Le tout se conclut sur le glauque « Turning over in my tomb », sorte d’apocalypse, pour le coup un peu moins raté que ce qui a précédé.
Saves The Day et son Under The Boards souffrent d’un excès de bien vouloir faire les choses, avec sérieux et application sûrement pour casser une image un peu légère qui doit leur coller aux basques, ce qui est somme toute dommage compte tenu de la vraie qualité d’écriture pop-rock que ces garçons possèdent. Si l’album montre une cohérence interne, on regrette vraiment la deuxième partie du disque qui n’a pas les moyens de son ambition, on passe de la version Disneyland de Apples in Stereo à la version Marilyn Manson de David Bowie. Le troisième volet de la trilogie doit intervenir l’an prochain. La rédemption et le renouveau seront logiquement au programme, on est donc en droit d’espérer tout plein de « Radio » et de « Bye bye Baby ».
A bon entendeur.