Chroniquer un disque live, c’est toujours difficile. Et le fait que le live en question ne soit exécuté qu’à l’aide de machines rend la tâche encore plus délicate. Mais on parle de Daft Punk. Petit rappel des faits.

2006. Après huit années sans la moindre apparition sur scène, Daft Punk est de retour en concert avec une tournée des festivals mondiaux en une vingtaine de dates. Dont un passage en France, le 30 Juin, aux Eurockéennes de Belfort.

2007. Bis bis. Les robots remettent ça dans le monde entier, avec deux shows sur nos terres : le 26 Juin aux Arènes de Nîmes, et surtout le 14 Juin à Paris-Bercy, date durant laquelle l’enregistrement du CD live a été effectué. Ce retour sur le devant de la scène coïncide avec la déferlante de la french touch ‘2.0‘ avec des formations/DJs comme Justice, SebastiAn, datA, Mr. Oizo, Tepr ou Para One (et les labels Institubes et Ed Banger en général) voulant secrêtement prendre la place des maîtres, et l’intérêt toujours grandissant des groupes dits hype quand il s’agit de citer Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo -les Daft, ndlr- dans leurs influences (Klaxons, Digitalism, MSTRKRFT, Modeselektor, CSS, Uffie…).

Pour leur grand retour ‘sur les planches’, le duo ne plaisante pas. Perchés dans une pyramide qui pourrait servir de vaisseau spatial, Daft Punk prend le public à contre-pied en proposant un mix live de leur morceaux, en destructurant, filtrant, réadaptant, et mélangeant entre eux les titres déjà existants via des synthétiseurs et autres contrôleurs. Une performance à saluer, à l’heure où la plupart des artistes de musique électronique ne proposent que de ‘simples’ dj-sets. Que dire du son ? Quand on est muni d’un bon matériel sonore, c’est un régal: grosses basses, beats écrasants, à se demander si la prestation n’a pas été légèrement (!) retouchée en studio. On n’entend que très (trop) peu le public, juste en début/fin de titre, et durant le refrain de ‘One More Time‘, forcément. Le mix entre les morceaux est mené de main(s) de maître(s). Intelligemment construit, cohérent et efficace, avec une mention spéciale pour les douze minutes de ‘The Prime Time of Your Life / The Brainwasher / Rollin’ & Scratchin’ / Alive‘, tout en crescendo, aboutissant sur le monument ‘Da Funk‘ (confronté à ‘Daftendirekt‘). C’est beau, et frustrant à la fois; en effet, nombreuses sont les personnes qui, comme moi, vont regretter d’avoir raté les robots les plus humains de la musique après l’écoute de cette galette. Inutile de vous dire que cet ‘Alive 2007‘ en fera bouger plus d’un en soirée, et ce dès le ‘Robot Rock‘ d’ouverture et ses retentissants & robotiques ‘Oh yeah !‘ finaux.

Les chanceux bénéficiant de l’édition limitée de l’objet pourront se délecter du rappel qu’offre Daft Punk au public parisien, à savoir la rencontre entre ‘Human After All‘ & ‘One More Time‘ du duo, avec ‘Together‘ et surtout le tonitruant tube taillé pour les dancefloors ‘Music Sounds Better With You‘ de Stardust, projet éclair de Thomas Bangalter (si, si, vous l’avez déjà entendu en boîte de nuit, ou en vous égarant sur Fun Radio). Dommage de ne pas l’avoir inclus dans la version simple.

Impossible de mettre une note au ‘Alive 2007‘ de Daft Punk, ne serait-ce que par le fait que cet exercice, sur un simple album de remix studio, n’aurait pas eu autant d’impact. Même si ici on a bel et bien affaire à du live, et que c’est une performance époustouflante. Un grand moment de musique électronique, servi par des prodiges qui mettent la fessée à pas mal de leur soi-disant héritiers, en déstructurant les hits des trois albums ainsi que des projets parallèles pour mieux les présenter à l’assistance en ébullition. Alors, c’est qui déjà les patrons ?