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Ah les Raconteurs, le supergroupe, le truc qui allait sauver le rock, le premier album qui était censé être, on cite, « la réponse de Detroit à Nevermind ». Tu parles. La bonne rigolade lorsque Broken Boy Soldier a fait son apparition -éclair- sur la platine. Woah, « Steady as she goes », putain de bonne chanson qui ouvre un grand album. Mon cul, oui, « Steady as she goes », magnifique cache-misère. A part ce single, il n’y avait pas grand chose à retenir du premier Raconteurs si ce n’est un rock de quadra fait par des trentenaires… Proche de l’étalage de culture, si bien qu’on se sentait sur le coup presque con de ne pas appréçier. Trop érudit pour nos jeunes oreilles. Mais non : Broken boy soldier était un disque hésitant, bancal, dépouillé et trop souvent médiocre. Tout ça pour dire qu’on a pas exactement retenu notre souffle avant le nouveau Raconteurs, et ce même après l’excellent Icky Thump des White Stripes.
Et d’un coup, le disque était là. Sorti en quatrième vitesse pour que les fans ne subissent pas l’a priori qu’imposent forcément les rock-critics. Intention louable. Le fan mis au même niveau que le journaliste star de Rock & Folk ou des Inrocks. D’où des choses marrantes sur le net. Une revue du disque hilarante sur le site du NME. En quatrième vitesse là aussi, probablement écrite pendant la première écoute.
Manque d’envie de promouvoir le disque ? Intention commerciale? On parlera tellement de la manière qu’on en oubliera de dire que, ah oui au fait, l’album est plutôt mauvais, comme pour, totalement au hasard, In Rainbows. Probablement pas car le procédé est moins spectaculaire. De plus, les Raconteurs n’ont sûrement pas envie de cacher les faiblesses de ce disque car il y en a peu. La bande à Jack sonne enfin comme un groupe, et plus comme l’association de White avec son pote Benson histoire que ce dernier sorte un peu de l’anonymat (malgré des albums solo plutôt honorables). Dès le premier titre « Consoler of the lonely », l’indication est claire, les Raconteurs se lancent dans des structures plus complexes, truffées de changements de rythmes et de guitares qui sonnent comme des décharges électriques. Les chansons peuvent être divisée en trois grandes catégories : les rocks supersoniques, les balades pianistiques et… le reste.
Les titres les plus rentre-dedans sonnent très White Stripes. Normal. Personne n’a reproché à Lennon ou McCartney de sonner Beatles et le premier Wilco rappelle étrangement Uncle Tupelo… Ces chansons ne sont pas forcément les plus réussies, « Top yourself » ou le disco punk balbutiant « Hold up » font petite mine à côté de « Salute your solutions » et les excellents « Five on the five » (folie furieuse à prévoir en live sur le break imparable du refrain) et « Attention », véritables invitations à l’air-guitar le plus sauvage.
Plusieurs fois, les Raconteurs tentent la balade, style Let it be avant la production de Phil Spector sur « You don’t understand me » , le prenant final « Carolina drama » où Jack White n’a peut être jamais aussi bien chanté, le poussif « Rich kid blues » et la demi chanson (démo ?) « Pull this blankett off » qui aurait mérité plus ample traitement tant la mélodie, jolie comme un coeur, a une fâcheuse tendance à s’accrocher à nos petits neurones. Sur ces titres, le groupe fait étalage d’un bon goût manifeste, évitant la surenchère comme la peste. On ne sombre jamais dans le facile ou le mièvre.
Là où Consolers of the lonely étonne vraiment, c’est sur des titres comme le country-pop « Old Enough » ou « The switch and the spur ». Plus ambitieux, ce dernier évoque au choix un générique de James Bond ou un jingle du 13heures des années 80. Benson s’offre un grand récital pop pompier sur « Many shades of black », dégoulinant à souhaits -on frôle le Queen– mais jamais pris en défaut mélodiquement à l’image d’un bon vieux single Motown. Ces chansons s’imposent d’elles-mêmes au fil des écoutes et révèlent bien des subtilités, qu’elles se nomment arpèges, choeurs ou solo.
Conclusion mon ami : un ventre mou qui porte bien son nom, il faut faire des abdos pour éliminer le superflu, mais des courbes assez excitantes pour donner envie d’aller plus loin voire d’entamer une longue histoire d’amour. Consolers of the lonely est un brillant album de rock (même s’il manque encore un petit quelque chose), bien plus abouti et ambitieux que le premier Raconteurs, qui ne contient certes pas de tube à la « Steady as she goes » mais qui prouve que le groupe a trouvé son âme. Un disque qui consolera sûrement quelques âmes esseulées.