Il y a quelque chose de pourri dans la vie de Kim Deal. Condition sine qua none au bon fonctionnement des Pixies, Kim est pourtant peu reconnue à sa juste valeur. Il est intéressant de ressortir des articles de la presse anglaise à l’époque de Title Tk : tous les écrits ou presque se foutent allégrement de sa gueule. Alcoolique, droguée, pas capable de tenir droite, une épave. 6 ans et une reformation des Pixies plus tard, Kim réactive ses Breeders pour un album qu’elle a jugé plus important à réaliser qu’un éventuel nouveau disque des Lutins. Et franchement on comprend vite pourquoi. Un album des Breeders semble revêtir une importance de vie ou de mort pour elle (en gros -puisqu’ils le sont tous maintenant- les Pixies seraient son job, les Breeders sa vie), même si la grande dame du rock est trop intelligente et a trop de d’humour pour le montrer. Ah oui, entre deux, tout le monde s’est rendu compte que Title Tk est un putain de grand disque.

Mountain Battles, quatrième album en vingt ans, sonne comme la souvent bouleversante confession d’une Kim un peu revenue de tout. En cela, une bonne partie du disque semble suivre la trace du titre « Off you » issu de Title Tk (sûrement l’une des plus belles chansons des dix dernières années). Si « Night of joy » ou « We’re gonna rise » laissent dubitatif à la défloraison, l’approfondissement dévoilent de vrais trésors lents et mélodiques, tristes voire déprimant sur cette dernière. La production no bullshit de Steve Albini donne à ces titres un dépouillement qui confine au recueillement jusque sur le totalement acoustique et superbe « Here no more ». Une bonne moitié du disque pue la clope froide, la gueule de bois, le coeur brisé qu’on n’ose montrer ou qu’on refoule (« Sparks »). La tristesse dans sa forme la plus concrète, l’appart’ bordélique plus que le soleil couchant automnal. Sur ces chansons déprimées les Breeders sont sûrement le groupe le plus touchant actuellement, le plus sincère. Kim n’a pas pour autant oublié les formules indies classiques sur « German Studies », « No way » ou le très réussi « It’s the love », titres entraînants sur lesquelles Kim retrouve sa voix mutine et ses harmonies vocales proches du débile totalement bouleversantes qui ont emmené les Pixies là où on sait. Sans parler de ce son de basse inimitable sur « Walk it off ». Quelques curiosités sont aussi présentes à divers degrés de réussites : une reprise en espagnol qui sent la fuite au Mexique après le meurtre de son compagnon, un son orientalisant sur « Istanbul » ou une intro aérienne sur « Overglazed » et surtout une extraordinaire et terrifiante chanson titre, « Mountain battles » donc, qui rappelle rien de moins que Robert Wyatt.

Un étrange sentiment se dégage de Mountain Battles, quelque chose de presque impudique, on assiste à la mise à nu d’une âme et d’un coeur, le plus touchant testament à défaut d’être l’album le plus innovant du moment. C’est complètement à côté de la plaque, plus bancal que le regard d’Elodie Frégé mais tout aussi charmant, anachronique, bordélique, Mountain Battles est tout sauf facile mais avant tout terriblement humain. Tout ce que le prochain Courtney Love ne sera (sûrement) pas.

PS : Kim, je n’oublierai jamais les sourires que tu m’as fait au concert des Pixies en juin 2004 au Zenith. Cool as Kim Deal !