Cela devait bien finir par arriver. A force d’entendre dire qu’il est un génie, Rivers Cuomo y a cru. C’est bien légitime. Jalabert a sûrement cru qu’il pouvait réellement gagner le Tour de France il y a douze ans. Weezer reste le groupe pop préféré des hardos grâce à ce mélange parfois savant souvent surfait de mélodies sucrées et de grosses guitares vilaines… Les fans, peu habitués à la mélodie, ont décrété fissa : Rivers est un génie. Il marie mélodies et riffs, il veut réconcilier, hum, Judas Priest et Brian Wilson (mon Dieu, on vient de mettre dans la même phrase Judas Priest et Brian Wilson, Cuomo brûlera en enfer pour nous avoir faire faire ça). En plus il est bizarre le Rivers, ça aide pour être génial. Il a même des lunettes, le genre d’inadaptation qui traduit aussi bien le génie que la démence. Il y a trois ans, quand sortait ‘Make Believe‘, Weezer faisait son entrée officielle dans le club très prisé des groupes dont on dit du bien même s’il sort un mauvais disque (club dans lequel Radiohead a fait une entrée fracassante l’an dernier). Parce que ‘Make Believe‘, pour prendre un terme qui a fait ses preuves, c’est de la bonne daube. Même la mauvaise foi des fans a eu du mal à le cacher.

C’est dire si, après un intéressant disque de démos sorti à Noël, il y a de l’enjeu dans ce comeback de Weezer. Et dès la première écoute, on le sait, ce disque risque fort de faire parler et pas qu’un peu. Lu dans les recoins du web, ce sixième Weezer est le ‘Pet Sounds‘ de Cuomo.
Ce qui est vrai.
A son modeste niveau cela dit. Quiconque pousse le vice jusqu’à affirmer qu ce disque est le ‘Pet Sounds‘ des années 2000 est sourd. C’est le ‘Pet Sounds‘ de Cuomo, ce n’est déjà pas trop mal. Mais avec tous les défauts inhérents à son groupe. A savoir des gros riffs assez craignos (‘Automatic‘), des mélodies très cheap, des morceaux tout simplement mauvais comme sur le single de commande ‘Porks and Beans‘, bref tous ce qui sonne comme du Weezer générique (combien de fois encore Cuomo nous sortira-t-il un ‘Troublemaker‘ entendu mille fois dans ses autres albums?). Cependant, ce sixième Weezer propose une alternative à ce qu’on connaît déjà. Pas toujours très réussis mais intéressants voire parfois touchants sont les gros coups que tentent le groupe.

La première bonne surprise, et c’en est une vu qu’on imaginait Weezer une cuomocratie, tout le monde chante. Et pas qu’un peu. Chaque membre du groupe y va de son petit tour de chant (très bon ‘Thought I knew‘). Deuxième surprise, le groupe s’autorise quelques détours vers des mid-tempos electro-acoustiques forts emballants (le très joli ‘Heart songs‘, le too much ‘The angel and the one‘, ‘The weight‘) qui offrent ce qui manquait aux dernières sorties du groupe : de l’air.
Et enfin, pour reprendre là où débutait cette chronique, Rivers a décidé de montrer qu’il était un génie. Dans son petit cerveau perturbé, il s’est dit qu’il allait faire un grand morceau, entre ‘Bohemian Rhapsody‘ et ‘Good Vibrations‘ (mon Dieu, maintenant Queen et Brian Wilson… va te faire foutre Cuomo !). Donc il a écrit le titre à tiroirs ‘The greatest man that ever lived‘, un quatre ou cinq chansons en une seule. Qui est un résumé parfait de la carrière de son créateur. Des moments de génies célestes (le passage « I can take on anybody… ») accouplés à de la facilité (le début, la fin) arbitré par une naïveté à la Michael Jackson (le passage parlé à hurler de rire « somebody said the world’s a stage… »). On passe d’une émotion à une autre, un vrai rollercoaster et même si le résultat final laisse dubitatif, le moment vaut clairement le déplacement. C’en est presque fascinant. Le genre de chansons sur laquelle on pourrait écrire une thèse. Cuomo force les portes d’entrées de l’histoire. L’autre alambiqué ‘Dreamin’‘ est moins marquante mais paradoxalement plus attachante car moins énorme. On a moins le sentiment d’entendre une tentative désespérée d’être génial.

Ce Weezer est un peu à l’image de sa pochette, on ne sait trop si le groupe est sérieux ou second degré (‘The Greatest Man… ‘; le navrant ‘Everybody Get Dangerous‘) sur ce disque acceptable cela dit, et tant pis si l’on se répète, on reste très loin de la puissance émotionnelle de ‘Pinkerton‘, leur meilleur album, dont chaque morceau était un cri de douleur dont la catharsis masquait les faiblesses. Le Red Album est comme un gros foutoir d’idées pour sa meilleure partie, de viens voir comme je suis génial, le tout saupoudré de moments plus classiques pour ne pas trop dérouter. Si le résultat final reste en demi-teinte, il y a définitivement quelque chose d’emballant sur cet album, certes sans l’émotion de ‘Pinkerton‘ mais avec le même intérêt. Au moment on ne s’y attendait plus, Weezer confirme son retour dans la case groupe intéressant. Que Cuomo continue à essayer de nous convaincre de son génie, il se pourrait bien qu’à la longue on cède…