Ne nous mentons pas, dans l’immensité de l’océan internet, les groupes sont aussi nombreux que les poissons, pas toujours évident donc d’aller pêcher dans des eaux plus lointaines, plus profondes quand on a trouvé son propre spot musical, quitte à l’exploiter jusqu’à l’arête. C’est donc en totale méconnaissance (si ce n’est de par leur nom) que je me suis lancé dans l’écoute de l’album ‘Tail Swallower And Dove‘ du groupe These Armes Are Snakes, quartet originaire de Seattle donnant dans un style posthardcore, produit par leur propre batteur, Chris Common.

Le premier titre ‘Woolen Heirs‘ ne surprend pas (malgré tout) le jeune auditeur de la formation que je suis, véritable résurgence d’un son post hardcore aux relents d’At The Drive-In sur ce premier titre aidant ; ambiance travaillée, chant néanmoins lourd sur fond d’instruments ondulant telle la houle et agitant la surface sonore, déferlant inlassablement avant de s’écraser en fin de course avec force sur la plage en instrumentale franchement réussie. ‘Prince Squid‘ confirme cette impression de déferlement sonore avec un roulement de batterie implacable et impressionnant de maestria, qui se verra rehaussé d’une implacable ligne de basse sur le titre ‘Seven Curtains‘. Mais c’est en premier avec ‘Red Line Season‘ que l’on se rend compte que le groupe semble rechercher le juste milieu entre mélodie et furie, et de manière viscérale pour un combo semblant littéralement sortir ses tripes avec un titre tendu à souhait et surtout servi par le chant si particulier du chanteur Steve Snere, posthardcore oblige (passant donc tout naturellement du hurlement au chant mais toujours avec réussite et maîtrise).
Et si le combo n’hésite pas à inclure de plus ou moins discrets éléments électro (‘Lucifer‘), force est de constater toute la qualité des instruments, batterie en tête, décidément très en verve avant une déstructuration musicale générale bien sentie. Résolument sombre dans son approche sonore, l’album trouve d’ailleurs en ‘Ethric Double‘ l’un de ces titres les plus mélodiques avec un chant plus posé et une structure complexe de 7mn franchement réussie, axée sur une tension latente, subtile et présente à chaque note jouée culminant en fin de morceau. Alors oui, tous ces éléments collés les uns aux autres font croire que l’on tient là un très bon album.
Malheureusement et de manière assez inexplicable, on a du mal à se sentir marqué par le moindre titre de la formation, on apprécie certaines parties, certains titres, mais sans jamais avoir l’impression que le groupe ne puisse réellement concrétiser cette vague de sons en tsunami qui emporterait tout sur son passage. D’ailleurs seule fausse note de l’album à mon sens en termes de composition, le vindicatif pour ne pas dire inutilement criard ‘Lead Beater‘ dans sa partie chant, sa ligne de basse envahissante peu pertinente et ses riffs de guitare stridents. Malgré ça, on aime le reste mais on ne « surkiffe » pas autant que l’on pourrait croire. L’album se concluant avec brio sur le titre faussement psychédélique et ambiant ‘Briggs‘, conclusion d’une seconde partie d’album finalement prenante mais un peu moins rentre-dedans.

Voici un album qui manque à mon sens de peu le coche du très bon album. Faisant clairement partie de cette catégorie d’album à apprécier avec le temps et les écoutes, bénéficiant d’une production aux petits oignons, il manque ce petit quelque chose qui aurait pu faire de ce ‘Tail Swallower And Dove‘ un album indispensable de l’année 2008. Dommage.