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A première vue, Chaajoth, premier album Warsaw Was Raw, sonne comme un immense brouhaha bourrin et incohérent. Nul doute que l’auditeur peu averti préfèrera s’éloigner bien vite, craignant pour la pérennité de ses oreilles. Pourtant, ceux qui oseront (pourront ?) persévérer s’avèreront vite accro, comme guidé par une attirance malsaine vers ce groupe déroutant. Premier ingrédient suscitant la curiosité: le chant est assuré par deux filles qui hurlent à s’en ruiner les cordes vocales. Ici, point de cris gutturaux – on n’est pas chez Eths – ni d’alarmes stridentes. Les filles vocifèrent leurs paroles avec un subtil mélange rage et d’espièglerie, toujours à la limite de la rupture, se renvoyant la balle, l’une avec sa voix rauque, l’autre avec ses cris plus clairs. Cette hydre bicéphale est accompagnée par un corps instrumental aussi violent que dérangeant, formé d’un bassiste, d’un guitariste et d’un batteur.
Warsaw Was Raw joue une musique punk hardcore expérimental ultra rapide se rapprochant de Daughters ou encore The Locust pour les connaisseurs. Les morceaux du combo sont très courts, souvent moins d’une minute, ce qui convient parfaitement à l’intensité inouïe de la musique jouée par les parisiens. La basse vrombit, la guitare assassine et la batterie parachève le travail. Ces jeunes gens jouent comme si leur vie en dépendait. Le jusqu’au-boutisme qui émane de leur musique parait si absolu qu’on se surprend à se sentir en danger. Danger d’autant plus oppressant qu’il semble imprévisible… On ne sait jamais ce que nous réserve Warsaw Was Raw. On peut très bien s’embarquer dans un titre aux sonorités garage (Reign in blood), atterrir sur un trip clownesque à la Primus (You gotta fright for your right), se manger un grosse montée en pression à réveiller un neurasthénique (Daily daggers damp dances dimends), se réfugier dans un délire disco avant de se perdre dans l’immensité d’un silence pesant (Suction). Précisons que le tout est enrobé de changements de rythme incessants et de sonorités proches du bruitisme, avec comme bouquet final un titre d’une fureur démente s’achevant sur un martèlement martial accompagnant la voix fluette d’une des chanteuses. Terrifiant et fascinant à la fois.
Chaajoth est un disque éprouvant, qui ne laissera personne indifférent. Certains pourront rester perplexe devant tant de démesure. Mais putain, quel pied.