D’entrée de jeu il le dit : « I’m cracking my sweet love » comme une réponse à la « crisis » du précédent disque. Craquer, craquage, pétage de plombs, tout ce qu’on veut dans le même style, tout cela peut a priori prétendre au titre convoité du mot qui définit ‘Skeletal Lamping‘. Un délire ? Hé bien pas vraiment… Une évolution logique plutôt. ‘Hissing Fauna are you the destroyer ?‘ et son concept de chansons tristes chantées sur des rythmes discoïdes, meilleur album de la décennie ou presque pour ceux qui ont un coeur (et des oreilles valables), tirait déjà vers une abstraction de la chanson même si le cadre restait finalement strict en comparaison du petit nouveau. C’est bien simple, niveau complexité de la structure, ‘Skeletal Lamping‘ renvoit Tool au centre pour retardés mentaux.

Ce neuvième album de Of Montreal débute tout gentiment avec ‘Nonpareil of favour‘, petit arpège pop bien classique, chant posé, ambiance Alice court après un petit lapin un beau jour d’été. Soudain c’est l’orage et Alice tombe dans le trou -vous connaissez l’histoire- et à partir de ce moment on vous conseille de vous accrocher à ce que vous allez entendre car sauf rares exceptions, vous ne l’entendrez pas deux fois. Telle est la particularité de ‘Skeletal Lamping‘. Pratiquement pas de refrains ni de couplets mais une longue suite de moments d’une minute et demi qui partent dans tous les sens, le piano déprimé de ‘Touched something’s hollow‘ précède la pop festive de ‘An eluardian instance‘ et l’electro funk à la Prince de ‘Gallery piece‘. Les albums de Of Montreal ne sont jamais des disques de tout repos et celui-ci est un zapping incessant de presque cinquante cinq minutes. On sent déjà les abandons des fans de Coldplay. Il faut dire qu’on frôle l’indigeste en permanence et l’être raisonnable en nous nous intime d’écrire que Kevin Barnes a sûrement poussé son délire un peu trop loin cette fois. Cependant Of Montreal n’est pas un groupe raisonnable et après une bonne quarantaine d’écoutes parfois forcenées, on en découvre encore et encore et ça le fait grave. Les démissionnaires n’ont qu’à écouter Weezer. Ici les chansons s’enchaînent, s’imbriquent comme dans un jeu de construction souvent fascinant. Pour filer la métaphore d’Alice, l’auditeur ouvre une porte qui donne sur une pièce plus petite avec une porte plus petite qu’il faut ouvrir pour accéder à la pièce suivante et ainsi de suite. Et entre deux des miroirs déforment la perception, zoom avant, zoom arrière. Et le tout reste toujours incroyablement mélodique.
Le seul vrai problème de ‘Skeletal Lamping‘, c’est qu’on ne l’écoute pas avec la même émotion que ‘Hissing Fauna‘ et son prédécesseur le fabuleux ‘Sunlandic Twins‘. Le disque est tellement éclaté qu’on peine un peu à trouver le coeur qui bat, la douleur, Barnes se cache derrière son alter ego Georgie Fruit et son concept qu’on n’a pas trop trop pigé… Et c’est bien là la faiblesse du disque qui toutefois ravira les fans et les amateurs d’expériences peu communes.

« I just want to play with you » chante Barnes sur l’excellente conclusion ‘ID Engager‘. En effet, l’athéniens préfère la secousse à la caresse, le pourquoi faire simple quand c’est si marrant d’être compliqué. A ceux qui se demandent pourquoi Of Montreal ne fait pas dans le radio friendly (tout le monde semble soudainement les adorer, alors pourquoi pas le très grand public ?) on répondra que c’est parce que c’est déjà fait (à écouter ‘Satanic Panic in the Attic‘), à ceux qui veulent des ballades acoustiques pour coeurs brisés, on répond déjà fait (‘Bedside drama‘)… On tient là un vrai groupe qui va de l’avant sans cesse et mêle allégrement expérimentations barrées et mélodies démentes quitte à en laisser sur le bord de la route. Qui dit mieux depuis Radiohead ?