On y a cru, on a eu tort : après écoute du premier volet des démos de Rivers Cuomo, on s’est pris à rêver de Weezer opérant une mutation ambitieuse sur son sixième opus. Le Red Album n’a fait qu’un rapide tour dans la platine… Un disque sans autre intérêt que de prouver que Weezer sait faire du Weezer, malgré les timides tentatives de diversification. La cause semble perdue, Cuomo ne prendra aucun risque avec sa poule aux oeufs… heu… dorés. A l’annonce d’un deuxième album de démos, sur la foi du premier, on s’est lancé tête baissée dans l’écoute.

On y a cru, on eu tort : Alone the home recordings of Rivers Cuomo proposait une kyrielle d’options, sa suite nous offre une majorité d’embryons abandonnés destinés à remplir les inepties de Maladroit et Make believe. D’où un enthousiasme moindre. Souvent, trop souvent, les titres présents ici n’offrent pas grand-chose si ce n’est du Weezer générique (« I want to take you home tonight », « The prettiest girl in the whole wide world ») et inutile. Même si à l’occasion celles-ci sont très réussies comme le charmant « My brain is working overtime » ou « Walt Disney », ces chansons sont toutes uniformes et surtout, il y en a douze de la sorte sur tous les albums de Weezer. On se rabattra donc sur les démos acoustiques (la cover « Can’t stop partying », alors que « I don’t want to let you go » et « my day is coming » montrent que d’autres choix s’offraient à Cuomo pour le Red Album) ou sur la reconstitution de l’album perdu Songs from the black hole. Et là, encore une fois, on se dit que c’est un beau gâchis tant il y a de la diversité et des idées qui fusent de partout lors du trop court triptyque « Oh Jonas/Please remember/Come to my pod ». On en veut plus ! Comme sur le premier volet, Cuomo y va de quelques reprises, la plus notable ici étant bien évidemment « Don’t worry baby » et ses accords déchirants auxquels le moustachu applique un traitement discrètement weezerien (un solo de guitare…) mais reste globalement fidèle à l’originale, probablement la plus belle chanson des Beach Boys. « Paper face », déjà bien connue des fans et des curieux (la preuve), propose Cuomo plus agressif en 1992 mais surtout montre son grand talent de l’époque : les ponts et breaks soudains à la « The Good Life », tout de même autrement plus convaincant que tous les « Beverly Hills », « Porks and beans » et autres verrues pour oreilles.

Au final, on se pose une question toute simple : pourquoi Cuomo publie-t-il ses démos ? C’est à croire qu’il est conscient de l’impasse totale dans laquelle il a placé son groupe et souhaite montrer qu’il sait faire autre chose que du Weezer AOC. Ce qui malheureusement ne fait que frustrer d’autant plus ses fans qui rêvent de le voir cesser ses idioties, et enfin passer aux choses sérieuses. Le souci est que si le premier volume laissait songeur, Alone II the home recordings of Rivers Cuomo semble entériner le fait que Weezer restera son gagne pain et ne sera plus l’exutoire d’une vision artistique plus complexe. Merci pour les bons moments mais malheureusement, adieu. On y a cru, on a eu tort.