2008 fût une sale année pour les détracteurs de Paul Weller. L’homme a livré un album colossal qui a fort logiquement cartonné chez les critiques et le public, il a enchanté les foules lors de ses concerts (sauf en France…) et s’est même permis de finir le tout par une soirée ivre mort à Prague avec une catin de passage, soirée se terminant au poste. Et comme si cela ne suffisait pas, il a publié un coffret de 4 CD ‘At the BBC‘.

Le coffret est divisé en deux parties. Deux disques de chaque côté. Ce qui fait quatre, pour les plus doués en math d’entre nous. Les disques 1 et 2 sont consacrés aux BBC Sessions. Les sessions sont disposées de manière chronologique, des débuts en solo aux enregistrements de ‘22 Dreams‘. On trouve souvent les chansons de Weller dans leur plus simple appareil acoustique. La beauté de chansons de l’ex-Jam n’est, en théorie, plus à démontrer mais on ne peut que rester pétrifié devant l’afflux de bonheur qui submerge le cerveau lorsque Weller entonne d’entrée de jeu la b-side ‘Fly on the wall‘, ‘Wild Wood‘ ou encore le fantastique ‘Hung Up‘. Il faut dire que l’homme (on nous l’explique en long, en large et en travers dans le livret) aime profiter de ces BBC Sessions pour caresser ses morceaux dans un sens qui n’est pas forcément celui du poil. D’où la majorité de titres acoustiques et un bon nombre de covers (‘The poacher‘, ‘Corrina corrina‘, ‘What’s going on‘, ‘Magic Bus‘, ‘Work to do‘). Ces versions acoustiques sont si poignantes (‘Clues‘) qu’on en allumerait presque un cierge pour remercier le bon dieu d’avoir inventé Paul Weller. Comment ne pas fondre en entendant l’enchaînement ‘Out of the sinking‘/’Broken stones‘ ? Voici des chansons durant lesquels on se sent presque obligé par une force de l’au-delà d’arrêter tout ce que l’on fait pour s’asseoir, se taire et écouter. Et sentir en soi cette étrange sensation qui s’appelle le bonheur musical. Plus rien n’a d’importance pendant quatre minutes et c’est bien pour des moments comme cela que l’on fait chier tout notre entourage avec nos « disques à la con »… Toutefois, Weller ne se contente pas de versions acoustiques, son groupe fait parler la poudre sur le génial ‘I walk on gilded splinters‘ de Dr John ou encore ‘Up in Suze’s room‘.
Le deuxième Cd offre des superbes covers du ‘Wishing on a star‘ de Sister sledge et de ‘Thinking of you‘ de Rose Royce mais le summum de l’émotion intervient un peu plus tôt avec ‘Driving Nowhere‘, le genre de chanson qui expédie Noel Gallagher faire du coloriage au centre pour attardés. On insiste, mais la beauté qui émane des interprétations de Weller, particulièrement dans l’habillage ici proposé, est époustouflante (sa cover d”Early morning rain‘ vous arrache les larmes comme un dentiste vous arrache les dents, avec une douce anesthésie d’abord). Une seconde version de ‘Out of the sinking‘ est présente mais l’ambiance n’est pas uniquement au recueillement (‘Come on let’s go‘ ou ‘Amongst butterflies‘ prouvent l’inverse) et ce malgré le piano de ‘Frightened‘. Les sessions se terminent sur un forcément génial ‘That’s entertainement‘ des Jam, trois titres de ‘22 Dreams‘ fidèlement recréés et une cover de ‘Pretty Flamingo‘.

Les disques 3 et 4 sont eux des concerts ou plutôt extraits de concerts diffusés par la BBC. Sur ces disques Weller démontre si besoin est qu’il fait partie de ces artistes qui transcendent une scène dès qu’ils en foulent les planches. Le disque 3 offre un ‘What’s going on‘ du feu de Dieu et ‘Hercules‘, deux covers qui montrent que Weller a de la soul dans son âme, on croise aussi du Style Council (‘Headstart for happiness‘) et des cuivres sur ‘Into tomorrow‘. Si tout le coffret est une vision permanente de la Vierge, on ne sait pas trop comment définir le disque 4. Un avant-goût du Paradis peut-être… Des concerts fabuleux, une version totalement démente de ‘Shadow of the sun‘ qui se termine en jam ouvrant sur ‘I walk on gilded splinters‘, magique. Un concert enregistré en 1996 avec un ‘Hung Up‘ exceptionnel et enfin deux de 1998, qui terminent le coffret, avec un ‘Friday Street‘ et ‘The Changingman‘ beaux à pleurer.

Que dire ? Ce coffret peut aussi bien séduire les fans gravement atteints que les débutants, Paul Weller s’y montre un artiste audacieux et généreux, qui rend hommage à ses pairs, mais surtout un chanteur auteur compositeur d’exception, pour ceux qui en doutaient. Les concerts sont superbes, même si on peut faire le difficile et écrire que le disque 3 est peut être un demi cran en dessous, les BBC Sessions sont tout bonnement fantastiques, on ne compte plus les grands moments qui sont légions, ce ‘At The BBC‘ est à la hauteur des espérances les plus fortes. Là-haut, très haut, on imagine que sa place aux côtés des légendes est acquise.

[deezer=17739223]4311364[/deezer]