Flat Eric, les pubs Levi’s, trois millions de ‘Flat Beat‘ vendus, nomination aux Brit Awards. On est en 1999, et les observateurs sont unanimes : Mr. Oizo (a.k.a. Quentin Dupieux) sera l’artiste electro français qui squattera longuement et sûrement le haut des charts mondiaux. Une poignée de singles et d’EPs, quelques collaborations, deux albums et un film et demi plus tard, le mec est oublié du grand public. On est en novembre 2008, et Mr. Oizo n’a pas été l’artiste electro français qui a squatté longuement et sûrement le haut des charts mondiaux. Les bacs des deejays les plus branchouilles, au mieux. Dans ce contexte, ‘Lambs Anger‘ aurait pu débarquer dans la discrétion la plus totale. C’était sans compter sur la propagation, tel un virus, du tonitruant et accrocheur ‘Positif‘ quelques semaines avant la sortie du skeud, de MySpaces en MySpaces, de webzines en webzines et de blogs en blogs. En plus, Flat Eric est de retour sur la pochette. Envie de thunes, Quentin ?

Taquin, le réalisateur du film expérimental pour abruti Steak n’a pas profité de son passage chez Ed Banger pour servir de la saturation massive et linéaire comme peut le faire son collègue d’écurie SebastiAn — ou même Justice, dans des moments de pure fougue. Non, le barbu produit d’abord des tracks qui pourraient faire déféquer de peur des kids vénérant le duo à la croix via Fun Radio. ‘Gay Dentists‘ sonne comme du Bob Sinclar hardcore à la structure complètement éclatée, ‘Blind Concerto‘ et sa lenteur inquiétante pourrait provoquer un arrêt cardiaque chez n’importe quel nabot technophile sous cocaïne, et ‘Erreurjean‘ + l’excité ‘Bruce Willis Is Dead‘ ne seront jamais des jingles du Grand Journal à cause de l’impact follement agressif de leurs sons. A la limite, ‘Jo‘ pourrait servir de bande-son à un film porno volontairement old-school réalisé par Tarantino. Ajoute à ça deux-trois interludes complètement barrées, et Mr. Oizo serait bon pour l’asile si quelques morceaux plus avenants ne se seraient pas immiscés dans le disque, à l’image de la funky ‘Two Takes It‘, dansante et chaleureuse, qui prouve que les logiciels de M.A.O. savent de mieux en mieux reproduire les slaps de basse, ou encore ‘Steroids‘ avec la muse d’Ed Banger, Uffie, dans un titre répétitif mais délicieusement putassier.

Et puis il y a ‘Positif‘, donc, ou comment faire passer le hit ‘Flat Beat‘ pour une ritournelle fadasse d’auto-tamponneuse, une sorte de sodomie sonore qui s’avère être le meilleur morceau ‘techno’ français des années 2000, avec cette ligne synthétique ahurissante et cette connasse qui rabâche qu’on est ‘des animaux‘, en précisant qu’il faut arrêter de se ‘reproduire‘ et qu’on va ‘tous crever‘. Monumental.

Oscillant entre génie et démence, ‘Lambs Anger‘ ne remplira pas le compte en banque de Mr. Oizo, mais lui apportera un succès d’estime dont il se moque éperdument. Malgré ça, cet album comporte un gros défaut présent sur la plupart des disques d’artistes ‘producteurs’ : trop d’influences, trop de styles, trop de breaks, trop de folie. Trop, même si le fait que les dix-sept compositions aient été composées intégralement avec un ordinateur tempère ce sentiment. Espérons que, dans un futur proche, le gonze ponde un album à Uffie avec ses pulsions mainstreams, et garde ses attaques sonores pour ses propres sorties. Et pas dans dix ans.