Pour beaucoup de psychorigides coincés dans une faille temporelle ou nostalgique de leur jeunesse Rock Soundeuse, Ben Kweller est le petit gus qui officiait dans Radish. «C’était bon ça Radish » hurle l’homme qui porte probablement un bouc. Cette personne qu’on imagine écouter encore sérieusement Garbage n’a que mépris pour notre Ben. « Ses deux premiers solo étaient sympas, ensuite c’est devenu gnian gnian ». C’est ce qu’on lit souvent. Indéniablement, il semble difficile d’écrire que Kweller ne fait pas des chansons pour coeurs tendres. Ce qui semble encore plus difficile à concevoir, c’est que ce Ben Kweller n’ait pas plus de succès tant ce petit bonhomme possède une plume pop fantastique. Un premier album mal dégrossi (Sha Sha), un second constellé de fulgurances (Impossible de ne pas écouter ‘I need you back‘ au moins cinquante fois de suite) et un troisième frisant le chef d’oeuvre pop. Le fan de Radish n’a pas accepté le pop rock en solo, les fans de pop rock qui n’aiment pas vraiment la musique n’ont généralement pas aimé le troisième effort. Et ce nouvel album, ‘Changing Horses‘, va faire grincer bien des dents. Un mot, un seul, va suffire à faire fuir une bonne partie du lectorat français.

Country.

Oui, que cela soit dit, ‘Changing Horses‘ est un disque de country (on entend déjà les gros boeufs qui vont illuminer les concerts de Ben à coup de « Yee-Ha ! »), avec pedal-steel, piano ambiance saloon et tout le tremblement, mais mon Dieu, quel songwriting ! Passée la demi surprise, on se retrouve avec un superbe disque. Ben Kweller régale de refrains pop imparables (le génial ‘Fight‘, ‘Wanting her again‘) et triomphe là où il trébuchait régulièrement, à savoir dans les ballades. Sur ‘The ballad of Wendy Baker‘, Kweller conte l’histoire vraie d’une amie de lycée décédée et livre une chanson bouleversante, poignante, chuchotée sur des accords effleurés du bout des doigts, ce titre dégage une émotion fantastique. Ben pourrait s’arrêter là, ce serait déjà énorme mais il n’en est rien. Si une ou deux chansons sont assez transparentes (‘Things I like to do‘, éventuellement ‘Old Hat‘), ‘Changing Horses‘ contient deux vraies merveilles, deux compositions dont l’innocence fait qu’on ne saurait finalement dire si elles sont sublimes ou complètement niaises (on optera pour la première proposition, on laisse le soin aux pisse-froids d’offrir les contre arguments). Ces deux trésors s’appellent ‘On her own‘ et son refrain totalement addictif et ‘Hurtin’ you‘, merveille céleste.
Kweller tente des structures alambiquées sur ‘Sawdust man‘ et sur l’ouverture ‘Gipsy Rose‘ dans laquelle il narre l’histoire d’une fille de joie et son client… Cette dernière se base sur deux rythmes bien distincts et rappelle les premières chansons de bien des grands disques pop, ces chansons à la ‘O my soul‘ ou ‘Care of cell 44‘ qui semblent pouvoir durer indéfiniment sans jamais lasser l’auditeur.

Changing Horses‘ est un disque très très bien ficelé, qui navigue en permanence entre le bon et l’excellent. Surtout c’est un disque qui a cette incroyable qualité d’être une bouffée d’oxygène dans un genre souvent incroyablement rébarbatif, Ben Kweller apporte son sens mélodique affûté à cet album country-folk d’une très grande qualité. Seul hic : qui ira l’écouter ?