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Deux mois après la sortie de son excellent deuxième album, “Strange Fruit“, Breakpoint a accepté de répondre à nos questions, par l’intermédiaire de Thomas (basse). L’occasion pour nous de vous faire découvrir ce groupe de métal dijonnais en pleine ascension.

Bonjour Breakpoint ! Tout d’abord, pouvez vous vous présenter aux lecteurs de VisualMusic ?
Thomas : Salut ! Breakpoint est né en 1994 autour de Steph (batterie), Sébastien (guitare et chant), Mathieu (guitare) et Romain (basse). Ils font de nombreux concerts, enregistrent deux démos jusqu’à ce que le groupe voit son line-up modifié en 1998. Arrivent Pierre qui prend le poste de chanteur et moi-même à la basse. Entre 1998 et 2001 nous enregistrons 3 ou 4 démos et y jetons réellement les bases de notre style actuel. Une trentaine de concerts plus tard, fin 2001, nous enregistrons notre premier album chez Fred Rochette, “None to Sell“, qui sort fin 2002 et qui est distribué par U.M.C. en France et par Perennial Quest à l’étranger. Les critiques sont excellentes, nous avons l’appui de grands mags comme Rock Hard, Hard n’Heavy ou Rocksound mais nous ne pouvons malheureusement pas tourner autant que prévu. Nous nous mettons donc rapidement à la composition de notre deuxième album, “Strange Fruit“, lui aussi enregistré chez Rochette : il est sorti en mai dernier chez Anvil Corp/Wagram. Jusqu’à présent tout se passe bien quoi ! Les réactions sont encourageantes.

D’ou vient le nom de votre dernier album, “Strange Fruit” ?
C’est un titre qui a une signification assez forte. C’est une référence à Billie Holiday, une chanteuse américaine de jazz des années 30, qui nommait “fruits étranges” les noirs pendus aux arbres pendant la grande période de ségrégation raciale aux Etats-Unis. On ne peut pas dire que ce soit un thème réjouissant ! A l’origine il s’agissait du titre d’un des morceaux de l’album qui est finalement devenu “Strange root“. Nous avons tout simplement décidé de garder “Strange Fruit” comme titre d’album parce que nous trouvions que ça sonnait plutôt bien. Cette expression définit assez bien notre album : on ne peut pas dire que le style que nous pratiquons soit très à la mode en ce moment.

En quoi se différencie-t-il de l’album précédent, “None To Sell” ?
Après la sortie de “None to Sell“, nous avons beaucoup réfléchi sur notre manière de composer. En fait, nous avons essayé d’écouter objectivement ce premier album, histoire de ne pas commettre les mêmes erreurs et de rendre notre travail plus abouti. Nous nous sommes vite rendus compte – et beaucoup de critiques allaient dans ce sens – que nos compositions étaient trop complexes, pas assez efficaces. Pour “Strange Fruit“, nous avons fait un gros effort de construction en privilégiant les structures simples, les refrains accrocheurs et la qualité des lignes de chant. Bien sûr notre style n’a pas été métamorphosé pour autant mais l’ensemble est bien plus aéré et plus accrocheur. Pour ce qui est de la production, nous voulions un son plus naturel, un poil plus brut, moins compressé. De ce côté nous espérons avoir progressé. “Strange Fruit” se veut en fait l’aboutissement de la période “None to Sell“. Un peu comme si nous avions cherché à dégager le meilleur de celui-ci pour le restituer dans notre nouvel album. Pour Breakpoint c’est désormais une page qui se tourne et l’envie de passer à autre chose.

La qualité des compositions est assez impressionnante. Combien de temps vous a t-il fallu pour accoucher de ces 10 titres ? Comment s’est passé l’enregistrement avec Fred Rochette ?
La grande différence entre “Strange Fruit” et notre précédent album, c’est justement le temps de composition. “None to Sell” était le résultat de plus de 2 ans de jam et de compo alors que “Strange Fruit” a été composé en un temps très limité. En gros il nous a fallu une dizaine de mois pour en pondre les démos et un ou deux mois de travail pour les faire tourner correctement. Nous avons d’ailleurs terminé un peu en catastrophe puisqu’un titre comme “Anything Without” a quasiment été terminé en studio. Il a remplacé au pied levé un autre morceau plus ancien que nous ne trouvions pas assez abouti et pas vraiment satisfaisant. Fred Rochette est vraiment un type sympa et super pro. Il s’est investi davantage et n’a pas hésité a y mettre sa touche perso. C’est même lui qui joue le solo de “Half Past Void” ! Nous avions particulièrement apprécié son travail sur “None to Sell” et le P’n’F Studio est un cadre idéal. Ce qui est intéressant avec Fred c’est qu’il ne s’endort jamais sur ses lauriers. Malgré sa grande expérience et les habitudes de travail qu’il a forcément prises, il est ouvert aux nouvelles technologies du son, il renouvelle sans cesse son matériel et investit beaucoup pour la qualité et la modernité de son studio. La prod de “None to Sell” avait convaincu tout le monde, il n’y avait donc pas de question à se poser !

Pourquoi ne chantez-vous plus en français ? Est-ce suite à votre succès au Japon et à votre reconnaissance critique un peu partout en Europe ?
Tu sais, on ne peut pas dire que nous ayons écrit beaucoup de textes en français par le passé, 95% des titres sont composés en anglais. Sur notre E.P. de 1998 il y avait un titre ou deux en français et quelques phrases seulement sur “None to Sell” ! En fait quasiment autant que sur “Strange Fruit” qui compte un seul refrain en français. C’est marrant comme ce détail est devenu une de nos marques de fabrique pour la presse et les chroniqueurs. Est-ce parce que l’usage du français est extrêmement rare dans le heavy thrash ? Je pense que c’est surtout les contrecoups ne notre première bio qui spécifiait ce détail et qui sert encore de référence à pas mal monde. Il faudra qu’on la réécrive un de ces quatre (rires) ! Personnellement, je trouve que le chant métal en français n’a jamais été très heureux. Ca sonne assez moyennement ! Regarde tous ces groupes des 80’s qui chantaient en français. Ca a assez mal vieilli. Nous aimons beaucoup la langue française et il est possible que nous l’utilisions davantage pour notre prochain album mais le hard rock reste un style anglo-saxon, c’est comme ça. En tout cas, rien à voir avec notre distribution à l’étranger. Bien sûr l’anglais est assez indispensable mais ce n’est pas l’exportation qui nous motive.

Pouvez vous nous parler de vos influences ? Proviennent-elles essentiellement du thrash américain de la Bay Area ?
En ce qui concerne le thrash américain, nous avons tous en commun les premiers Metallica et les premiers Megadeth. “Rust in Peace” reste pour nous une référence absolue ! Nous avons aussi beaucoup écouté Flotsam and Jetsam, Corrosion of Conformity (même s’il ne s’agit pas vraiment de thrash), les premiers Suicidal Tendencies, Exodus, Pantera ou Slayer. Par la suite j’ai plus ou moins imposé mes groupes cultes qui sont Anthrax, Annihilator, Overkill, Sacred Reich ou Testament. Je pourrais te citer des tas d’autres groupes, la liste est longue. Mais heureusement, nos influences ne se limitent pas au thrash. Dans l’ensemble nous écoutons toutes les formes de métal à part peut-être tout ce qui est black métal, grind, néo ou hard core. Nos principaux goûts en commun sont surtout le hard rock 70’s dans sa totalité, la NWOBHM (ndlr : New Wave Of British Heavy Metal. ex : Iron Maiden), un peu de death, le power métal dans la veine de PanteraDearly Beheaded, la scène métal nordique type In Flames ou Katatonia. Depuis quelques années nous plongeons dans le pop-rock 60’s-70’s, on pourrait citer en vrac “Creedence Clearwater Revival“, les Who, Wishbone Ash, Pink Floyd, Neil Young et en général tous les groupes obscurs de psyché de l’époque. Je vous conseille d’ailleurs un très bon bouquin qui vient de sortir aux Editions Alternatives, écrit par Denis Protat, qui s’appelle “Encyclopédie du Hard rock des 70’s“, c’est un must pour tout fan de hard qui se respecte !

Finalement, quand on y regarde de plus près, peu de groupes français pratiquent un bon mix de thrash et de heavy comme vous le faites. Ne vous sentez-vous pas un peu seuls sur ce créneau ?
Complètement ! C’est ce qui fait notre force et notre personnalité mais c’est aussi notre faiblesse malheureusement. C’est un style qui a été délaissé il y a bien longtemps. Pourtant, grâce aux groupes nordiques, on a l’impression qu’un renouveau du thrash prend forme. Même les ancêtres reviennent aux racines ! Le dernier Metallica n’est pas un bon album mais il se veut plus violent, Exodus et Death Angel ressortent des trucs, le dernier Anthrax est une tuerie, Overkill n’a jamais eu autant de succès… Ca va peut-être être notre tour qui sait ?

Vous venez de Dijon. N’avez vous pas été tentés de bouger sur Paris pour mieux vous faire connaître ?
Non nous n’y avons jamais pensé. Nous ne courons pas après le succès ou la reconnaissance. Nous avons accumulé un certain nombre de contacts qui pour l’instant nous suffisent. C’est vrai que les groupes parisiens sont favorisés. Au moins pour trouver des dates, se faire un public et pour tout un tas de raisons logistiques. Il n’empêche que ça ne fait pas plus de bonne zique pour autant et que le succès peut venir d’ailleurs. Regarde la scène bordelaise avec Nihil, Oversoul ou Gojira, la scène nordiste des 90’s avec Supuration ou Loudblast. Avec les moyens modernes de communication les distances sont considérablement réduites ! Un bon P.C., quelques micros et tu peux même enregistrer ton album dans ta ferme au fin fond de la Creuse ! Plus besoin de sample pour les cris de canards tu te rends comptes (rires) !

Appartenez vous à un collectif ?
Non, il n’y a pas de collectif métal sur Dijon. Il y a quelques années, nous avons créé l’association Señor Limpio qui a pour but de promouvoir le métal régional en organisant soirées métal et concerts. Nous avons fait jouer les pointures françaises du genre comme Artsonic, Watcha, Oversoul, Nihil, Misanthrope, Furia ou Dyslesia, ce qui a permis à pas mal de groupes du coin de décrocher des premières parties sympa. On ne peut pas vraiment parler de collectif.

Pouvez-vous nous parler de votre future tournée ?
Oui et non. Malheureusement, des problèmes de line-up nous ont empêché d’organiser une tournée pour promouvoir “Strange Fruit”. Un membre important du groupe vient de tirer sa révérence et nous lui cherchons actuellement un remplaçant. Même si nous commençons à le digérer et si l’info est quasi officielle, je vous laisse le soin d’aller sur notre site pour plus de renseignements (breakpointmusic.net). D’ailleurs, si vous êtes intéressés par le poste, n’hésitez pas à nous laisser un petit mot. La place est libre.

Quel est à ce jour votre meilleur souvenir de concert ?
Il arrive souvent que chacun d’entre nous ne vive pas un concert de la même façon. Parfois, certains trouveront un concert génial alors que d’autres ne seront pas satisfaits. Je sais que je suis assez perfectionniste et que j’ai du mal à trouver un concert parfait mais c’est vrai que quelques concerts restent quand même dans nos mémoires. Notre premier concert avec ce line-up à Dijon en novembre 98 reste un excellent souvenir tout comme notre première fête de la musique dijonnaise l’année suivante. Les meilleurs moments et les publics les plus sympathiques nous les avons trouvés à Troyes en juin 99, à Lyon en mars, au Havre en décembre 2000 (même si nous avons fini la soirée au commissariat du coin parce qu’on nous avait pillé notre camion pendant le concert.(rires). Plus récemment, nous avons beaucoup apprécié le festival d’Eloyes avec Dyslesia, Malédiction et Chrysalis, nos deux sorties d’albums à Dijon en 2002 et 2004 qui sont nos deux plus grands concerts je crois. Difficile de ne choisir qu’un seul de ces moments. Je retiendrais peut-être quelques images de notre concert sur les marches du théâtre de Dijon en juin 99. Le cadre, le public, le feeling. tout y était.

Quels projets avez-vous à moyen et long terme ? Seriez-vous tentés par une signature sur une major, ou préférez-vous garder votre indépendance de création ?
Deux projets de taille pour l’instant. D’abord trouver un cinquième membre à Breakpoint (et crois-moi c’est pas facile !) et repartir le plus vite possible sur la route. Ensuite vous faire partager un troisième album. Un album qui aille encore plus loin que “Strange Fruit“… Nous commençons à composer en ce moment et nous devrions avoir quelques titres prêts pour la fin de l’année. Comme je te l’ai dit, nous avons l’impression qu’une page est tournée. Tout le monde nous attend au tournant pour ce troisième album. Je crois que si nous devons réussir, ce sera maintenant ou jamais. Nous sommes vraiment décidés à faire quelque chose de bien plus abouti, riche et original. Je vous promets un bel album.Et si celui-ci pouvait sortir sur une major ça ne nous poserait aucun problème, au contraire ! Un groupe de métal français qui refuserait une telle offre serait vraiment crétin. On a assez mis de notre propre poche pendant toutes ces années et on assez galéré à tous les niveaux pour refuser qu’un grand label nous donne la main et nous permette de voir enfin plus loin.

Une question me taraude : pourquoi avoir choisi ce nom ? Y’ a t il un rapport avec le film “Point Break” de Patrick Swayze ?
(rires) Tu déconnes mais on m’a souvent posé la question sérieusement ! J’ai l’habitude de répondre que c’est notre influence Beach Boys qui nous a fait choisir ce nom ! Rigole pas, j’adore les Beach Boys, ça pourrait me vexer ! Non. tout à l’heure on parlait de notre culture thrash. Figure toi que Breakpoint est un titre génial d’un des maîtres du thrash U.S. ; un titre pas très connu mais assez génial. Je te laisse chercher.

Un petit message pour nos lecteurs ?
Je voudrais sincèrement remercier tes lecteurs (en tout cas ceux qui sont arrivés à me suivre jusqu’au bout parce que j’ai la sale habitude d’être un peu bavard), ceux qui ont acheté nos albums et qui nous soutiennent et évidemment te remercier toi pour le temps que tu nous accordé. J’aimerais juste inciter tous tes lecteurs à jeter une oreille sur “Strange Frui“. Pas seulement parce que c’est mon boulot de faire de la pub. Surtout parce que c’est un morceau de nous, qu’il nous a demandé beaucoup de travail, d’efforts, de passion et qu’il est le fruit d’une grande envie de partager quelque chose avec vous. Merci et à bientôt sur la route ou ailleurs !

De rien ! Bonne chance pour la suite

Si cette interview vous a intêressé, n’hésitez pas à vous rendre sur le site du groupe pour écouter des extraits de leur nouvel album. Breakpoint mérite votre attention, foi de Bud !