En ce matin du troisième jour, les chevelus s’extirpent péniblement de leurs tentes, ignorant les courbatures et le mâle de crâne, pour aller bravement guerroyer devant les premiers groupes.

Le réveil de la force

Les dimanches matin du Hellfest sont toujours douloureux, mais la prestation de Lecherous Gaze aura offert un beau moment de WTF aux courageux. Le chanteur est arrivé avec des gants, lunettes noires et une fausse bosse de bossu dans le dos qu’il ne cessera d’essayer de remonter. Au milieu du concert, il fera un petit passage sur le côté de la scène pour se faire enrouler de scotch noir, ajoutant un peu plus de difficulté à la performance.
Musicalement, on peut parler d’un mélange de punk, de heavy et de beaucoup de choses. Pas sûr que le public (relativement clairsemé) se rappelle de leur son, mais on peut être sûrs qu’ils ont en tout cas marqué les esprits.

Rien de mieux pour attaquer cette troisième journée en Enfer qu’un petit footing matinal. La course était sponsorisée par Municipal Waste et bons dieux que c’était fun ! Un magnifique backdrop sur lequel on pouvait voir Donald Trump en train de répandre sa cervelle, des titres d’une minute trente, des vannes, du mauvais esprit et un circle pit géant qui nous aura fait perdre toutes les calories qu’auraient pu causer les bières du week end ! Municipal Waste c’est vraiment le groupe parfait pour se réveiller. On devrait tous commencer nos journées par un circle pit de Municipal Waste, les gens feraient moins la gueule dans le métro.

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Tels des joggeurs de l’extrême, on se donne des petites claques et on file de l’autre côté du festival pour aller se faire planter dans la ruelle de Death Alley. Les vestes, l’attitude et le son heavy keupon sont bien là, mais il manque un petit quelque chose et on a un peu de mal à rentrer dedans. Le groupe de Oeds Beydals (du feu The Devil’s Blood) demandera quelques écoutes supplémentaires une fois rentrés.

Radio-friendly et radio-haineux

Sur la mainstage Vintage Trouble charme les papas et les mamans. On comprend assez rapidement le succès du groupe : ça sonne comme si on avait foutu la playlist de Chérie FM dans un mixeur. Forcément passé un certain âge tu dois goulument téter ce genre de smoothie jusqu’à plus soif. Alors non ce n’est pas mauvais, c’est même bon, mais c’est trop propre, vu, revu et comme pour pas mal de groupes à mainstage, l’impression d’être devant un produit calibré pour toucher une certaine cible empêche un peu d’apprécier la prestation.

Après ce passage un peu trop radio copain, nous revoilà à l’ombre d’une tente pour la prêche de King Dude. Enfin à l’ombre, là on est carrément plongés dans une obscurité glaciale. Le charisme lugubre du révérend semble avoir attiré de nombreux fidèles, parce que la tente est assez pleine.
Pour nous malheureusement, pas de révélation. Les froides psalmodies sur fond de synthés omniprésents ne sauront vraiment nous séduire et il faudra probablement dans ce cas aussi quelques écoutes à tête reposée pour pouvoir apprécier le concept.

Made in France (ou chez Héphaïstos)

No One Is Innocent n’avait encore jamais joué au Hellfest, rien que de le dire on a du mal à y croire. En tout cas c’est maintenant chose faite puisque Kemar et ses copains ont foutu le feu à un festival qui les attendait de pied ferme. Quarante minutes et huit titres dont du nouveau, du moins nouveau et du gros classique. On a enfin pu gueuler « Nomenklatura » et « La Peau » au Hellfest, check.
Ce genre de set peut être vu comme une consécration pour les groupes, mais sert surtout à consolider la scène française dans l’imaginaire collectif. Le metal en français existe et si on en juge par le nombre de fans devant la mainstage, il a un public.

Petit détour par la forge d’Unsane où les mecs plongent les mains dans la lave en fusion pour nous sortir un son issu des brûlantes profondeurs de la terre. C’est dense, c’est brut, c’est pas sain et incroyablement trippant.
Leur délire peut sembler difficilement pénétrable au premier abord, mais une fois que le cerveau se met à vibrer à la même fréquence que la leur, le résultat est dévastateur. Rythmique implacable, riffs répétitifs de chaudronniers et chant s’approchant du grondement, Unsane est un tremblement de terre.

 

On arrive bientôt à la fin de l’après-midi puisqu’il est dix-sept heures, ce qui veut dire que le festival commence à sérieusement se remplir. C’est donc sans grosse surprise qu’on retrouve une foule monstre venue acclamer notre fierté nationale : Gojira ! Les plus trve auront préféré aller voir Mgła sous la Temple, mais ceci n’a clairement fait aucune différence. On avait presque l’impression d’être retournés voir Rammstein, mais en pleine après-midi.
Côté set pas de surprise, c’est carré et les nouveaux morceaux sont à l’image de l’album dont ils sont issus : excellents.
Gojira est clairement sur une pente continuellement ascendante et il ne serait pas surprenant de les retrouver headliners dans quelques années. En tout cas, ils le méritent.

Lourd

Kadavar, c’est toujours un mix entre Led Zepplin et le Sabbath. Forcément ça sonne bien, à défaut d’être original. Les mecs sont bons techniquement, même si le set manque clairement de folie. Mais c’est accessible donc populaire et le public vient créer l’ambiance qui manque sur scène.

On ne pourra rester longtemps pour Slayer et c’est fort dommage. Après quelques chansons, slayer d’aller voir Ghost en conférence de presse (désolé). Conférence de presse dont on ne retiendra pas grand-chose au final, si ce n’est que les journalistes féministes aimeraient qu’ils fassent des collaborations avec des chanteuses et que certains journalistes français sont suffisamment lourds pour confronter directement la goule sur son identité. Sérieusement mec, tu croyais vraiment que t’allais avoir une réponse ?
Toujours est-il que du peu qu’on en a vu, Slayer avait l’air de poutrer sa maman et que si selon les retours certains ont trouvé le performance un peu molle, les festivaliers en plein malaise qu’on voyait se faire évacuer avaient l’air d’avoir un avis sensiblement différent.

Petit coup de rock n’ roll bluesy entrainant avec Rival Sons qui fait chanter une Valley pleine à craquer. Une prestation fort sympathique qui bénéficie tout de même d’un gros +5 pour le style de la moustache du guitariste, il faut le dire.

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Paix et amour (de Satan)

Premier dilemme de la soirée : aller voir Jane’s Addiction après leur set passable au Download français ou préférer Megadeth et ainsi se placer pour le concert de Ghost ? Megadeth.
Loin d’être fans de ce deuxième quart du Big Four, on se laisse tranquillement porter par les compositions du rouquin en chef, ses couinements n’étant au final pas si insupportables.
Calmement posés dans l’herbe face à la Mainstage 2, on regarde finalement surtout le show sur l’écran, tandis que des festivaliers nus passent sur la tyrolienne au-dessus de nos têtes.

Ghost nous avait promis un show spécial en forme de grande répétition pour leur prochaine tournée qui présenterait plus de décors et d’effets pyrotechniques. Ce ne sera au final pas si différent de la tournée précédente, mais tout de même un grand moment qui restera dans les mémoires.

Musicalement rien à redire, le son est propre et les hymnes à la gloire du Très Bas portés par ces fameux doux riffs 70’s à la Blue Öyster Cult touchent directement le cœur des fidèles. Les morceaux de « Meliora » nous rappellent une nouvelle fois la qualité du nouvel album et « Cirice » se place clairement en point culminant du set.

Côté show, comme dit précédemment, le concert a repris les blagues et effets de la tournée. Les Sisters of Sin : des fans déguisées en bonnes sœurs sélectionnées avant la date pour aller apporter des coupes de vin au premier rang pendant « Body and Blood », le Papa qui change de costume pour « Cirice »… Mais parlons plutôt de ce qui changeait ! Pour « Monstrance Clock », le groupe a fait revenir sur scène les Sisters of Sin… et 25 enfants de l’école de musique de Clisson pour faire les cœurs. Leur prof leur avait annoncé qu’il y aurait 3 000 personnes. Il y en avait un peu plus. Et alors que la communion est totale, le concert s’achève sur un magnifique feu d’artifice.

En une heure tout rond Ghost aura donné une des prestations qui aura le plus marqué les festivaliers cette année, puisqu’à chaque conversation deux noms revenaient inévitablement : Rammstein et Ghost. On n’a à présent plus aucun doute quant au fait que les seconds atteindront un jour le niveau de popularité des premiers.

Deuxième clash de la soirée et seul vrai clash du festival : rester voir ce qui sera très probablement le dernier concert français de Black Sabbath ou remonter toute la foule pour un concert de Puscifer qui pourrait très bien être le premier et dernier du groupe chez nous.
C’est au final mon amour pour le Sabbath qui l’emporta, mon envie de voir le Saint Père Iommi déverser ses tout puissants riffs étant la plus forte.

Séparation et reformation

Après une intro vidéo d’une vulgarité sans nom qui voit un démon sortir d’un œuf d’alien puis souffler du feu sur une ville post-apocalyptique, le nom tant attendu s’inscrit en lettres de feu sur l’écran en fond de scène. BLACK SABBATH. Une cloche glaçante retentit alors comme une confirmation et le concert commence comme le groupe avait commencé, avec cette fameuse chanson éponyme.

Commençons par les points qui fâchent. Tout d’abord : la setlist. C’est la dernière tournée et on nous avait promis des shows exceptionnels. On était donc en droit de s’attendre à quelque chose de différent. En vérité le show aurait pu être un concert de la tournée de « 13 » de 2014 qu’on n’aurait pas vraiment vu la différence. Aucune chanson de « Sabbath Bloody Sabbath » ni de « Sabotage » et à part la remarquée « After Forever », que du classique. C’est un choix.

Ensuite : Ozzy, visiblement le seul membre du groupe connu du public, qui a passé tout le concert à l’acclamer. Le mec a passé plus de temps les bras en l’air à taper dans ses mains qu’à chanter. Je veux pas taper dans mes mains, je veux écouter le putain de riff. Et si ce n’était que ça, parce que « HEY ! HEY ! HEY ! » pendant les riffs, et « COME ON ! COME ON ! » pendant les solos. Bon il avait l’air joyeux alors on va pas trop râler, mais le fait est que ce soir on était venus voir…

Tony, l’empereur du fuzz, le père de tous les riffs, la moustache de Dieu. Avec Geezer, les deux seigneurs électriques nous ont rappelé une fois de plus que les papas, c’était eux. Des compositions ultra-efficaces jouées avec le lourd groove qui fait leur particularité et l’essence qui aura donné naissance à un nombre incalculable de groupes qu’on retrouve habituellement dans la tente à l’opposé du festival.

Un final absolument immanquable dont on se souviendra, mais qui ne nous empêchera tout de même pas d’ajouter un petit : Free Bill Ward!

Le festival touche à sa fin et les festivaliers épuisés par trois jours de fête sans répit se trainent péniblement vers le dernier concert. Sauf que pour ce dernier, laisser la fatigue l’emporter n’était pas envisageable : Refused !

Dennis et sa bande ont mis le feu à la Warzone comme il se doit, nous vidant définitivement du peu de forces qui nous restaient. Ce concert nous fera prendre conscience que leur tournée de reformation était déjà passée par la Warzone, qui était à l’époque une tente et bien différente de la construction à laquelle on a droit aujourd’hui. Cette tournée de reformation, c’était en 2012. Ouch. Le temps passe. On peut dire après tout ce temps et la sortie d’un nouvel album qu’il ne s’agit plus d’une reformation. Pourtant, les titres de « Freedom » touchent moins le public et ça se ressent. Qu’il s’agisse du fait que les gens les connaissent moins ou de leur qualité intrinsèque, le constat est là.
Discours engagé entre les chansons, jeté de micro de niveau expert et (petite) guerre dans le public, c’était un concert de Refused, ce qui restera toujours un petit événement et la plus parfaite façon de conclure ce Hellfest.

Le dimanche de Boris

La mise en jambe en ce dernier jour se fait avec les bretons de Stonebirds, qui, même s’ils n’expriment pas vraiment une joie sans limites sur scène, balancent de quoi se faire plaisir aux oreilles. Mention spéciale à la très jolie basse fretless de Sylvain.

Pour la grosse dose d’énergie, il faut plutôt aller prendre l’air devant Raveneye sur la Main Stage. Groupe anglais à leader, avec un Oli Brown qui fini par monter sur les épaules de son bassiste pour corser légèrement son solo.

Lecherous Gaze était bien le moment what the fuck du jour, avec ce chanteur comme un cheveu sur la soupe pourtant savoureuse du groupe. Le contraste entre le gentil guitar-hero à gauche et le chanteur détraqué au milieu est saisissant.

En me plaçant devant Orphaned Land, j’ai droit à quelques minutes de Municipal Waste, histoire d’apprécier le joli fond de scène. Chose rare, le groupe est interrompu à cause du timing et ne peut démarrer un dernier titre. Mais comme l’a dit Foofree, c’est bien fun et ça valait le coup.

Instant joie, bonheur et communion (ce qui a été le thème du weekend) avec Orphaned Land et son métal oriental. La magie opère toujours et les mélodies arabes parviennent encore à ajouter ce qu’il faut d’originalité dans les titres. La communion n’est toutefois pas parfaite, puisque la multiplication des drapeaux de tous pays en énerve quelques-uns. Mais pas de quoi gâcher la fête.

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Je me suis usé les doigts pendant de longues heures sur Through The Fire And The Flames, ça tombe bien c’est le seul morceau que je vois de Dragonforce (et c’est suffisant).

Du côté de No One Is Innocent, pas grand chose à ajouter : putain d’énergie et putain d’ambiance.

Ayant vu Unsane 15 jours avant leur passage au Hellfest, je ne me suis pas attardé devant le groupe, privilégiant un placement au poil pour Gojira. Dommage, Unsane c’est toujours aussi violent et toujours aussi bon. J’arrive tellement tôt pour Gojira que j’ai droit aux derniers titres de Tarja. Ca valait quand même le coup, car la Main Stage est bondée pour accueillir les basques les plus connus du monde, deux jours après la sortie de leur nouvel album. Le groupe prend son pied et nous aussi, même si on n’a pas eu droit à l’échange d’instruments entre frangins ou au wall of death géant pour le fun. Un peu de pyro, un joyeux anniversaire à Mario et tout le monde repart heureux.

Chouette Kadavar sous la Valley ! Merde, impossible de rentrer sous la tente ! Tant pis, direction l’espace presse pour la conférence Ghost où une des goules ne nous apprend pas grand chose (et rien qui n’est pas connu aujourd’hui). On rigole légèrement quand un journaliste cherche à le démasquer, sans succès. Qui s’intéresse encore à l’identité de Ghost ?

Retour sous la Valley pour un autre concert qui rameute du monde, Rival Sons. Vu il y a quelques années au même endroit, le même dernier jour, c’est toujours parfait en fin de festival (les hippies sont nos amis, il faut les aimer aussi) : des messages d’amour et de paix et un chant impeccable. Il y aura d’ailleurs eu beaucoup de messages d’amour et de paix sur ce week-end, avec le Bataclan ou le Pulse d’Orlando (10 jours avant le festival) souvent évoqués par les groupes.

S’en vient l’heure de Ghost, très très attendus pour ce deuxième passage au Hellfest, vraiment programmés sur une Main Stage cette fois. Comme dit plus haut, on retrouve certaines vannes et transitions de la tournée, mais le charme du Papa et les hymnes comico-sataniques font leur effet. Et les quelques ajouts (chorale & pyro) viennent pimenter un set maîtrisé de bout en bout.

Certes, c’est le dernier concert de Black Sabbath. Mais le peu entendu l’année dernière me faisait craindre le pire et ce n’est pas tous les jours que Maynard James Keenan nous gratifie de sa présence en France. J’ai donc fait une croix (inversée) sur le dernier concert d’Ozzy avec Sabbath pour retourner une ultime fois sous la Valley. Et quelle dernière. Puscifer (que je ne sais toujours pas prononcer) nous gratifie d’un show en salle mais en festival : mise en scène travaillée, danseurs et chorégraphies du groupe pour une ambiance très recherchée. De quoi se plonger à fond dans les titres de Money Shot. C’est magique et envoûtant, du rêve pour clôturer une scène.

Et pour terminer sur une note moins rêveuse mais plus dynamique, direction la Warzone pour Refused. Belle claque pour finir, malgré le froid, la fatigue et tout le reste. Entre son 35ème et 36ème lancer de micro, Dennis Lyxzén fait une remarque pertinente : sur 200 artistes qui se sont produits ce jour, il y avait apparemment seulement 4 femmes. C’est sur que ça ne fait pas bézef, pas cool, mais le cordonnier devrait balayer devant sa porte puisque Refused est mal chaussé niveau parité.

La dernière baffouille

Cette année, on pourrait dire que le Hellfest était parfait. Tous les problèmes soulevés les années précédentes ont progressivement été corrigés. Le seul souci provient finalement de l’effet de foule ressenti, et qui était étonnant puisque le festival n’avait pas vendu beaucoup plus de places cette année que les précédentes.
Petit point à noter : on a passé le week end les yeux en l’air à attendre l’orage prophétisé par Evelyne et ses collègues… pour rien. En fait le problème a pas été les quelques averses, c’était la prévision. Pas merci Evelyne.