Ghinzu met fin à l’attente avec W.O.W.A

Lopocomar
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Après quelques années de tours de chauffe en salles et en festivals, Ghinzu revient par la grande porte avec WOWA, quatrième album studio. Leur premier depuis 2009. Retrouvailles avec John Stargasm et Jean Waterloo, respectivement chanteur et guitariste/claviers du groupe afin d’évoquer les détails de cette nouvelle sortie.

Je voulais démarrer par le premier titre, While Other Worlds Await, qui donne son nom à l’album. C’est un morceau qui met vraiment dans le bain, une bonne intro pour tout le reste du disque. On sent que ce n’est pas un morceau écrit en automatique, notamment sur le placement du chant. Comment est né ce titre ?

 

John : Comme tu sais, on a mis quelques années pour faire l’album, donc on s’est donné du temps. Les morceaux se sont construits de manière didactique. On joue avec l’esprit, le mindset des années : parfois tu trouves une partie deux ans après et tu te dis « on la tape là et ça fonctionne ». C’est un mélange de bricolage et de perfectionnisme.

 

Jean : Le côté électro, les synthés ,c’est un vrai morceau d’introduction. C’est un patchwork, des instantanés sur plus de 10 ans de ce qui s’est passé à New York, dans les Ardennes belges, en essayant de compiler tout ça. Ou pas. Il est en effet à l’image du disque et représente ses différentes couleurs. Je ne sais pas si tu as vu le docu-fiction de Jean Luc Godard sur les Rolling Stones mais tu les vois dans un grand espace en train d’aller et venir : t’en as un qui part, l’autre qui va se droguer. Puis t’as Keith Richards qui gratte un riff. J’avais un peu l’impression d’être dans ce contexte chaotique sauf que nous, c’était des mariages et des naissances. On a eu un process de fabrication très à l’ancienne, où on a fait un maximum de choses ensemble dans la même pièce et on s’est envoyés des pistes à distance sur le tard.

 

John : Peut-être que l’erreur, c’est que j’ai voulu qu’on compose tout à 5 donc ça nécessite d’être tous présents et niveau disponibilité, c’était parfois compliqué. (rires)

 

En ce qui concerne le nom et les paroles, ça fonctionne par impulsions. C’est un mélange de moments instantanés et d’essais multiples qui font qu’un même morceau peut avoir X versions différents de prises vocales. Pour le titre de l’album, on a toujours un morceau titre dans nos disques. Quand on a fini ce morceau-là, j’ai lu cette phrase «When Other Worlds Await » et je me suis dit que c’était le titre de l’album.

 

 

 

Lorsqu’on évoque l’écriture du disque, vous parlez de 90 idées abouties et des disques durs de partout. Quel a été le déclic pour faire le tri et arriver à ces 13 morceaux ?

 

John : Au début, on ne s’est pas dits qu’on allait faire un album : on attendait de voir ce qui ses passe. On a commencé par faire un live un peu improvisé et ça s’est bien passé. Il y avait dans la salle les gens qui travaillent avec nous, un tourneur, des proches. Cette impulsion du live est devenue : « on va fixer le truc ». Ça nous a pris un an pour tout caler. À ce moment-là, tout faisait sens. Là où avant c’était peut-être trop théorique. Les parties se sont mises instinctivement ensemble et on a retrouvé ce truc de communion et de se dire qu’on était toujours là. Après, ça a coïncidé avec les 20 ans de Blow et les 200 ans de la Belgique donc c’était parfait. (rires)

 

Le disque a été composé entre Bruxelles, New York et mixé par Dave Sardy à Los Angeles. Vous l’avez décrit comme étant un membre additionnel du groupe. Il a un CV interminable et d’une variété assez étonnante ayant travaillé avec les Rolling Stones, Oasis, Spoon et LCD Soundsystem. Comment votre choix s’est porté sur lui ?

 

John : Aujourd’hui, tout est possible technologiquement et nous, on est 5 producteurs. On enregistre partout, on écoute et essaie des trucs. Mais pour le mix, il y a deux choses. D’abord, il y a tellement de pistes et d’idées qu’il faut quelqu’un pour trancher, un chef d’orchestre. On a nos petits caractères, on est sympas, mais il fallait une autorité.

 

Jean : C’est impossible d’avoir un disque si personne ne te dit : ‘’Cet arrangement est top, ce truc est là,etc.’’ Dave Sardy a un talent de mixeur indéniable, mais il a aussi une direction artistique.Même dans son groupe Backmarket, dans lequel il faisait de la noise. Il a suivi l’évolution de la musique comme nous. C’est quelqu’un qui était dans le crew des Beastie Boys et qui a été aussi capable d’enregistrer un disque comme Sound of Silver des LCD. James Murphy est arrivé avec une envie et il l’a aidé à rendre ça techniquement possible. C’est intéressant de pouvoir travailler avec quelqu’un qui a réussi à aboutir à un OVNI pareil.

 

John : C’était aussi important d’avoir un producteur qui puisse faire une chorégraphie entre l’analogique et l’électro. Soit, c’était rap, électro, French touch. Soit c’était très rock. Les producteurs pouvant faire les deux, c’est très rare. Il comprenait ce qu’on voulait faire. On hésitait entre plusieurs personnes et c’est les Soulwax qui nous l’ont conseillé en précisant qu’il arriverait à nous donner ce qu’on voulait. Que Sardy a la réputation de pouvoir trouver le mix qui est si difficile à trouver dans ce cadre-là.

 

Le potentiel bémol, c’était que certains peuvent trouver ça trop froid ou parfait. On lui a donc fait savoir en précisant qu’on voulait cultiver les imperfections. On voulait des dynamiques hors de proportion, des instruments qui arrivent sur-mixés exprès. On ne voulait pas de quelque chose de trop compressé, on voulait que ça vive. Il fallait quelqu’un qui reprennent toutes les pistes originelles enregistrés à différents endroits, pour repasser tout ça dans des machines et avoir un résultat sonore cohérent.

 

 

Certains de vos morceaux sont considérés comme cultes, vos albums sont rares et votre absence n’a pas diminué ce phénomène. Est-ce qu’à un moment vous avez pensé à devenir uniquement le groupe qui se reforme pour les concerts sans jamais refaire de nouveaux morceaux ?

 

John : On n’aurait pas fait de concert si on ne savait pas qu’on allait donner une suite. On a une grande fraternité entre nous. C’est très naturel d’être ensemble, de vouloir jouer et échanger. Il y a eu des mois de pause, mais on n’est pas des impies. On sait qu’il y a une grosse communauté derrière nous, des gens très critiques, des « Warriors ». Mais quand tu touches quelque chose de l’ordre de l’intime chez les gens, comme avec Blow, ça marque. Ce ne sont plus juste des morceaux, c’est ce qu’ils ont vécu.

 

 

On découvre beaucoup de nouvelles sonorités dans ce disque. Je pense à Forever, Morning Lights ou It’s The Law pour ne citer qu’elles. Tu l’évoquais plus tôt John mais est-ce que votre process de composition est devenu plus collaboratif et est à l’initiative de ce changement ?

 

Jean : Morning Lights : on a fait une jam à 5 en 12 heures, et le lendemain on enregistrait. Pour Forever, c’est une discussion éternelle qui a duré 10 ans ! Mais on est des musiciens, on aime créer.

 

John : Ça a l’air simple mais on aime bien composer pour les musiciens. Dans cet album, il y a toujours quelque chose dédié pour eux. Si tu fais de la guitare, écoute bien, tu vas prendre ton pied. Pour It’s The Law, on a voulu construire le titre autour d’un beat de batterie. Pour éviter le côté où on passe forcément par une intro avec les 27 accords de Schubert. (rires)

 

On ne sait pas faire un album avec que des balades, que du rock : on aime que ça voyage, que ça bouge et que tu rentres dans un morceau pour l’apprécier.

 

Les titres sont moins construits sur des montées crescendo et des ambiances cinématographiques. On ressent beaucoup d’apaisement ou d’acceptation dans les mélodies et les paroles. C’est un retour très inspiré, qui vous ressemble tout en étant très différent.

 

John : Je pense qu’il y a quelque chose dans cet album qui va grandir, comme les autres. La différence, c’est qu’au lieu de faire des morceaux de 6 minutes, on est sur du 3 ou 4 minutes. On a voulu créer quelque chose de plus compact, de plus immédiat, sans s’offrir encore 8 minutes de crescendo, ce qui est pourtant notre réflexe. L’enjeu, c’était de créer des mélodies qui font penser aux années 80 de manière subliminale. C’est un disque qui peut paraître sage au premier abord mais qui nous fait un bien fou en live. Par exemple Death Race, je pense que c’est le morceau le plus violent qu’on ait fait.

 

Jean : On est en train de travailler sur les setlists avec l’équipe et ces nouveaux titres sont tellement plus directs. Comme si on avait 10 Cold Love, on a hâte de les jouer en face du public mais il nous reste du travail et il faut faire le choix des morceaux qui feront partie des sets. On a réussi à capter une autre audience sur Mirror Mirror alors qu’à sa sortie, il y avait eu des détracteurs. On a hâte de voir la réaction du public sur celui-là.

 

Un mot sur la direction artistique visuelle de l’album, très marquée avec ces couleurs et ces regards ?

 

John : Je m’en occupe donc ça se fait naturellement. J’aime beaucoup travailler l’image. Le but, c’est de se faire plaisir et de contextualiser la musique. On a eu un coup de cœur unanime sur la pochette, il n’y a pas eu de questions.

 

Jean : C’est important qu’on soit 5 à tous apprécier ce qui est résume notre album en un visuel. Avec le temps, on a réussi à s’exprimer dans le régime totalitaire que John a toujours essayer d’imposer… (rires)

 

John : Aujourd’hui la manière de consommer la musique a changé, mais on reste qui on est. Faire des vidéos pour les réseaux sociaux, ça ne m’attire pas spécialement. Un album, c’est un travail de cohérence, pas juste balancer des titres isolés. On respecte les fans, on ne veut pas être intrusifs ou gratuits sur les réseaux. Voir mon chat ou ce que j’ai mangé, les gens s’en foutent, ils veulent l’album.

 

Justement, cette dimension des réseaux et des algorithmes, comment vous la percevez ?

 

Jean : C’est un peu perturbant. C’est un algorithme qui décide de la présence d’un morceau maintenant, alors qu’avant il y avait des gens avec des oreilles qui poussaient des artistes. Spotify va analyser ta présence sur Instagram pour ensuite définir à qui ils vont adresser tes morceaux… Le champ des possibles pour diffuser ta musique n’a jamais été aussi grand mais il faut faire attention à ne pas s’y perdre. Il reste une envie du public de revenir à une expérience réelle, à faire partie d’une sous-culture.

 

John : Un groupe comme Geese me fascine. L’allure de Cameron Winter, sa voix, le style de jeu des musiciens, on sort du truc sur-produit : c’est un super challenge.

 

Jean : On va essayer d’embrayer sur un autre album rapidement mais tu vois, il ne faut pas que John soit trop mono-maniaque sur un nouvel artiste sinon on va encore devoir tout changer… (rires)

Ghinzu a pris le temps pour son retour et c’est tant mieux : W.O.W.A est un disque inspiré qui fait honneur à ces aînés et forme un tout cohérent dans leur parcours. Suite à un accident de la route, leurs premières dates de tournée sont décalées, surveillez les réseaux pour ne pas rater les reports !

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