HELLFEST 2026 – JEUDI 19 JUIN ★ CLISSON

FooFree
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VisualMusic couvre le Hellfest depuis 2012, à chaque édition fidèle au poste. Cette grande expérience nous permet d’affirmer avec certitude que 2026 était loin d’être la première canicule vécue sur le festival. Le jeu de mots Clisson/Cuisson commence d’ailleurs à dater un peu.

Au fil des années et des vagues de chaleur successives, la fête de l’Enfer s’est dotée d’un grand nombre d’infrastructures destinées à rafraichir les festivaliers. Comparativement, on est à des années lumières de ce que proposent certains de nos voisins où la seule eau potable disponible doit être achetée en bouteille au bar.

Pourtant oui, l’édition 2025 avait été assez violente de ce point de vue et on n’a pu réprimer un cri de rage quand à une semaine de l’événement certains services météo nous prédisaient pire, avec un pic le dimanche à 40 °C. Spoiler : c’était moins, mais c’était quand même pas mal.

En 2026 le plan de bataille était fin prêt. Tout était sacrifiable : la famille, les amis, l’hygiène… Il ne comportait que deux objectifs : 1. Survivre. 2. Voir un maximum de groupes.

 

MERCREDI 18 JUIN

En consciencieux adeptes du journalisme total désireux de rapporter une fidèle dépiction de la vie au Hellfest, on est comme toujours logés au camping et présents dès la veille des hostilités.

Comme tous les festivaliers, on est accueillis cette année par…

La statue d’Ozzy Osbourne

Haut de sept mètres et d’un noir de jais, le monument hommage au Prince des Ténèbres semble engloutir la lumière et tend les bras vers les hordes de metalleux pour leur souhaiter bienvenue à bord. Symboliquement, c’est parfait.

L’exécution a pu faire débat, certains reprochant à la statue un aspect un peu trop réaliste, la comparant immanquablement à la seconde statue de Lemmy, qui veille toujours sur le food court de la Warzone. Elle a été réalisée par Philippe Pasqua, déjà responsable d’une bonne partie de l’identité visuelle du festival avec ses crânes aux papillons ou encore la petite fille au crâne décharné. Si on compare cette nouvelle commande à ses précédentes créations, on se doute que le cahier des charges imposé a dû être assez stricte et ne lui a pas pleinement laissé les mains libres.

Les concerts du mercredi

Cela fait quelques années que le mercredi est déjà chargé en concerts et qu’il est possible d’avoir des clashs avant même l’ouverture des portes de la cathédrale.

La Hellstage a ouvert les hostilités avec un concert de No Terror In The Bang, dont on n’a malheureusement pu voir que quelques minutes, puis a accueilli plus tard dans la soirée les débuts de Dope Spell, un groupe de metalcore moderne formé d’anciens L’Esprit du Clan et Pogo Car Crash Control. Ils en ont profité pour tourner des séquences de leur prochain clip et l’information a contribué à motiver un public déjà bouillant. Autant dire qu’on serait surpris qu’il n’y ait pas eu au moins une petite mâchoire disloquée dans le pit. On ne le savait pas encore, mais ils reviendraient le samedi en mainstage, pour compenser l’absence de Tom Morello.

La Purple House a perdu cette année sa coloration stoner pour se consacrer à la scène française, et si on n’a pas eu l’occasion d’y mettre les pieds cette fois, la programmation du mercredi était déjà sérieuse avec Pussy Miel et Cold.Capsule.

La cage encastrée dans le Hellgate présentait une nouvelle fois ses ambianceurs résidents Celeritas, dont l’eurodance a presque volé la vedette à la scène du dessous.

Mais surtout, on a vu cette année la naissance de…

La scène Hellcity Brewpub

La terrasse du restaurant Hellcity Brewpub se dote d’une scène réservée aux concerts acoustiques. Elle est à l’ombre et laisse passer un vent frais particulièrement apprécié ces jours-ci.

Les vétérans du stoner français Jumping Jack devaient y faire leurs adieux le samedi après-midi, mais ça tombait pendant Cancer Bats et on ne peut pas être partout. En revanche, on était bien là ce mercredi pour…

Fat Jeff

Et le public est venu en nombre pour assister à la prestation du bluesman franc-comptois. Sous le regard bien veillant du vitrail de Saint-Lemmy, Fat Jeff ne se contente pas de laisser les bons temps rouler. Il les charge à l’arrière de son pick-up et nous emmène tous très très loin. Il est seul, mais chacune des frappes assénées sur sa grosse caisse fait vibrer le ponton du restaurant et réagir l’assistance, qui marque le rythme en envoyant de grands coups de talons dans les planches. Visiblement ému, il remercie ses nouveaux fans et promet de revenir le soir suivant pour une prestation qu’on imagine aussi enflammée.

JEUDI 19 JUIN

Truckfighters

En 2026 Truckfighters est à présent un pilier de la scène stoner. Ozo et Dango ont vécu pas mal de choses et connu plus de batteurs que Spinal Tap, mais n’ont jamais perdu la flamme. Les années passent mais l’attitude reste la même. Dango saute partout et le niveau de fête garanti est toujours assuré, même avec un compte d’heures de sommeil négatif. Comprenez, le moteur de leur van a visiblement décidé de se mettre en grève la veille mais ça ne les a pas empêchés d’arriver à l’heure pour nous divertir.

Malgré les 35 °C la Valley est déjà pleine pour ce set d’ouverture lorsque résonne le désormais classique « Mind Control ». Des mecs chantent le riff de « Desert Cruiser » entre les morceaux et on se doute bien qu’une bonne partie du public n’est là que pour ça, mais l’ensemble du set est ultra solide et le hit n’en sera que le bouquet final.

Perchta

(Ross) – Chaque année, je me dis qu’il me faut des photos de groupes un peu dingos du hellfest, et niveau black, il y a souvent de quoi faire. Du coup, cette année, quand j’ai lu folklore tyrolien, je me suis dit « banco, allons voir ça ». Et j’ai pas été déçu, sur scène un groupe marqué par une main maléfique et représenté par Perchta, une fée du foyer / ancienne déesse germanique agissant en fin d’année afin de récompenser ou punir les bons et les mauvais. Mais ici, pas de cadeau, on est dans le folklore et les autrichiens nous gratifient d’un set qui aura quelque peu marqué les esprits des amateurs du genre.

Elder

Elder a livré cette année un de ses meilleurs albums et c’est peu dire qu’on attendait leur set avec impatience. La première partie de la performance lui sera d’ailleurs consacrée, le temps restant étant utilisé pour jouer un titre de « Innate Passage », puis nous offrir la plus belle des conclusions avec ce qui est sans exagérer le meilleur morceau de tous les temps : « Halcyon ».

Sa puissance est démultipliée grâce à la présence au clavier de Fabien de Menou, le plus allemand des français, qu’on retrouve sur d’autres projets de la galaxie Elder, qui les aidés sur l’enregistrement de « Trough Zero » et qui les accompagne désormais en tournée. Il offre aussi une voix supplémentaire et quand lui, Jack et Nick s’harmonisent on peut voir les pieds du public flotter quelques centimètres au dessus du sol.

Les quarante minutes qui leur étaient allouées étaient de toute évidence bien trop courtes, on en aurait bien pris le double.

Lagwagon

(Ross) –  C’était la toute toute première apparition des mythiques Lagwagon, ancêtres du skate punk, 1990 tout de même. Un passage qui s’est fait sous le soleil tout californien de la warzone avec un set très nostalgique et classique pour les amateurs du genre. Malheureusement, la faute ou non à la chaleur écrasante, le groupe déroulera un set assez convenu qui nous laissera un peu sur notre faim.

Deep Purple

Deep Purple fait partie des groupes du Panthéon du rock que certains vont voir pour cocher une case, mais ils sont loins d’être rares et pour la majorité la case est déjà cochée depuis longtemps. Non, si on continue d’aller voir Deep Purple, c’est juste parce que c’est toujours trop bien.

Certains membres de la formation présente sur la Mainstage ont récemment passé les 80 ans, mais continuent de fasciner l’auditoire comme au premier jour. On distingue clairement les instruments et chacun a à son tour l’occasion de briller. Cela semble d’ailleurs être une volonté assez claire si on en croit la réalisation : chaque membra a pointé sur lui une caméra fixe et personne n’est oublié.

Ici aussi le public chante le riff de « Smoke On The Water », mais seulement à la fin, à l’heure du dernier morceau. A croire qu’on respecte les anciens, ou que leur public à eux sait lire l’heure.

 

Papa Roach

Si vous trouviez Papa Roach gênant dans les années 2000, alors vous pourriez être surpris, parce que figurez-vous que vingt ans plus tard… RIEN DU TOUT ! C’EST PAREIL ! VOIRE PIRE ! Ils étaient jeunes et gênants, maintenant c’est devenu des vieux qui parlent avec l’attitude de jeunes gênants.

Mais là où ça devient intéressant, c’est que leur public qui avait 16 ans à la sortie d’« Infest » a maintenant 36 ans, un pouvoir d’achat plus important, un physique déclinant et une nostalgie allant en conséquence. Il est donc tout à fait logique de constater à la fin du set de Deep Purple que les têtes blanches quittent le terrain de jeu pour laisser la place à un raz de marée de têtes grises. Comprenez : le gros de la fanbase nostalgique de Deep Purple est à présent au cimetière ou dans l’incapacité de rester debout plus d’une heure, tandis que côté Papa Roach c’est toute une génération qui expérimente les débuts de la vieillesse et tente de retenir un peu plus longtemps ses belles années qui s’éloignent.

Et pourquoi pas, hein ? Parce que Papa Roach ça a toujours été ultra-efficace et indéniablement fun. Jacoby est particulièrement en voix ce jour là et rien ne s’oppose l’énorme bordel dont on a la chance d’être témoins. Le niveau est tellement élevé qu’il se voit forcé d’arrêter le show et de demander à tout le monde de faire quatre pas en arrière pour sauver les premiers rangs qui se retrouvent broyés contre la barrière.

La séquence la plus marquante interviendra à la fin avec un concept intitulé :

NU ! METAL ! TIME MACHINE !

Une série de quatre reprises avec dans l’ordre : « Blind » de Korn, « My Own Summer » de Deftones, « Break Stuff » de Limp Bizkit et « Chop Suey » de System of a Down. Chacune de ces séquences karaoké fait éructer le public de façon inconsidérée et Jacoby lance avec joie la suivante en hurlant le nom de son fin concept : « NU ! METAL ! TIME MACHINE ! ».

Le stratagème n’est en vérité pas très fin et on avait deviné la chute dès le premier extrait : l’intention était de terminer par « Last Resort », gravant ainsi de force le visage de Papa Roach sur le Mont Rushmore du Neo Metal. Evidemment on vous voit déjà rire puisque la démarche semble planter fermement « Last Resort » sur ses appuis, poser ses poings sur ses hanches, regarder droit dans les yeux « My Own Summer » et « Chop Suey » et leur dire la voix tremblante : « Je suis aussi bon que toi ». Cette interprétation serait malheureuse. Papa Roach ne se contente en réalité que de réclamer la place qui lui revient de droit : celle de cinquième du Big 4 du Neo. Que vous les aimiez ou pas, il faudrait une sacrée mauvaise foi pour ne pas reconnaitre qu’ils dépassent de plus d’une tête les autres Crazy Town ou Alien Ant Farm. Ils rappellent aussi très justement ce que certains continuent de nier effrontément contre toute évidence : au moins à leurs débuts, oui, System of a Down c’était du Neo, oui, Deftones aussi. Et c’est pas parce que tu trouves que c’est moins honteux que c’est pas le cas.

 

Alice Cooper

Alice Cooper c’est un show bien rodé, un nombre de classiques qui pourrait justifier un set de deux heures et demi, une constance qui fait qu’on ne craint jamais d’être déçu et qu’on ne l’est d’ailleurs jamais.

Il n’avait ce soir qu’une heure, aussi il n’a pas pu nous montrer tous ses jouets, mais l’essentiel était là. Plus terrifiant que jamais, Vincent nous fait passer par toutes les émotions en se faisant tantôt drôle, touchant, ou dérangeant.

La vraie surprise de ce set viendra de la guitariste Anna Cara, qui sur cette tournée remplace Nita Strauss, partie en congé maternité. Agée de seulement 22 ans, elle a été repérée et choisie par Nita elle-même. Particulièrement mise en avant, elle a droit à un long solo seule en scène avant « Brutal Planet », pour un résultat théâtral assez marquant. Il faudra désormais compter avec elle et on se doute que les offres d’embauche devraient se faire nombreuses à la fin de son stage.

Hommage à Ozzy Osbourne

On l’attendait, on l’a eu. La canicule était toujours là pendant ce court film hommage mais il faut croire qu’il pleuvait dans le fonds de nos yeux. On a hurlé à la lune devant le feu d’artifice. De l’avis général, c’était probablement le plus impressionnant de l’histoire du festival.

Bring Me The Horizon

N’y allons pas par quatre chemins, Bring Me The Horizon est aujourd’hui sur le toit du monde. Jordan Fish n’est plus là, mais les chansons auxquelles il a contribué sont toujours sur scène. Si le groupe est arrivé aussi haut, c’est bien grâce au tournant pris sur « Sempiternal », à une époque où le terme banger ne désignait que des morceaux de musique. Avec les années la formule s’est raffinée pour devenir une usine à hit tout en gardant cet humour grinçant et ces punchlines hyper crues qui regardent la dépression en face sans jamais se dérober.

La setlist est donc uniquement composée de titres de cette nouvelle ère, laissant « Chelsea Smile » au fond d’un tiroir pour aujourd’hui.

Question show, c’est un opéra rock dans le meilleur des sens du terme et la démonstration de ce qu’il est possible de faire en 2026, pourvu qu’on s’en donne les moyens. Le spectacle suit une histoire, accessible pour tous et probablement pleine d’easter eggs pour les fans qui ont poncé le lore et fouillé les plus sombres recoins de leur site internet. C’est plein de références turbo-nerd avec pour influences principales Resident Evil et Metal Gear Solid, en suivant cette esthétique qui leur est propre.

Evidemment impossible de ne pas parler du feat avec Will Ramos sur « Antivist ». La surprise était d’autant plus grande que si on suit le déroulé habituel, c’est normalement bien un fan attrapé dans le public au hasard qui vient la chanter sur scène. On notera aussi une demande en mariage sur « Follow You », le titre était approprié.

Enfin pour finir, on saluera le générique diffusé sur les écrans à la fin du concert, s’inscrivant évidemment dans le délire jeu vidéo du show, mais permettant de citer tous les acteurs qui ont travaillé de près ou de loin à sa réalisation.

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