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Jagwar Ma a connu un premier album idyllique, enrobé d’un succès critique et public les ayant amenés à tourner dans le monde entier en compagnie de chaperons comme The XX, Foals et Tame Impala. Le cul entre Londres, Paris et Sydney, ils nous reviennent avec Every Now & Then. C’est au lendemain d’une soirée sur Paris assez arrosée qu’on les retrouve dans un hôtel parisien.

Electro-psyché, la recette du succès

En un an pour votre premier album, je me rappelle vous avoir vu 4 fois sur scène. Entre la première partie pour Foals, le Pitchfork et son opening et enfin un concert en plein air. Qu’est ce que ça vous a apporté de tourner autant ? 


Après quelques mois, ça devient naturel je pense. Mais on a essayé de changer les chansons, de les garder intéressantes pour nous, d’avoir un sentiment de progression au lieu d’une répétition. Ca a été utile, ça nous a montré la voix pour le prochain album, pour savoir ce que le groupe était.

Est-ce que vous avez d’ailleurs commencé à composer sur la route ou vous avez attendu de rentrer chez vous pour vous y mettre ?

Des idées sont venues des concerts. On a marqué un point d’honneur à mettre fin à la tournée en Australie, chez nous à Sydney.  Sur une plage, à Myrtle Beach. Il y a eu une tempête et on s’est retrouvés dans une ambiance à la Sharknado avec une compét’ de surf et une alerte au requin. C’est une ironie assez poétique de se retrouver dans ce contexte, si proche de chez nous. Hélas, ce n’était pas un show très bon car on s’est pris la flotte et on a dû jouer avec nos instruments et nos têtes sous des sacs poubelles. Ça restait intéressant et ça nous a permis de passer en mode deuxième album.
On a donc commencé à composer là-bas. Une fois qu’on a eu un certain nombre d’idées, on les a rassemblées pour partir à Londres et on est partis en France dans la Loire dans le studio de la Briche. Ça a été un mélange de choses initiées lors de nos premiers concerts avec Howlin et d’idées intégrées à la dernière minute.

Vous n’avez pas fait d’aller-retour, c’était vraiment étape par étape entre ces 3 villes ? 


Oui, on a vraiment fini par habiter en France où on a enregistré pendant plus de 5 mois. Où j’avais aidé un ami à monter le studio. Quand on a commencé à avoir quelque chose qui se tenait, on est partis à Londres pour avoir l’avis d’Andrew. Pour le mix, les batteries additionnelles avec Stella de Warpaint, des overdubs, de la production par notre premier producteur et encore quelques coups de mains d’amis producteurs. Et nous voilà !

Votre premier album a bien marché, vous avez fait le pont entre l’électro et le psyché. Même à titre personnel, je ne compte plus le nombre de fois où on m’a demandé votre nom quand je passais l’album en soirée. Comment vous avez géré cet accueil ?

Oui, c’est vraiment la meilleure des choses qui puisse nous arriver en tant que musicien. Sortir quelque chose pour la première fois et recevoir cet accueil si positif. Pour replacer dans le contexte de l’époque, nous avions à l’époque chacun un groupe à Sydney dans la même scène mais nous ne jouions pas ensemble. Pendant ce temps, il y a eu une phase où tu ne joues pas vraiment, tu restes un peu inactif. Gabriel et moi, on a commencé à bosser sur un morceau qui était Come Save Me. A essayer de trouver un équilibre sur ce que tu dis entre la musique organique et l’électro. Même en voyage je bossais dessus. De retour à Sydney, un pote nous a fait une vidéo et on l’a mis sur YouTube. Quasi sans nom, sans la prétention d’avoir un groupe. Gab travaillait dans un magasin de pompes, Jack dans un bar et moi, je faisais le DJ une fois par semaine. Le lendemain, j’ai commencé à recevoir des mails de la part de XL Recordings, venant de Londres ! On nous posait des questions et on ne savait pas quoi répondre et on ne savait même pas si on voulait faire partie d’un groupe. J’étais plutôt parti sur la musique de films et la production. Je n’étais pas encore totalement séparé de mon groupe précédent, c’était encore lourd émotionnellement. (rires)

Combien de temps ça a pris entre ce premier morceau et l’album fini ?

J’aurais du mal à le dire précisément mais un an je pense. Il n’y avait pas de groupe à proprement parler mais juste un morceau. Même en faisant l’album, on ne savait pas s’il y avait un groupe. On a enchaîné les morceaux sans se poser de questions. C’est seulement en jouant avec Jack au Midi Festival, puis après à un autre festival que les choses ont pris forme. Nos deux premiers concerts ont eu lieu ici en France et ça a été le point de départ du groupe.

“Quand on avance sur un morceau, on ne regarde pas la durée.”

Plus c’est long, plus c’est bon ?

J’ai écouté le nouvel album cette semaine et la plupart des titres sont assez longs, en comparaison à Howlin où il y a pas mal de titres à 3 minutes. Comment vous est venue cette orientation ?

Parfois, on a fait des boucles, Gab chante et on s’est retrouvés avec des morceaux un peu plus longs mais ce n’était pas conscient. On a essayé de gérer l’équilibre dont tu parlais mais aussi des éléments de songwriting. Ici, on a essayé de mettre en avant un album, des pistes et une ambiance globale. Là où Howlin marchait plutôt par chansons. C’est pourquoi tu peux avoir l’impression que Every Now & Then ressemble à un mix ou un DJ set. En tout cas, c’est comme ça que je le vois et je trouve ça cool. Par exemple, le morceau Say What You Feel a sûrement des influences du remix des Pachanga Boys de Come Save Me. Avec par exemple ce qu’ils ont fait sur le refrain même si on ne serait pas allé si loin dans la durée.
Quand on avance sur un morceau, on ne regarde pas la durée. Il faut juste que la longueur soit pertinente et que la chanson ne paraisse pas trop longue. Il y a à la fois des morceaux très courts et longs, ça dépend.

Pourquoi un morceau comme Give Me A Reason s’est retrouvé coupé en 2 sur la tracklist finale ?

C’est juste les voies de la chanson, mec ! (rires)

Elles seront rejointes sur la tracklist mais on l’a déjà fait sur d’autres chansons sur Howlin. C’est aussi un moyen de gagner des chansons sur la tracklist : tu passes de 12 à 13 ! C’est comme l’ampli qui va jusqu’à 11 ! (rires)

“C’est comme l’ampli qui va jusqu’à 11 !”
Vous êtes assez proches de la France, avec vos lieux d’enregistrement et vos concerts récurrents. Est-ce que vous ressentez un engouement plus fort ici et quelles sont les villes ou endroits dans lesquels vous aimez passer du temps ?
C’est trop dur de choisir. Ici, c’est cool ! Il y a un magasin de disques pas loin, des magasins de guitares à Pigalle. Mais ça sonne naze : Paris est une ville magnifique, la résumer c’est difficile. Si on parle de la France, c’est encore pire. Le Sud, c’est super beau. La Briche, là où est le studio, est spéciale pour nous.
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Les clés de bagnole

J’ai entendu dire que c’était si cool que vous avez même perdu vos clés de voitures là-bas ?

Ah merde, cette histoire craint ! (Gabriel)
Non, cette histoire est excellente ! Nous n’avons pas perdu les clés nous mêmes et on les a retrouvées seulement un mois plus tard ! C’était galère car on devait faire 20 kms, rien que pour faire des courses.  Sam, le mec qui a perdu les clés est le gérant du studio : il a sauté dans un lac avec les clés dans sa poche. Sauf que le lac est une ancienne carrière donc il est profond d’un kilomètre !
Une semaine plus tard, on est allés nager. Il y avait une école de plongée et on est allés leur demander si ils pouvaient trouver une clé d’Audi. Tellement on était désespérés : en leur filant du fric, on se disait qu’ils pourraient la retrouver ! Alors que si ils l’avaient trouvé, ça aurait été une vieille saloperie rouillée.
Bref, il existait un double. Et on l’a cherché pendant des heures, sans succès. Dans le studio, dans toutes les fringues. L’endroit est énorme et il y a des choses partout. C’est vraiment comme chercher une putain d’aiguille sur une putain de meule de foin. Enfin, je suis là en train d’enregistrer seul au studio, ayant totalement perdu espoir de retrouver cette clé.
Et je me demande si cette chanson doit pas comporter un peu de percussion humaine. Je cherche donc un bongo. En fouillant, je tombe sur un bongo et en tapant dessus, le son me parait étouffé. Je regarde à l’intérieur et je trouve un manteau plié en 12. En tirant dessus, je sens quelque chose dans une des poches. Un bruit métallique, c’était le double de clé ! Sam, dans la pièce d’à côté, nous a fait une danse de la joie très cartoonesque.
Et puis la voiture a claqué quelques mois plus tard. (rires)

Histoire de dingue ! Dernière question avant de vous laisser, vous écoutez quoi en ce moment ?

Factory Floor avec l’album 25 25 sur DFA, le dernier Frank Ocean bien sûr. Et puis je me suis remis au punk : en lisant, je m’écoute du Fugazi. C’est fun, ça défoule.

Pour un lendemain de gueule de bois, les Jagwar Ma ont su se présenter bavards, agréable et prompts à la rigolade. Si leur feuille de route est similaire aux précédentes, vous ne devriez pas tarder à les croiser près de chez vous !