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C’est autour d’un verre de Chinon que l’on a discuté pour la troisième fois avec les BRNS, accompagnés par Romain des Ropoporose pour leur formation commune : Namdose. Démarrage au diesel suite à une gueule de bois massive de votre serviteur pour une discussion autour de ce nouveau projet, de la scène musicale actuelle et d’influence vendomoise.

On s’est déjà vus deux fois en effet, quelle mémoire ! Comment est née cette union musicale ? 

On s’est déjà vus avec toi : on avait parlé à Lille, on avait discuté de Menomena et de toute la scène musicale de Portland ! Ici, on se connaissait de réputation mais tout a commencé des Rockomotives, un festival organisé entre autres par Richard Gauvin à Vendôme. Il est aussi le manager de Ropoporose. Avec BRNS, on a déjà joué là-bas plusieurs fois et on s’est toisés. Très vite, on a eu envie de faire un truc en commun. Nous avons fait un split avec un morceau de chaque groupe, pour le Disquaire Day. D’ailleurs, les gens croyaient litteralement qu’on splittait ! Ensuite, on a désespérément essayé de tourner ensemble avec des mix entre les groupes mais ça ne s’est jamais fait. 

L’an passé, le programmateur des Nuits Botanique à Bruxelles nous a poussés à le faire. Il voulait qu’on fasse une vraie création donc sur une quinzaine de jours, nous avons fait 7 titres. Quelques dates devaient encore tomber après les Nuits donc nous avons décidé d’un vrai nom et d’un groupe. On s’entend très bien et Romain vient habiter chez moi à Bruxelles. Jamais on n’ira à Tours ! 

Tout s’articule autour des Rockos, j’y vais depuis 16 ans de suite. Ma sœur et moi, on s’est construits là-bas musicalement. Et les BRNS font partie de cette construction intime. 

Avec deux groupes, il y a forcément doublon sur les postes. Comment vous vous êtes répartis les tâches ? 

On s’est foutus dans un local à 5, en essayant de jammer pour voir où ça allait. Il y a eu des moments post-rock assez moisis où on n’avait pas envie d’aller. Des trucs très répétitifs ou bourrins. Il y a eu des écueils à éviter et on a privilégié le “bizarre” pour créer des squelettes de morceaux. Chacun a sa propre place et on a réussi à s’adapter, on s’est tous écoutés et on a appris à se connaître de cette manière. 

Sur “Wake Up”, tu donnes l’impression de te déchirer au chant dans le titre le plus intense du disque. Est-ce que vous avez profité d’avoir 2 groupes pour vous affranchir de vos instruments habituels ? 

C’est la magie de la disto sur “Wake Up”. Et oui, nous avons du se faire de la place mutuellement parce que deux batteries tout le temps, ça peut être un peu lourdingue. Ce qui m’a permis d’être un peu plus posé au chant parfois. 

Combien de temps a duré l’enregistrement ? 

Deux ans (rires) !

Pour frimer, on a pour habitude de dire qu’on a réalisé 7 titres en 12 jours mais c’était plus espacé. Ça nous a permis d’y réfléchir et de revenir sur certains morceaux.

Vous faites très attention à votre univers visuel tous les 2. Cette pochette est très épurée, elle ressemble presque à un sticker. Pourquoi ? 

C’était une idée de l’un de nos managers. 😂

Quitte à partir sur quelque chose de si épuré qu’on arrive à du transparent. Et aujourd’hui même, nous avons reçu les premiers exemplaires. Je pourrais te raconter toutes les étapes hein, mais aujourd’hui nous avons un disque transparent avec le sticker sérigraphié. Ce projet était voué au live et nous avons même fait une petite création sur les lumières assez sobre. C’est le mot qui résume bien l’expérience qu’on voulait. 

Ça fait 3 disques maintenant que vous êtes en place. Vous tournez régulièrement et avait une certaine visibilité sur la scène. Quel est votre ressenti rétrospectivement depuis cette première interview à la Péniche ? 

On a vieilli, nos auditeurs aussi. Beaucoup de choses ont changé. La scène musicale se concentre sur la nouveauté. A part si c’est Calogero qui revient pour la énième fois qui, lui, est bien installé. Ce qui est important, c’est qu’on reste dans ce qu’on aime faire. On a un petit succès qu’on n’avait pas calculé. J’imagine pas ce que ça doit donner pour des gens catapultés par des majors et qui donnent rien ensuite. On a plus l’impression de batailler qu’avant, on n’est pas dans le moule mais on n’a pas envie de se travestir. 

Internet en 2007 avec MySpace, les Arctic Monkeys, ça donnait un potentiel énorme. Et maintenant, j’ai l’impression que les maisons de disques ont réussi à mater tout ça. Avant, être indépendant, c’était une plus value. Maintenant soit t’es indépendant et tu dois en assumer les conséquences et ça n’est pas viable financièrement. Soit tu suis les règles de l’industrie et ce n’est pas toujours cool non plus. Pour nous qui sommes entre les deux avec quelque chose qui n’est pas avant-gardiste mais qui n’est pas vraiment de la pop non plus, c’est inconfortable. 

Le problème est que les indépendants ne le sont pas restés longtemps. Arcade Fire, St. Vincent, Courtney Barnett, pour ne citer qu’eux, passent très vite aux stades et aux grandes salles. 

Avec Richard, il nous a toujours dit d’être scrupuleux et de faire attention à tout ça. Dans mon entourage des Rockos, je n’ai pas trop pu ressentir ça. A part dans la scène indépendante de Tours, on ne s’est jamais trop sentis appartenir à un genre musical mais c’est parce qu’on est un peu sauvages.

On est allés enregistrer le nouvel album de BRNS à New York chez un copain et t’avais des pubs Apple gigantesques avec Kurt Vile. Pour nous, c’est de l’indé mais ça l’est plus du tout. On nous vend quelque chose de crade et c’est une sorte de chimère. Si t’es vraiment indé, ils ne veulent plus de toi pour le côté mercantile. Il y a deux réalités pour nous : le live qui nous sert de promotion et les médias qui sont dépendants des majors. Aucun grand média ne s’est intéressé au disque, même pas un relais. Même des blogs comme le vôtre, il n’y en a quasiment plus et ça donne un paysage culturel musical un peu morne. Pour moi, je m’en fous car je me dis qu’on réussira à tourner. Mais tout ce qui est lié à la musique prend son essor via des algorithmes Spotify et c’est dommageable.

Est-ce que Louis Records existe toujours ?

Bien sûr ! Il est bien là, il a sorti tous nos disques. Même Namdose. Faudrait d’ailleurs qu’on décide qui est le patron.  

C’est quoi votre dernière anecdote de tournée qui vous a fait le plus marrer ou le running gag pendant l’enregistrement ?

On se marre tout le temps donc c’est chaud d’identifier un truc en particulier. Ah si, on s’est retrouvés dans le temple du jeu à Creil, l’une des villes les plus pauvres de France. C’était une espèce de centre commercial avec des dizaines de pistes de bowling, de jeux de palets, etc… C’est le jeu mais dans un hangar avec une enseigne énorme écrite en Arial. C’est pas drôle mais drôle quand même, avec des néons jaunes, bleus, etc… C’est quasiment écœurant de voir autant de tables de billards, de pistes à un même endroit. Ça ouvre très tard jusqu’à 3/4 heures du matin, c’est une ambiance qu’on conseillerait aux lecteurs de VisualMusic.  

On a déjà longuement échangé sur notre amour commun pour la scène de Portland comme Menomena, Joe Haege ou encore Peter Kernel. Quels sont vos derniers coups de cœurs musicaux ? 

Crack Loud, des mecs de Vancouver qui sont venus joués en première partie à Bruxelles. JPEGMafia, du hip-hop bien énervé issu de Baltimore. Mais c’est vrai qu’il ne sort plus rien de Portland maintenant…

Merci à Namdose et à Vincent de Yotanka pour l’interview et à une prochaine pour sûr.