ANNA VON HAUSSWOLFF ★ AÉRONEF DE LILLE

Ross
Par
4 min. de lecture

Il y a des concerts où tu sais très vite que tu vas vivre quelque chose de particulier.

Et puis il y a Anna von Hausswolff à l’Aéronef de Lille, version club, en janvier 2026. Là, on ne parle pas juste d’un bon concert, mais d’une performance habitée, dense, presque hors du temps.

Sur scène, l’artiste suédoise impressionne d’entrée par cette capacité rare à naviguer entre les mondes. D’un registre quasi lyrique, solennel, elle bascule sans prévenir vers des moments beaucoup plus rock, plus abrasifs. Clavier, guitare, voix : tout circule naturellement. Rien n’est figé, tout respire. Et surtout, rien ne s’ennuie.

La voix est évidemment le point d’ancrage. Une voix immense, capable d’installer une tension sourde pendant de longues minutes, de remplir la salle sans jamais forcer, et de maintenir le public dans un état de concentration presque religieux. On sent la salle suspendue, attentive, happée par l’atmosphère.

Une salle conquise… et pas que les Lillois

Le public ne s’y est pas trompé. Grâce aux tarifs ultra accessibles de l’Aéronef version club — 8 € plein tarif, 5 € pour les abonnés — la salle affiche une diversité rare. On croise des habitués, mais aussi des gens venus exprès en train depuis Paris, Poitiers ou Nantes.

Quand une artiste fait déplacer autant de monde pour une date club, ce n’est jamais un hasard.

L’aura d’Anna von Hausswolff dépasse largement le simple cadre d’un concert. Ce soir-là, on a l’impression d’assister à une sorte de rituel collectif, à mi-chemin entre la messe sombre et le concert rock expérimental.

Timide ? Pas vraiment.

On pourrait croire Anna von Hausswolff réservée, presque en retrait. Et pourtant. Très vite, elle n’hésite pas à prendre le devant de la scène, à se lâcher davantage à la guitare, à faire monter la pression. Il y a quelque chose de très sincère dans cette manière d’occuper l’espace : jamais démonstratif, toujours juste.

Même les petits accrocs techniques — guitare pas branchée, sangle qui lâche — ne viennent pas casser la magie. Au contraire. L’artiste gère ça avec calme, le public reste bienveillant, concentré. Personne ne sort du concert, personne ne s’agace. La bonne humeur et le sérieux cohabitent parfaitement.

100 minutes hors du temps

Le set est long. 1 heure 40 mais sans creux, sans moment faible. Une performance homogène, solide, qui s’appuie sur une setlist intelligemment construite. Les morceaux s’enchaînent naturellement, créant un flux continu où les tensions montent et retombent sans jamais rompre l’équilibre.

On retrouve notamment The Mysterious Vanishing of Electra, Dead Magic, Ugly and Vengeful, All Thoughts Fly, Källans återuppståndelse, ou encore Mountains Crave. Des titres qui, en live, prennent une ampleur toute particulière, portés par la voix et par une intensité presque physique.

Quand le concert se termine, personne ne se précipite. On reste un peu planté là, comme si le retour à la réalité demandait quelques minutes de plus.

Lille s’en souviendra

Ce concert à l’Aéronef n’était pas juste une date de tournée de plus. C’était une leçon de présence, une démonstration de ce que peut être un live quand tout est au bon endroit : l’artiste, la salle, le public, le contexte.

Et à ce prix-là, franchement, ne pas venir aurait presque été une erreur stratégique.

 

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