Le Garage; ou l’art de manipuler les sons crasseux en y véhiculant cette incroyable énergie révoltante sans jamais retomber dans la lucidité. Le Garage est un genre, un vrai, un anti-style qui a les tripes qui débordent en giclant, extirpant une haute dose de vitalité parfois surmontée d’une violence sonore assourdissante, plongeant l’auditeur dans une longue transe animée. Et puis les histoires de bonne production, de son propret et bien calé, on se le fout bien profond, même jusqu’aux cordes lacérées de la guitare presque accordée du larbin aux yeux tourbillonnants. Alors bon, quand on parle de Garage pour les Hives ou les Subways, ça me glace un peu les tendons; mais de toute façon, vouloir accorder un style précis à chaque groupe est en train de nous amener à créer un style par groupe, en multipliant les sous genres, par exemple : Le style de ce poirot de groupe, c’est plutôt dans le genre l’éléctro-pop-psyché-dance-punk-pokibeat. Le problème ne se pose pas pour les Black Lips. C’est du putain de garage, voila tout. Sortez les packs de bières, les caisses à tambouriner et les guitares détendues. Ouais, un truc underground.

Cole Alexander, Jared Swilley, Joe Bradley et Ian Brown sont d’incroyables crétins à petite moustache et fouteurs de merde de réputation. C’est ce qui fait leur charme. Profondément affectés depuis la mort de leur guitariste Ben Eberbaugh en 2002 dans un accident de voiture, les trois membres restants des Black Lips (Cole Alexander, Jared Swilley et Joe Bradley) ont reprit le flambeau et enflammé des milliers d’oreilles innocentes avec Good Bad Not Evil (En 2007, deuxième album sur Vice Records après Los Valientos del Mundo Nuevo sorti début 2007). Et pour l’anecdote, l’ancien guitariste, ayant eu du matos de musique dans sa voiture, détraqua quelques effets pendant son accident; bloquant la reverb à fond, et à tout jamais. Le groupe continue à utiliser cette reverb, s’imaginant le fantôme de Ben qui hante le pédalier; et entretiennent une croyance surnaturelle qui réunit la musique qu’ils font et l’âme de leur ancien guitariste. Bref, du pâté boulette appétissant et des superstitions les ont amené à un putain d’album : 200 Million Thousand. Une énorme claque, un gigantesque renversement, et à y réfléchir de plus près, un peu comme si la terre tournait dans le sens inverse. Ce putain d’album enregistré en prise directe oscille entre l’évolution technique de leurs anciens titres comme ‘ Elijah ‘, qui ressemblerait au ‘ Veni Vidi Vici ‘ de l’ancien opus; avec cette façon de chanter qui combine les tripes bouillonnantes et le je-m’en-foutisme ‘je chante pas forcément juste, mais je m’en bat’. Ça résonne jusqu’aux tréfonds des caves à l’odeur humide; ça sent le vieux et le jeune, le beau et le laid. Et puis il y a également ces triturations mélodiques anti-rock surplombées de voix maladroites et graves; formant une espèce d’envoûtement juvénile auquel y sont ajoutés de bonnes couches de reverb forçant parfois le son jusqu’à la saturation (‘ Old Man ‘, ‘ Trapped In A Basement ‘). Le point fort de l’album réside dans les chansons secouées, mais jamais pressées; fondées sur des rythmes à l’allure faussement éparpillée et guitares saturées jouées en arpèges empotées sur lesquelles s’accordent une, deux, ou trois voix très différentes, qui sentent l’alcool de plein fouet. Le métabolisme du garage.