Il y a des artistes dont on a envie qu’ils ressemblent à leur musique. C’est le cas de Peter Von Poehl. Son inaugural ‘Going to where the tea trees are‘ montrait, en plus d’un indéniable talent de mélodiste, un artiste délicat, une créativité, une poésie froide comme sa Suède natale (oui le cliché est facile mais tant pis). Album remarqué grâce au larmoyant ‘The story of the impossible‘ qui était loin d’être la meilleure du lot.

May Day en Suède est le premier jour du printemps ce qui explique probablement que ce nouvel album s’ouvre sur le lumineux ‘Parliament‘, incroyable titre pop comme produit par un Phil Spector sans le sou et qui laisse espérer un chef d’oeuvre pop splendide. La suite est plus compliquée. Comme sur le précédent, Peter Von Poehl privilégie l’émotion à l’efficacité, tout en retenu, long en bouche, des arrangements bizarres (‘Carrier pigeon‘) ou fauchés mais astucieux (on retrouve avec joie le son de la baleine dépressive sur ‘Dust of heaven‘) mais qui tapent tout le temps dans le mille. ‘May Day‘ est d’une manière générale moins déprimé que son grand frère mais n’en est pas pour autant le grand disque dansant de l’année. L’ex AS Dragon creuse un sillon qui lui semble propre, toujours délicat et tristounet, le principal changement intervient dans les rythmes souvent plus enlevés. ‘May Day‘ est un disque de pop bizarre dont les mélodies sont aussi immédiates que compliquées à siffloter, ce qui n’empêche nullement les grands moments, comme le dyptique ‘Mexico‘, ‘Moonshot Falls‘ ou le déjà évoqué ‘Parliament‘. Peter Von Poehl sonne encore pas mal comme un Mark-Oliver Everett scandinave (‘May day‘) accompagné par le Air de ‘The Virgin Suicides‘ même s’il se perd un peu dans la grande tentative d’émotion lyrique ‘Lost in space‘.

May Day‘ est plus une solide confirmation d’un réel talent qu’un grand disque épiphanique, les fans adoreront, les allergiques se gratteront. Peter Von Poehl possède cependant ce petit quelque chose, appelons ça le charme, qui fait que tous les titres présentent un intérêt réel. Comme sur l’hivernal prédécesseur, quelques grandes chansons constellent le ciel printanier de ‘May Day‘ avec cette fois plus d’assurance. Vivement l’été.