Chaque personne -ou presque- ayant une vie sociale normale possède un pote décalé, fougueux et insolent qui, après avoir touché à toutes les drogues possibles, baisé à tour de bras et accompli les paris les plus fous, annonce à la surprise générale qu’il stoppe toutes ces futilités pour rentrer dans le rang. Et si ce pote serait un groupe, il pourrait bien être les Yeah Yeah Yeahs.

Leur premier album, ‘Fever to Tell‘, véritable concentré de folie furieuse datant de 2003, les avait placé en pole position de la scène indie mondiale, et la baisse de régime opéré par ‘Show Your Bones‘ en 2006 avait été rattrapée par l’excellent EP ‘Is Is‘ un an plus tard. Et alors que l’on s’attendait à un troisième full-lenght gras et frénétique, ‘It’s Blitz!‘ s’avère être une livraison oscillant entre revival new wave et avant-pop synthétique (très en vogue ces mois-ci). Seuls les deux premiers titres de la galette (‘Zero‘ et ‘Heads Will Roll‘), assez déroutants aux premières écoutes — entre indie et dance-punk, rappellent que les Yeah Yeah Yeahs ont été une diabolique machine à danser. Les 4/5 restants du disque n’ont rien d’excitants, malgré une subtilité indéniable. Impossible de rester insensible à la poignante ‘Skeletons‘, certes ; on se surprend à rêver sur les parties planantes de ‘Runaway‘, et Karen O prouve qu’elle reste exceptionnellement accrocheuse, même dans un registre définitivement plus pop, sur ‘Hysteric‘. Mais rien n’y fait, il manque quelque chose à ce YYY version 2009, qui est plus soporifique que priapique. Peut-être est-ce ce côté débridé présent jusqu’à ‘Is Is‘…

Nick Zinner, le sosie de Nicola Sirkis, et accessoirement guitariste des Yeah Yeah Yeahs, a affirmé au NME qu”[il] était étonné que son groupe existe encore dix ans après sa création, étant donné que la plupart de ses albums préférés sont les oeuvres de formations n’ayant eu que quatre ou cinq années d’existence‘. Ce qui est sûr, c’est que si les Yeah Yeah Yeahs avaient splitté après ‘Fever to Tell‘, ils seraient déjà cultes. Là, ils sont juste une énigme : vont-ils réussir à nous faire, à nouveau, danser de façon bestiale ?