Vous savez, il y a parfois des moments qui tranchent nos vies trépidantes, en s’invitant sans s’annoncer, claquant les défauts en maximisant les atmosphères glauques. Comme par exemple, les jours où, même comblé, vous n’avez pas les tripes de vous lever, de réfléchir, et encore moins d’agir. Les sens sont noyés dans un brouillard, plongeant la conscience au fond du pessimisme; et vous avez l’impression de vivre dans un monde parallèle complètement creux. C’est comme un malaise, un souffle suicidaire léger qui dérobe l’insouciance naïve, produisant un son spirituel et délicat, comme pour sauver les gouttes du bonheur restant. Ces bruits qui pensent s’agitent et s’alignent religieusement dans le sentiment d’intemporalité, comme si cette musique avait été jouée il y a des siècles et sera propulsée dans 50 ans.

Bat for Lashes est de ces groupes qui tirent les sons du corps, de l’âme, de ce que l’homme s’arrache à comprendre et exploiter. Sous ce son si particulier se cachent 4 filles coincées dans leur château d’argent, Natasha Khan (la brune qu’on voit partout, fille de célèbres joueurs de squash pakistanais), Ginger Lee, Abi Fry, et Lizzie Carey. La symbiose inspirée par ce quartet féminin créée un envoûtement spirituel et onirique, sous une fine couche de folk vaporeux, qui porte ce nouvel album, Two suns, au point culminant du merveilleux; en écrasant les niaiseries et symboliques vaseuses du précédent opus Fur And Gold (Juillet 2007). Les chansons, variées et matures, s’écoulent lentement en croquant les émotions, mâchant les expressions, laissant un vide étrange; comme l’excellent titre ‘ Sleep Alone ‘, d’une douceur inquiétante nappée de rythmes tribaux effacés. La gracieuse voix de Natasha Khan explore des contrées inconnues, et supporte une instrumentation discrète mais travaillée; au contraire des deux soeurs de CocoRosie, qui en rajoutent des tonnes et agacent avec leurs instrumentations faussement débraillées. Des synthés feutrés amènent une ambiance presque érotique sur ‘ Good Love ‘, et, paisiblement, font tourner la tête; avant de finir somptueusement en s’engouffrant des des cavernes bourrées de pierres précieuses. ‘ Two Planets ‘ amène l’album à son paroxysme, en virevoltant dans la galaxie sous toujours cette même voix magique et envoûtante; qui prouve que l’instrumentation minimaliste peut s’avérer agréable si la voix peut porter les mélodies.

Un grand saut depuis l’ancien album; une grande injection de maturité, de fantaisie et de délicatesse.