2004. Rocksound, malgré un contenu des plus éclectiques, était en plein déclin, s’obstinant à parier sur des groupes de neo métal tournant méchamment en rond. Pourtant, le magazine continue à faire de belles découvertes, et ainsi le son d’Exsonvaldes vient chatouiller nos oreilles sur un de leur sampler, entre un titre d’Enhancer et un autre de Strung Out. Bien que totalement à contre courant de mes gouts de l’époque (At the drive-in et Queens Of the Stone Age principalement) et un certain mimétisme avec Radiohead, ‘Time we spent together‘ était pas mal foutu pour un premier album. Les membres du groupe semblaient y croire à mort, tellement que le combo, sans doute déçu par sa relative confidentialité, a quasi disparu de la circulation.

2009. Rocksound a cessé d’exister depuis quelques années, conséquence logique du superbe suicide éditorial qu’était la couverture mettant Kyo à l’honneur. De toutes façons, plus personne ne lit de magazines musicaux. C’est donc sur Internet que Exsonvaldes réapparait avec dans sa hotte l’EP ‘Lali‘, puis l’album ‘Near the edge of something beautiful‘. 11 titres de pop rock racé, fin et aguicheur à la fois.

Si on retrouve quelques accents rappelant ‘The bends‘ (notamment au niveau de la voix du chanteur), le groupe a bien muri musicalement et montrent des aptitudes pour la composition. ‘Everything I see‘ ou ‘A day like today‘ sont d’une fraicheur remarquable grâce aux mélodies efficaces et aux arrangements discrets. Exsonvaldes se révèle encore meilleur quand il s’éloigne de son champ musical d’origine. Lali séduit par ses petites touches électro ; ‘Old & weak‘ est une chanson tiroir plaisante passant allègrement de la pop intimiste au rock noisy avec un détour par une étonnante phase trip hop. ‘I know‘ aurait été considéré comme un hymne s’il avait été joué par dEUS et ‘Life in pieces‘ est une parfaite conclusion. L’album ne contient rien de mauvais, mais s’attarde quelque peu sur les passages moyens (la mélodie faiblarde de ‘84‘, ‘PPM‘ trop propre pour interpeler, ‘Sunlight‘ et son penchant pour le ‘Hysteria‘ de Muse). On oscille globalement entre l’agréable et le très bon.

Avec un album aussi bien ficelé, Exsonvaldes aurait pu escompter un joli succès. Pas de bol, ‘Near the edge of something beautiful‘ sort en même temps que ‘Wolfgang Amadeus Phoenix‘ qui boxe plus ou moins dans la même catégorie. Non pas que ce dernier soit meilleur -au contraire serais-je tenté de dire- mais la France ne peut pas se permettre d’aduler plusieurs groupes hexagonaux de pop rock anglophone à la fois. Le disque sera donc apprécié par une poignée d’aficionados (de préférence parisiens) et attendra sagement sa place au soleil comme a su le faire Phoenix pour le résultat qu’on sait.