Rangez vos griffes de rockeurs invétérés, pliez vos jambes rentrez votre langue trop pendue ravalez vos mugissements. Ce groupe à tirer des merdes avec ce nom si chiatif (tous ces ‘B’ nous baiserons un jour), après un premier album supra-infulencé & surtout supra-niais; le trio boit quelques verres, s’alourdit & devient un quatuor un peu plus vénèr. J’ai grave kiffé. Le pire c’est qu’c’est trop ap’ la te-hon. ve-gra fféki jmen rmet toojoor ap.

Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours trouvé le rock français -chanté en français- mollasson. Les petits intellos de chanteurs français ne racontent pas le désastre de leur dernier fix ou la façon dont le monde tourne -ou essaye de tourner- mais bavent sans le dire en racontant leur vie avec quelques soupçons maladroits d’une poésie coincée. Dès qu’un groupe de vieux croulants ou de jeunes bourges vend des disques, ça tourne à l’arrachage de feuilles du côté des puristes; et c’est à peu près compréhensible. Mon meilleur ami Lennon a tracé le truc : ‘ Le rock français, c’est comme le vin anglais ‘. c’est pour ça que les bons groupes français font du rock anglais. Et puis le cercle des générations tourne, et on écoute du rock anglais. Et tant mieux.

Et puis il y a ces baby-rockers amis d’Eric Besson qui s’essayent à contre-coeur ou non à chanter en français, l’instrumentation restant évidemment purement influencée. Les textes n’ont rien de nationaliste, et notre cher camarade fan de disco Phillippe Manoeuvre s’est emparé du truc. Évidemment, c’est de la daube en boîte. De la variété française avec quelques petites saturations et geignements sans sens; avec les grands chefs de file qui s’ennuyaient manifestement en cour de chimie, les Naast. Les BB Brunes évidemment. Et puis il y a mes préférées, celles qui méritent le prix de la niaiserie extrême et qui ne chantent -heureusement- pas en français, les Plastiscines. Franchement, des cris sur-aïgus, des guitares à paillettes affreusement cisaillées & pointues; un sentiment de grosse merde qui fait du bruit, qui rend un peu -voire carrément- dingue. Il y a aussi les Second Sex, un peu moins matraqués mais quand même bourrinés dans les cages à miel par on ne sait quel procédé satanique de nos médias addictifs; alors eux sont à noter, ils feront sans doute parti du flop 10 du XIX ème siècle. C’est une sorte de sous sous Téléphone qui se veut ‘ furieux & ténébreux ‘ avec des textes ‘ provocateurs & sexuels ‘ ! ouhouuuuuuuuuuuuuu ‘ La pluie coule et je t’aperçois, l’ennui sur ton visage je le vois, Ton baiser me réanimera cette fois, car j’ai envie de toi, diable sexuel ange rois, petite fille viens à moi rien qu’une nuit en ta compagnie et tu seras mon bras droit ‘, et mon préféré, le troisième couplet de ‘ Mon Autre Côté ‘ : ‘ Ma bouche frôle ton corps, et mon visage de mort, Redevient rosé mais il m’en faut encore, Je vais te pénétrer, renaître pour l’éternité, A quoi bon ce sacrifice, je l’ai tué alors que je l’aimais. ‘ Non non ce n’est pas Rammstein à la sauce française, c’est une espèce de poésie ensorcelée, grotesque & vraiment inquiétante. Bref, avec les Shades pour qui j’ai un peu plus de respect, avec tout ce petit paquet de micro rockeurs – micro célébrités en slims-bottines-regards fusillés, on s’est un peu tapé la te-hon. Ouais mais voila; quatre couvertures de rock&folk plus tard, les BB Brunes sortent un second album d’une quinzaine de titres matures & crus. Avec deux ou trois daubes profondes évidemment, parce qu’il faut pas se taper trois arbres non plus.

De sales ados drogués je vous dis! Jeunes camés écumeurs de bars chics -ou pas-, fricotant avec des Andy frétillants en essayant de disséquer l’amour autour d’une petite coupe de champagne à papa. Fini de faire semblant de brûler des drapeaux français, sarkozy a du testé de le coup de fil, les BB ne s’en sont pas remis et ont viré la france de leur estime; ils fondent donc leurs guitares dans les moules pin-pon des Arctic Monkeys (effrayant sur ‘ Black & Blue ‘) et transforment leur batterie en balles de ping pong qui dévalent l’escalier (‘ Seul Ou Accompagné ‘, ‘ Cola Maya ‘) à la Strokes. On passe du gros gros pâté ringard (‘ Ma Mods ‘) aux tubes claquants & fermes (‘ Dynamite ‘, ‘ Seul Ou Accompagné ‘) en virevoltant sur une petite guinguette vaporeuse, hymne à l’herbe fumée sous la couette (‘ Nico Teen Love ‘). Et puis une espèce d’ovni plutôt sympa, ‘ Gare Au Loup ‘, qui fait -un peu trop- penser au ‘ Repenti ‘ de Renand Luce.

Surtout ce qui marque, ce n’est pas la technique, l’insolence ni la longueur des pieds du bassiste (qui est un peu mou-mou au passage), mais cette spontanéité, cette fraîcheur vivace qui anime la plupart des titres.