Tout commence à 4H30 du matin, je me réveille pas chez moi, j’entends toquer derrière moi, puis au dessus, un peu partout toutes les 30 secondes. Je bouge au salon, essaye de me rendormir, mais j’entends toujours au loin des pas, des portes qui murmurent, et ce putain de chat qui crie à la mort dans la cuisine. 5h et je décide de partir. En ouvrant la porte de l’immeuble pour sortir, j’appuie sur et Beat The Devil’s Tattoo démarre.

Et tout s’affiche devant moi, ce blues hanté illustre parfaitement le moment, puis ‘Conscience Killer’, avec son riff crasseux et sa rythmique précipitée, fait ressurgir toutes les paranoïas que l’insomnie offre certaines fois. Je prend un métro, mauvais sens, pourtant je l’ai déjà pris cent fois cet arrêt, peu importe je ressors et tombe sur une grande place de lumière, je me dis que je suis ‘sauf’ et que finalement tout ça n’est que dans ma tête, ‘Bad Bood’ démarre et emporte mes soucis dans une mélancolie d’une beauté rare pour un titre intrinsèquement rock.

Bien sûr, ce n’est pas fini, il reste encore de la route, sous cette crasse urbaine qui couvre la peau, comme si on pesait 10 kg de plus, une poisse comme la basse de ‘War Machine’ qui tente de se dépêtrer de la nuit. La solitude et ce silence pesant, le bus qui roule sans s’arrêter devant des rues presque désertes où les gens semblent toujours plus étranges et dérangés, comme s’ils ne s’habituaient jamais à vivre en décalage, ‘The sweet feeling’s gone’ chante Rob Turner.

Arrêtons les conneries, je me réveille, et j’écoute la suite. On entend une plainte habituelle chez les BRMC, ‘I don’t wanna feel love again’ sur un ‘Evol’ très convenu, mais ‘Mama Taught Me Better’ relance la machine, dans la veine d’un ‘Weapon Of Choice’, droit au but et efficace. Là ou le gang approche de nouveaux sentiers, c’est sur ‘River Styx’, trip macabre aux guitares menaçantes et torturées, avec un final qui mène droit aux portes de l’enfer. Si ‘The Toll’ est un blues-folk comme Turner sait en écrire à chaque album (le repos du guerrier), ‘Aya’, ‘Shadow’s Keeper’ et le long ‘Half state’ remettent un coup d’accélérateur pour faire passer cet album dans la course pour le podium des disques rock 2010.

Un pas en avant, deux en arrière, si Beat The Devil’s Tattoo démontre la capacité des Black Rebel Motorcycle Club à retrouver la flamme d’antan, il est aussi victime de ce dogme, et le connaisseur se dira souvent au long du disque ‘ah ils l’ont déjà faite celle là !’. Qu’importe, ils ont toujours la science du gimmick et de la montée en puissance, et c’est tout ce qu’il faut pour faire revivre le rocknroll, le vrai (comme dirait Johnny).